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CHAPITRE IV

- LA SCULPTURE MONUMESTALE DANS LA GKAMDE GRÈCE ET DANS LE PÉLOPONNÈSE.

En dehors d'Argos, les sources littéraires oe^ous font connaître aucune école importante dans le" Péloponnèse et dans les pays qui, comme la Sicile et la Grande Grèce, en subissent l'influence. Dans la Grande Grèce, quelques noms d'artistes, ceux de Sostratos de Rhégion, de Patroclès de Crotone, prouvent que l'activité n'a pas cessé, et que le vieux maître de Rhégion, Pythagoras, a laissé des disciples. Mais ce sont là des noms obscurs, auxquels nous ne pouvons rattacher aucune œuvre. Le silence des textes est absolu pour la Sicile, où, dès la seconde moitié du cinquième siècle, la gravure monétaire produit pourtant des chefs-d'œuvre témoin les tétradrachmes d'Evénos, et les admirables décadrachmes qui portent la simature d'Evainétos '. Dans le Péloponnèse, on relève plusieurs noms de sculpteurs arcadiens, Daméas, Athénodoros, Samolas, Nicodamas; mais ces artistes se rattachent, semble-t-il, à l'école d'Argos, et là encore, nous ne rencontrons pas d'école qui ait sa physionomie propre. Pour étudier le mouvement de l'art, il faut s'adresser à la sculpture monumentale ; encore les monuments sont-ils rares, en regard de la prodigieuse activité qui règne à Athènes dans le même temps.

1. Voir Ton Sallet, KUaitlerinschriflea aiif griecTtischen MUnseii, 1671, et Weil, KMstlei-inschriftefi aaf SkiiiecMn M&nzen, 1884.

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158 l'INFinENCK DES GRANDS MAITRES.

La Grande Grèce nous fournit un intéressant témoignage de l'état de la sculpture monumentale aux environs de l'année 450. Les fouilles exécutées par le gouvernement italien dans la Locride épizéphyrienne, sur l'emplacement de Locrcs, ont mis à découvert les ruines d'un temple ionique oii l'on peut reconnaître le sanctuaire de Perséphoné '. Les frontons du temple étaient ornés de sculptures en marbre de Paros'. Celui de l'ouest, le seul dont il reste des fragments dignes d'attention, représentait une scène empruntée à une vieille légende locrienne. Au temps oii les Locriens guerroyaient contre leurs voisins de Crotone, leurs députés, envoyés à Sparte pour demander du secours, s'étaient adressés aux Dioscures, et après leur avoir offert un sacrifice, s'étaient rembarques, non sans préparer pour les dieux, sur leurs vaisseaux, des lits de repos, comme s'ils ramenaient en réalité leurs divins auxiliaires. Le jour de la bataille, les dieux combattent, en effet, dans leurs rangs, vêtus de manteaux écarlates, et montés sur des chevaux blancs. C'est l'arrivée des Dioscures qu'avait représentée le sculpteur. Un curieux groupe du fronton ouest montre un des Dioscures arrivant à cheval, porté par un Triton sur la surface des flots. Le dieu marin, de ses deux mains étendues, soutient les pieds de devant du cheval; le cavalier va mettre pied à terre, et, suivant les habitudes des Grecs d'Italie, il se laisse glisser le long des flancs de sa monture '. Les procédés de groupement, le rôle si original dévolu à la figure du Triton ", le type sévère de ce personnage donnent à ce morceau de sculpture une sorte de saveur archaïque. Pourtant, le corps du Dioscure est traité avec une grande souplesse, et si, à première vue, le cheval paraît d'un type plus ancien que ceux du Parthénon, on le retrouve sur les monnaies de Syracuse frappées vers 406. Il faut sans doute tenircompte de la persistance des traditions locales dans la Grande Grèce, et si l'on admet, avec M. Petersen, que les frontons de Locres appartiennent déjà à la seconde moitié du cinquième siècle », ils témoigneraient que la Grande

1. Petersen, EMmiicU Mitllea^Kym, V. 1890, p. 163-237, pi. Vlir, IX, X.

3. floem. Mmeilungin, loc oii. pi. IX. Antiht Dmhmeler Urauigegei. »om dentsehm arch. Imtitut, I, 1891, pi. 53.

3. n Elut en rapprocher le Triton de la oonpe dea exploits de Thésée, pemte par Euphronios. JWbnumenti grues, 1873, pi. I.

4. M. Petersen les phice « plnt&t ayant qn'aptèa 420 », Mimclre tité, p. 236.

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Grèce , à cette date, n'est pas encore ouverte aux influeuces de la grande sculpture attique.

Il en est tout autrement dans le Péloponnèse, et les sculptures de Phigalie vont nous en donner la preuve. La grande peste de 430 avait épargné les habitants de la ville de Phigalie, située dans un district montagneux de l'Arcadie. Apollon les avait protégés. Les PhigaHens témoignèrent leur reconnaissance en élevant à Apollon secourahle [Epikourios) un gi'and sanctuaire. Ils choisirent pour l'emplacement de l'édifice un plateaa sauvage, adossé aux pentes les plus élevées du mont Kotjhos et dominant un ravin appelé Bassae (BicirfTai). En 1765, le voyageur français Bocher découvrit le temple encore debout, avec sa sévère colonnade dorique, émergeant d'un épais fourré de chênesverts et de figuiers. On sait comment les ruines furent fouillées en 1812 par la société d'explorateurs anglais et allemands qui avait déjà exhumé les marbres d'Egine. La récolte ne fut pas nioins fructueuse. On put transporter à Zante plusieurs fragments de métopes et vingttrois dalles de frise. Les marbres, achetés par le prince régent d'Angleterre, prirent le chemin de Londres, et vinrent enrichir le British Muséum '.

L'architecte du temple était Iktinos, le maître glorieux dont le souvenir reste attaché au Parthénon. Il est donc permis de croire que des artistes d'Athènes avaient travaillé aux sculptures. On n'en doute pas, quand on examine à Londres, dans la salle de Phigalie, les fragments des métopes^. Un cithariste en costume thrace,--un Apollon citharède, «ne femme fuyant, enveloppée d'un grand voile flottant, sont des morceaux charmants, ofi l'on retrouve l'exécution souple et poussée des frises attiques au temps de la guerre du Péloponnèse. On n'en regrette que plus vivement l'état de mutilation de ces marbres, bien supérieurs à la frise.

1. Les marbres ont été publiés d'abord par "Wagner, BassoTiliem antichi deUa Grêctat Eome, 1814, puis isos les AncUni MarbUs of the BrU. Mm., IV, pL 1-23. Cf. expédition 3e Morée, II, pi. 20-23. On en trouveTa auasi des dessina dans les ouvrages relatifs an temple de Phigalie : Stackelbecg, Der Apollotempelia Bassae, 1826; Cockerell, Ths temples of Jupiter PaahiUesiss at ^gina and of Âpolto Epieurius a* Bassae «eaa' Phigaleia, in Arcadia, 1860. Pour la reproduction de lu Erîse, TOÎr surtout les planches de Brunn, Denhmeelerj n"= 86-91.

3. Plusieurs de ces fragments sont publiés dans les Ancient MarUes, IV, pi, 24, 1, 2, 3, et dans les otivrages cités plus haut. Cf. Catalogae of Sciiptnre in the Brit, Mvi., ■a'" Ô10-5I9.

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Au moins la frise est-elle conservée dans son ensemble. Par une disposition peu ordinaire, elle était placée dans la cella, et décorait le pourtour rectangulaire de l'hypèthre, c'est-à-dire de l'ouverture ménagée dans le plafond pour éclairer le sanctuaire. Des trous percés dans les dalles, à intervalles réguliers, montrent qu'elle était appliquée sur une charpente de bois. L'ordre relatif des dalles ne peut se restituer que par hypothèse. Pourtant, comme l'artiste n'avait traité que deux sujets, nous admettrons volontiers que les deux compositions se répartlssaient également sur les quatre faces, et que chacune d'elles occupait un des longs côtés et un des petits côtés du rectangle. C'était, au sud et à l'est, le combat des Athéniens contre les Amazones, au nord et à l'ouest, la lutte des Lapithes et des Centaures'.

Voilà bien les thèmes familiers de la sculpture attique. Mais il faut ici distinguer soigneusement la composition et l'exécution. L'artiste qui a composé la frise connaît à merveille le Parthénon et le Théséion; il est pénétré du même esprit que les sculpteurs du temple d'AthénaNiké; c'est un Attïque. Avec la même verve et la; même fougue que ses confrères d'Athènes, il a su multiplier les mouvements violents, souligner les contrastes dramatiques, opposer à l'attitude triomphante des vainqueurs les poses défaillantes et affaissées des vaincus, placer çà et là des groupes de blessés, un Grec appuyé sur un de ses compagnons d'armes, une Amazone percée de coups, et relevée par ses sœurs. Une description détaillée de la frise serait fastidieuse. Nous placerons sous les yeux du lecteur les morceaux les plus caractéristiques. Ici un Grec, sans doute Thésée, vêtu de la peau de lion qui flotte sur son bras gauche, a engagé la lutte contre une Amazone ; les lignes de leurs corps, hardiment lancées, se croisent et s'opposent, se dessinent avec netteté. Plus loin, un autre Grec saisit par le bras et par le pied une des guerrières, ghssant inerte et sans vie sur le dos de son cheval qui est tombé à genoux (fig. 77)". Ailleurs, une . Amazone se débat douloureusement, pour échapper au Grec qui a pris sa chevelure à pleine poignée , et la menace de son épée ; à ce groupe fait

1. Voir, poar la restitutian et Tordre de la frise, lïanoff, Annali ddl' Lisi., 1S65, p. 29, pi. B. Lange, BeridUe der K. suchs. Gesdlacha/t der Wisseneliaften, 1880, p. 56, pi. 3.

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