Hérodote, III
6. La date de ravènement de Polycrate est très mal connue. Eusèbe et Apollodore la placent en 532, Biogène Laerce vers 540-534. Voir les textes cités par Busolt, Griech. Gesch.,1. p. 602, note 2; Cf. Curtius, Eist. c/r., trad fr- JT, p. 166, note 1, et le travail de EoMe, Mein. Muséum, 1871, p. 573.
toire de Tart antique, de savoir quels procédés ils mirent en œuvre. Mais ici encore, les témoignages anciens sont d'une brièveté désespérante. Pausanias se borne à dire qu'ils ont les premiers coulé le bronze, et fondu des statues; rien de plus ^ Par suite, nous sommes réduits à recourir aux hypothèses, à rechercher, parmi les procédés de fonte encore usités de nos jours, ceux qui peuvent nous aider à commenter ces textes si laconiques ^ Ecartons d'abord les méthodes trop primitives, comme celle de la fonte en plein, qui n'a plus chez nous que des applications industrielles. La Grèce primitive connaissait d'ailleurs, bien avant le sixième siècle, l'art de couler en plein des figurines dans un moule à deux pièces, de pierre ou de métal; en le pratiquant, Rhœcos et Théodoros n'auraient rien innové. D'autre part, on ne peut songer à une technique trop savante, comme celle de la fonte à cire perdue, qui fait, au quinzième siècle, la gloire des Verrocchio et des Ghiberti. Si elle a l'avantage de conserver, dans toute sa fraîcheur et son intégrité, le travail de l'artiste, elle exige que la coulée du métal soit faite d'un seul jet; il y a là des difficultés insurmontables pour un outillage encore primitif ^ 11 est donc permis de croire que la méthode adoptée par les Samiens est celle de la fonte au sable, en plusieurs morceaux. Rappelons brièvement en quoi elle consiste aujourd'hui. Le modèle en plâtre de la statue est débité en morceaux, qui sont moulés séparément dans un moule de sable fin et un peu gras \ Ce moule est ensuite rempli par un noyau en sable soutenu par une armature, et auquel on donne, en le refoulant, un retrait calculé sur l'épaisseur de bronze qu'on veut obtenir. Les pièces sont ainsi fondues séparément, et livrées au monteur qui les nettoie, fait disparaître les galles de la fonte et les traces des joints ou des rentures, les assemble et les réunit par une soudure. Nous savons de source certaine qu'au cinquième siècle, les fondeurs grecs pratiquaient la fonte par morceaux; une peinture de vase, sou-
1. Aiéxsav 6s yjù.xo^i irpwTOt xa^i àyà^^ara l^wvsviG-avTO. Pausanias, VIII, 14, 8 j Cf. IX, 41.
2. Nous ne pouvons entrer ici dans le détail. Pour la description des opérations de la fonte, nous renverrons le lecteur à Clarac, Musée de sculpture antique et modernej I. Partie technique de la sculpture^ p. 55 et suiv. ; Cf. Bliimner, Technologie und Terminologie j IV, p. 278.
S. On sait quelle habileté ont dû déployer de nos jours les fondeurs français, les Gonon, les Thiébault, pour remettre en honneur la fonte à cire perdue. 4. Les fondeurs napolitains fabriquent le moule avec une sorte d'argile mêlée de charbon et de plâtre.
vent reproduite, nous montre des ouvriers occupés à rajuster les pièces d'une statue de bronze et à nettoj^er les joints d'une autre\ Est-il invraisemblable d'admettre que ce sont précisément les deux artistes samiens qui ont enseigné cette méthode aux ateliers grecs? Et si Ton s'étonne de l'habileté déjà grande qu'elle suppose chez des maîtres primitifs, les beaux bronzes grecs de la fin du sixième siècle ne sont-ils pas là pour attester quelle science technique possèdent déjà les successeurs immédiats des Samiens ^? Sans doute cette pratique de la fonte exige, comme un point de départ indispensable, une grande habitude de l'art du modelage; avant que la statue soit moulée et fondue, il faut qu'elle prenne vie dans un modèle en terre. Mais les textes ne sont pas en désaccord avec notre hypothèse : une tradition mentionnée par Pline ^ fait remonter à nos deux maîtres les origines du modelage en terre {plastice).
Reste une dernière question. Rhœcos et Théodoros ont-ils réellement inventé la fonte en forme? Ou bien Tont-ils seulement pratiquée les premiers, en l'empruntant à des ateliers étrangers? La réponse ne paraît pas douteuse. Les Samiens se sont bornés à introduire en Grèce des procédés connus de longue date par les Orientaux, et s'il faut préciser, nous désignerons sans hésiter l'Egypte comme le pays où ils les ont appris. Des statues de bronze égyptiennes prouvent, par des témoignages irrécusables, que les artistes de la vallée du Nil connaissaient la fonte creuse, et que, au temps de la dynastie saïte, ils avaient atteint au point de vue technique la dernière perfection \ Or, nous savons que Théodoros avait visité l'Egypte ^ Pour Rhœcos, le fait n'est pas démontré; mais il acquiert une cer-
1. Gerhard, TrinJcschalen und Gefaesse des Berl. Mas., pi. 12, 13. Voir pour la bibliographie, Furtwaengler, Vasensammlung im Antiquarium zu Berlin^ II, n^ 2294.
2. M. Studniczka a publié une statue de bronze archaïque dont la fonte est déjà d'une extrême légèreté; elle n'a que 6 à 6 millimètres d'épaisseur. Voir Mittheîl. des arch. Inst. Roemische Ahtheîlung, 1887, t. II, p. 95. Une tête de bronze de^T Acropole d'Athènes, que nous reproduirons plus loin, a 1 centimètre dix.