Hérodote, III
2. Voir Brunn, Ueher das Alter der aeginetischen BildwerTce (^Sitzungsherichte der K. hayer. Ahad. der Wissenscîiaften, 1867), I, p. 405, et 1872, p. 529 et suivantes.
un témoignage curieux du jugement qui fut tout d'abord porté sur les marbres d'Egine. Peu de temps après la découverte, Pouqueville, voyageant en Attique, fut logé par le' consul de France, Fauvel, dans une chambre où se trouvaient les moulages des statues. c( Elles n'ont, lui dit Fauvel, ni la grâce, ni la correction de l'école de Phidias; c'est de l'hyperantique, qui n'a que cela pour mérite. )) Il ajoutait, il est vrai : (( Mais une chose incontestable, c'est que ceux qui les ont trouvées n'ont pas perdu leur temps. ^ » Telle fut aussi l'opinion du prince royal de Bavière, le futur Louis V\ qui en 1812 les fit acheter par l'architecte Martin Wagner pour la somme de 10,000 sequins vénitiens. La vogue des restaurations, à laquelle nous devons tant de contresens archéologiques, n'avait pas encore cessé; aussi les marbres d'Egine subirent-ils le sort commun. Au moins eurent-ils l'heureuse fortune de tomber entre bonnes mains. Expédiés à Rome, ils furent confiés au célèbre sculpteur Thorwaldsen, qui dirigea la restauration, et exécuta les modèles d'après lesquels des praticiens habiles, Louis Kaufmann, Joseph Franzoni, Pinciani, restituèrent les parties manquantes. Vers 1830, les statues d'Egine furent installées à Munich, dans la Glyptothèque construite par l'architecte de Klenze".
Le sujet est identique dans les deux frontons : une scène de combat, autour d'un guerrier mourant, tombé aux pieds d'Athéna qui préside à la lutte. Il serait presque impossible de déterminer quel est le sens de ces épisodes, si la présence d'Héraclès dans le fronton oriental, celle d'un archer en* costume asiatique dans l'autre fronton, ne faisaient songer au cycle de la guerre de Troie. Suivant l'interprétation adoptée par Brunn, le sculpteur aurait représenté, à l'est, un épisode de la première campagne d'Héraclès contre Ilion : assisté par Télamon, fils du roi d'Egine Eaque, le héros combat contre Laomédon et les Troyens pour la possession du corps d'Oïklès, un de ses compagnons, tombé dans la mêlée. A l'ouest. Grecs et ïroyens sont également aux prises. Du côté des Grecs, Ajax, un Eacide, et Teucer, disputent à Enée et à Paris le corps d'Achille, percé par les flèches de l'archer troyen.
1, Pouqueville, Voyage dans la Grèce^ IV, 75.
2. Voir Brunn, Beschreihung der Glyptothelc^ pp. 65 et suivantes, où sont cités les ouvrages relatifs à l'histoire des marbres d'Egine.
Fia. 143. — Fronton occidental du temple d'Athéna, à Égine. Partie centrale. (Munich, Glyptotlièque.)
Ainsi, les deux compositions étaient inspirées par des légendes nationales, et d'ailleurs l'orgueil éginète reconnaissait facilement, dans cette lutte entre Troyens et Grecs, une allusion fort claire à la récente victoire remportée sur d'autres Asiatiques, sur les Perses de Xerxès.
Le fronton occidental est de beaucoup le mieux conservé. Dix statues ont pu être restituées et mises en place suivant Tordre, d'ailleurs inexact, indiqué par Cockerell dans sa restauration^. Nous le respecterons provisoirement, pour décrire les figures telles qu'on les voit à Munich. Examinons d'abord le groupe central (fig. 143). Au centre est Athéna, représentée avec des dimensions un peu plus grandes que les combattants; elle reste néanmoins comme les autres plus petite que nature, car elle atteint à peine 1"^, 68, avec le haut cimier qui surmonte le casque ^. Armée de la lance et du bouclier, la poitrine couverte d'une épaisse égide, qui retombe par derrière jusqu'à la hauteur des genoux, la déesse préside au combat comme un arbitre indifférent; elle garde l'attitude impassible, le sourire hautain et froid qui conviennent à une divinité. Il faut bien le reconnaître : nulle part ailleurs les traces d'archaïsme ne sont plus évidentes ni plus choquantes. La direction des pieds, figurés de côté, tandis que le corps se présente de face, donne à la statue un air de gaucherie, et si l'on doit louer la précision du travail dans Jes plis du peplos et de la robe, ce tuyautage rigide et régulier, symétrique à l'excès, rend encore plus sensible la raideur de l'attitude; de toutes les figures du fronton, celle d'Athéna est à coup sûr la moins vivante. Aux pieds de la déesse, un peu à gauche du spectateur, un Grec blessé est étendu tout défaillant, appuyé sur la main qui tient encore ^épée^ Si l'on accepte l'identification proposée par M. Brunn, c'est Achille, dont les deux partis ennemis se disputent le corps. Voici en effet, de chaque côté, deux guerriers qui combattent au premier rang, la lance en arrêt, le bouclier au bras gauche, le buste porté en avant par un mouvement d'attaque\
1. Journal of science and arts, 1819, VI, pi. I, p. 327 ; cf. Cockerell, The temple of Jupiter Panliellemiis and of Apollo Epicurius at Bassae near PMgaleia. Londres, 1860, pi. IV et XV.
2. N° 59 de Brunn, Beschr, der Gîyptotheh Parties modernes, le nez, le pouce, deux bouts de doigts de la main gauche, la main droite, et différents morceaux du vêtement et des pièces d'armure.