Pausanias, IX
4. Il est à remarquer qu'un sculpteur thébain antérieur aux guerres médiques, Askaros, est donné comme un élève d'un Sicyonien. Pausanias, V. 24, 1.
lant les abords du sanctuaire béotien, M. Holleaux a trouvé une statue de marbre apparentée de près, pour le style, à FApollon de Piombino, et imitée très probablement d'un modèle en bronze , comme le travail de la chevelure semble l'indiquer (fig. 157) \ L'auteur de la trou-
Fia. 157. — Statue virile, trouvée près du temple d'Apollon Ptoos. Hauteur, O^^jGô. (Musée central d'Athènes.)
vaille y voit, non sans raison, une œuvre péloponnésienne, antérieure de quelques années aux sculptures d'Egine. Ce serait (( une des nombreuses répliques de l'Apollon Didyméen qui durent être fondues en
1. Holleaux, Bull, de corresp. liellén., XI, J887, p. 275-287, pi. XIII, XIV. Une dédicace, gravée sur les jambes , nous apprend que la statue a été consacrée à Apollon Ptoos par PytHas et Askhrion d'Akraiphiae.
bronze ou taillées en marbre, soit à Sicyone, par les élèves mêmes de Kanakhos, soit dans les autres régions du Péloponnèse, à la fin du sixième siècle, et dans les premières années du cinquième. ))
Avec des éléments d'information fort incomplets, il est bien difficile de marquer d'un trait précis la physionomie du maître sicyonien. Le jugement bien connu porté sur lui par Cicéron est en somme fort vague : dire d'un sculpteur archaïque que (( ses statues sont trop rigides pour imiter la nature ^ », c'est s'en tenir à une appréciation très générale. Seules les copies de son œuvre capitale nous apprennent "un fait digne d'être relevé, Kanakhos n'est pas de ces maîtres qui créent un type nouveau. Respectueux de la tradition, il s'en tient aux anciennes formules ; on est en droit de lui reconnaître plus de qualités de style que d'invention, et c'est sans doute par une technique savante qu'il justifie sa renommée.
Dans la ville rivale de Sicyone, à Argos, un grand nom domine tous les autres : c'est celui d'Agélaïdas. Il est souvent téméraire, avec l'insuffisance des renseignements antiques, de prétendre apprécier pour cette époque la valeur relative des artistes. Ici, le doute n'est pas possible. L'homme à qui la tradition donne pour élèves les trois plus grands sculpteurs du cinquième siècle, n'est pas seulement un habile ouvrier de style. Si l'antiquité saluait en lui le maître de Myron, de Polyclète et de Phidias, c'est que, par l'ampleur de son talent, il dépassait ses contemporains ; on lui reconnaissait les qualités vigoureuses et puissantes qui font un vrai chef d'école.
De sa vie, nous ignorons presque tout. La date de sa période d'activité est elle-même matière à discussion ^. Mais nous pouvons écarter tout d'abord le renseignement erroné de Pline, qui place vers 432 l'époque où son talent est à l'apogée. En réalité, les indications chronologiques les plus certaines nous sont fournies par les victoires des athlètes dont Agélaïdas exécute les statues : or, elles s'échelonnent entre les années 520 et 511 ^ Si, comme on peut le croire, ce sont là
1. C( Canaclii signa rigidiora... quamut imitentur naturam. y> Cicéron, Brutus, 18, 70.
2. Voir surtout Brunn, Griech. Kûnstler^ I, pp. 63-74. C. Eobert, Arch. Mœrchen^ p. 92 et suivantes. Beulé Q' Art grec avant Pérîclèsj p. 431) place l'activité d'Agélaïdas entre 515 et 455.
3. Ces athlètes sont les suivants, Anokhos, vainqueur en l'olympiade 65 = 520/519. Kléosthénès,
des œuvres de jeunesse, rien n'empêche que son activité se prolonge jusque vers 465, c'est-à-dire jusqu'au temps où Phidias débute \ et nous placerons volontiers vers 480 l'épanouissement complet de sa maturité. Reste à expliquer un fait assez embarrassant, signalé il est vrai par des textes dont l'autorité est médiocre ". Au moment de la grande peste qui ravagea l'Attique en 430, les Athéniens auraient consacré dans le dème de Mélité une statue d'Héraclès secourable [Alexihahos)^ oeuvre du maître argien. La tradition est-elle exacte? Comme on ne saurait prolonger jusqu'à la guerre du Péloponnèse l'activité d'Agélaïdas, il s'agirait dans ce cas d'une statue exécutée bien longtemps avant la consécration, ce qui est contraire aux habitudes grecques. Mais il est permis de mettre en doute la valeur de ces témoignages suspects. On peut songer soit à une autre peste, survenue plus tôt, soit à tout autre événement ^ En résumé, la période de production d'Agélaïdas s'étend au maximum entre 520 et 465. Une inscription d'Olympie vient d'ailleurs confirmer cette chronologie. Elle nous fait connaître un fils du grand sculpteur, Argéiadas, dont le nom se ht, associé à celui de l'Argien Atotos, sur la base d'un ex-voto dédié par un certain Praxitélès de Kamarina, entre les années 484 et 480 \ La renommée du père, alors à l'apogée de son talent, a pu valoir au fils, fort inconnu d'ailleurs, cette collaboration à un ex-voto olympique.
Outre une Muse tenant le barbiton, et faisant partie du groupe dont nous avons parlé; outre l'Héraclès de Mélité, les textes mention-
olympiade QQ := 515/514. Timasithéos , olympiade 67=: 512/511. (Pausanias, VI, 14, 11; VI, 10, G; VI, 8, 6.)
1. M. Klein a essayé de démontrer que Phidias n'a pn être l'élève d'Agélaïdas {Arch. epigr. Mittlieil. aus Œsterreich, VII, p. 64). Mais ces doutes ne nous semblent pas fondés. Beaucoup plus spécieuse est l'argumentation de M. C. Kobert {Arch, Mœrchen, p. 99) au sujet de Polyclète. D'après les
calculs de H. Robert, Agélaïdas aurait eu 58 ans au moment de la naissance de Polyclète, ce qui laisse peu de vraisemblance à la tradition courante.
2. Scboliaste d' Aristophane, les GrenouilleSjbOi ;Tzetzès, CJiiL, VIII, 325.
3. M. C. Kobert pense à une peste qui aurait sévi en 500, d'après une inscription attique, C. I. A. I, 475. {Arch. Maerchen, p. 39-40). M. Studniczka suppose que Toccasion de la dédicace peut être tout simplement la délivrance de l'invasion persique, en 480 (Jtœm, IlittheiL, II, 1887, p. 991, note 27).
4. "Atwtoç £7101 Prjâ 'ApY£Îo; TcàpysiàSaç 'Ay£>4^a Tapyscou. Loewy, Tnschr. griech. Bildh.j n^ 30. Quelques critiques veulent faire d' Argéiadas l'esclave, et non le fils d'Agélaïdas. (Robert, -4 rc/i. Maerchen, p. 97.) M. Rœhl a essayé de démontrer que le mot argéiadas est un ethnique, et que l'inscription ne mentionne qu'un seul sculpteur, Atotos, qualifié d' (( Argien, argéade^ et fils de l'Argien Agélaïdas, )") Arch. Zeitiing, 1879, p. 37.
L'AKCHAISME AVANCE.
nent deux statues de Zeus. L une, conservée à ^Egion, représentait Zeus enfant, à côté d'un Héraclès imberbe. L'autre, celle de Zeus Itbomatas, avait été exécutée pour les Messéniens avant 456, c'est-àdire avant que la prise d'Ithôme par les Spartiates les forçât de s'établir sur la côte de Locride, à Naupacte'. Les émigrants emportèrentils la statue? Rien d'impossible à cela. En tout cas, elle revint sans doute à Ithôme quand Épaminondas reconstitua la Messénie, et nous pouvons, quoi qu'on en ait dit, retrouver son image sur une série de monnaies messéniennes (fig. 158 et 159) ^ Zeus debout, dans une attitude menaçante , brandissait le foudre de la main droite, et portait en
avant le bras gauche, l'aigle posé sur son poing. Plusieurs petits bronzes d'Olympie, offrant le même type, dérivent du même original ^ ; or, si l'on en juge par l'exemplaire reproduit ci-joint (fig. 160), le mouvement du corps, plein de vie et d'énergie, constitue un progrès bien marqué sur la pose encore timide et compassée de l'Apollon de Kanakos. C'est là, suivant toute vraisemblance, une trouvaille du maître argien.
L'étude du nu dans les statues d'athlètes est pour les artistes archaïques une incomparable école. Aussi, quel accent de vigueur et de fermeté ne devaient pas prendre, sous l'ébauchoir d'Agélaïdas, les images des robustes champions de Delphes ou d'Olympie! On admirait, dans l'Altis, les statues de bronze qu'il avait signées : celle du stadiodrome Anokhos, celle du pancratiaste Timasithéos, un Del-
FiG. 158-159. — Zeus Ithomatas, sur des monnaies d'argent de Messénie.
1. Pausanias, IV, 33, 2. Cette date de 456, ne nous fournit aucun point de repère pour la chronologie d'Agélaïdas. L'exécution de la statue est sans doute antérieure de plusieurs années. Cf. Robert, Arch. Maerchen, p. 94.
2. Fig. 157. Tétradrachme du quatrième siècle, British Muséum; Fig. 158, troisième siècle, ibid. D'après Imboof Blumer et Percy G-ardner, Journal of HelL Studiesj VII, 1886, pi. LXVI, nos IV et V ; cf. p . 71, n° 5. Voir aussi Overbeck, Griecli. Kunstmythologiej I, Zms, p. 11 et suiv. Overbeck a contesté cette identification, et suppose avec Brunn (^Grîech. Kiinstlerj I, p. 73) que le Zeus de l'Ithôme était représenté enfant. Cette théorie a été réfutée par F. Lenormant, Gaz. Arch., 1880, p. 79.
3. Ausgrahungen zu Olympia jY, pi. XXVII. Olympia, Die Bronzen, pi. VIII, n*' 44, pages 18 et suivantes. Cf. pour la série des bronzes offrant le même type, les numéros 43 et 43 ^.
phien, aussi vaillant soldat que bon athlète, et qui paya de sa vie, à Athènes, sa participation à Téchauffourée de Cylon. Mais son œuvre la plus remarquable, à Olympie, était l'image de Kléosthènes d'Epidamne, monté sur son char de course, et debout auprès de son cocher. Des inscriptions désignaient par leurs noms les chevaux de l'attelage, Phœnix, le rouge; Korax, le noir; Knakias, le fauve, et Samos, le pommelé. Sans doute ce groupe célèbre dut inspirer plus d'une fois les graveurs monétaires et les peintres de vases ; à l'aide des monnaies archaïques de Grêla et de Syracuse, on peut, sans trop de témérité, se représenter les chevaux avec leurs mouvements symétriquement variés, les uns relevant la tête, les autres la tenant baissée sous la pression du mors\ Enfin nous voyons Agélaïdas s'attaquer à une longue suite de figures, dans un ex-voto consacré à Delphes par les Tarentins, en souvenir d'une vie- "^'"^
, . - -i iKT ' l'iG!-. 160. — Zeus brandissant le foudre.
toire remportée sur les Messapiens, g,^,^^,,^ ^^ ^^^^^^^ ,^,^^^,^ , ^,^^^,^^ leurs incommodes voisins. C'étaient
des chevaux de bronze et un groupe de captives messapiennes^ Exécuté après 473, l'ex-voto de Delphes est sans doute une des dernières œuvres du vieux maître argien ; c'est aussi la plus considérable par le nombre des figures, et tout nous invite à croire qu'avec les années son vigoureux génie n'avait pas fléchi.
A côté d' Agélaïdas, d'autres artistes, moins illustres cependant, représentent encore avec honneur l'école argienne. Asopodoros, qui se vante d'être né ce dans la vaste cité d'Argos )) collabore, avec
1. Voir Percy Gardner, Types of grecJc coins^ pi. II, fig. 32-35.