Diodore de Sicile, XII
le contrôle des fonds sacrés put durer longtemps, et que Phidias, acquitté sur la question accessoire des portraits, mourut en prison, au cours de ce procès qui termina si tristement la vie glorieuse du maître athénien.
Eésumer, d'après des copies insuffisantes, les caractères de l'art de Phidias, serait une entreprise presque chimérique, si les témoignages anciens ne venaient à notre aide dans xme large mesure. L'antiquité est unanime à le placer au premier rang, à affirmer sa supériorité. Il n'a été donné qu'à un seul homme de réaliser avec une telle maîtrise Texpression parfaite de la beauté, à l'un de ces moments, si rares dans l'histoire de l'humanité, où tout concourt à créer les conditions les plus favorables pour l'activité d'un génie multiple et puissant : la force du sentiment national et de la foi religieusi3 ; de grandes œuvres à accomplir ; un art déjà formé, jeune, plein de sève, mais qui attend encore le maître capable de traduire, sous une forme achevée, la pure beauté dont il a comme une vision confuse. C'est le rôle réservé à Phidias, et il y est préparé par une universalité de connaissances qui lui fait atteindre le niveau le plus élevé de la culture de son temps. Il résume en lui tout ce qu'un artiste peut savoir ; aucune forme de l'art ne lui est étrangère. Il n'a pas de rival dans la statuaire chryséléphantine^; il est le premier .dans l'art de travailler le marbre^, et reste un modèle inimitable pour les statuaires ; on lui reconnaît l'honneur d'avoir révélé toutes les ressources de la toreutique et de l'art du métal ^; sa Lemnienne de bronze est citée comme un pur chefd'oeuvre. Alors même qu'il met cette science technique au service d'oeuvres colossales, on admire à la fois la grandeur de l'oeuvre (p^eya^siov) et le fini du travail (à/wp^êèç aj^-oc) \ Par-dessus tout il possède cette qualité qu'on refuse à Polyclète, et que les anciens appellent \q pondus; c'est-à-dire la largeur du style et l'ampleur magistrale de la conception.
Mais le trait le plus saillant du génie de Phidias, c'est qu'il fait
1. c( In ebore longe citra aemulum. » Quintilien, Inst. Orat.j XII, ] 0, 9.