Mylcenisclie Vasen^ pi. XII, n
moins d'habileté, mais avec le même sentiment naturaliste qui a poussé l'artiste à figurer les touffes de poils et les mouchetures de la robe de l'animal. D'autre part, de nombreux fragments de peintures murales, découverts à Mycènes et à Tirynthe, attestent que l'art de peindre à fresque était connu et pratiqué par les artistes du pays ^ : c'est là une nouvelle surprise, entre bien d'autres qu'ont ménagées à la science contemporaine les fouilles de Schliemann.
.Résumons brièvement les conclusions auxquelles nous conduit l'étude des monuments. Nous constatons tout d'abord im développement régulier, ininterrompu, de l'art que nous ont révélé les plus anciennes tombes de Mycènes. Si les emprunts faits à l'Orient sont manifestes, si la forme des tombes à coupole et leur décoration métallique sont inspirées par des modèles asiatiques, enfin si l'art industriel mélange des motifs phéniciens et égyptiens, l'industrie mycénienne sait donner à tous ces éléments divers un réel caractère d'unité; elle les amalgame librement, et elle y met sa marque. Nous voyons se constituer en Grèce un style indigène, qui a contracté comme une physionomie personnelle, en dépit de ses origines orientales.
Pendant toute cette période, la plaine d'Argos est, à n'en pas douter, un centre industriel très actif. On y coule le verre, on y travaille les métaux précieux, on y sculpte l'ivoire. A cette activité industrielle correspond sans doute un commerce d'exportation assez étendu. Une route pavée, dont M. Steffen a reconnu les vestiges, reliait Mycènes au port de Corinthe, et ouvrait à l'industrie argienne des débouchés vers le Nord. On sait déjà que la culture mycénienne s'étend jusqu'en Thessalie. Au sud, la Laconie était aussi sa tributaire. Enfin, si l'on trouve dans les îles, jusqu'à Rhodes et en Crète, des objets semblables à ceux de Mycènes^ il faut bien admettre que cette civilisation primitive avait acquis une force d'expansion remarquable.
Ces faits ne peuvent s'expliquer que si l'on admet les conclusions suivantes : l"" l'Argolide est, pour cette époque, un grand centre in-
1. Nous citerons notamment une peinture représentant trois personnages à tête d'âne portant une poutre sur leurs épaules, trouvée dans le palais de Mycènes ('E^rijx. àp^/., 1887, pi. 10, n» 1), et une tablette de calcaire sur laquelle on voit deux femmes faisant un sacrifice devant une idole {Tbld.j pL 10, n''2}. Cf. d'autres fragments, pi. 11.
L'AKT DE L'ÉPOQUE MYCENIENNE. 55
dustriel, qui exporte ses produits ; 2^ la civilisation de Mycènes correspond à une période très étendue, qui doit se compter par siècleSo
§ 4. — LES PIEERES GEATÉES ce DES ILES )).
L'art de la gravure sur pierre fine n'était pas ignoré à Mj^cènes. On sait que, dès la plus haute antiquité, cet art était pratiqué en Clialdée : c'est là qu'il avait pris naissance, et les graveurs chaldéens excellaient à couvrir de figures les cylindres, les cônes, les gemmes qui servaient d'amulettes ou de cachets. Pour pénétrer jusqu'en Argolide, les procédés de la glyptique chaldéenne ont dû passer par l'intermédiaire des peuples de l'Asie Mineure et de la Syrie du Nord. Que l'industrie mycénienne ait eu pour premiers modèles des intailles chaldéennes, hittites ou phéniciennes, il nous importe peu. Il nous suffira de constater que cette technique s'est acclimatée dans les régions où s'étend la civilisation m3^cénienne, et qu'elle est d'origine asiatique.
Les premières fouilles de Schliemann n'avaient livré qu'une quinzaine de pierres gravées ; ce chiffre s'est accru avec les trouvailles récentes de la société archéologique d'Athènes. Si l'on y joint celles qui proviennent de la Tholos de Ménidi, et du tombeau à coupole de Vaphio, on arrive à un total respectable pour les intailles qui se rattachent directement à la civilisation de Mycènes. En général, ces gemmes sont en pierre dure, agate, sardoine, jaspe, calcédoine, cristal de roche. Quant aux sujets qui les décorent, ce sont des lions affrontés héraldiquement ou passant, des griffons courant ou dévorant un faon, des animaux indigènes, tels que bouquetins, vaches, porcs, enfin des êtres fantastiques empruntés sans doute à la démonologie orientale (fig. 29-32) ^
M. Newton a signalé les analogies que présentent les pierres gravées mycéniennes avec tout un groupe d'intailles désignées sous le nom, impropre d'ailleurs, de (( pierres gravées des îles » ^. Les
1. Les gemmes que nous reproduisons sont empruntées à TE^t^jj.. àp/., 1888, pi. 10, n°' 2, 3, 11, 19. Cf. Das Kuppelgral) aus Menidi, pi. YI. Les gemmes de Yaph-io sont publiées : 'Eç-/]^. àp/., 1889, pi. 10.