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L'ART HOMÉRIQUE

L'épopée est le tableau fidèle de l'état social des Grecs ioniens, au neuvième et au huitième siècle. Nous n'avons pas à rechercher si, comme le veulent certains critiques, V Odyssée ne nous fait pas entrevoir une civilisation plus récente encore ; c'est un fait connu que ce poème a reçu, au septième siècle, sa forme définitive. De même on a pu soutenir, non sans vraisemblance, que Vlltade^ plus ancienne, trahit, dans plusieurs passages, le souvenir de la culture mycénienne, et que ce poème a pu être, pour ainsi dire, ébauché dans la mère patrie \ Il nous est interdit d'entrer ici dans le détail. Aussi bien, après l'étude si pénétrante et si complète consacrée par M. Helbig à la civilisation homérique ^, nous n'avons qu'à choisir, pour la caractériser, quelques traits essentiels.

Comparée à la civihsation de Mycènes, celle des poèmes homériques accuse des différences assez marquées. Le fer, qui à Mycènes est un métal de luxe, est, dans l'épopée, d'un usage courant. Le mode d'ensevelissement des morts n'est plus le même. Les héros de V Iliade sont brûlés sur un bûcher ; il n'est pas question du riche appareil funéraire que nous ont révélé les fouilles de l'Argolide. Pour l'architecture des murs de défense, Homère ne décrit rien qui rappelle les massives murailles de Mycènes et de Tirynthe ; les Eoliens et les Ioniens entourent leurs villes de palissades et d'ouvrages de terre. D'une manière générale, la civilisation homérique est moins avancée que celle de Mycènes.

L'industrie nationale existe cependant ; mais elle se borne à pro-

1, Voir Scliucliliardt, ScJdiemann's Ausgrahungen^ p. 353-364.

2. Helbigj Das homtrische Epos aus den Denhnaelern erïàutert^ Leipzig, 1887, 2^ édition. On consultera aussi avec profit les pages où M. A. Dumont a résumé la question, les Céramiques de la Grèce propre^ I, p. 142-158. Les travaux antérieurs sont très nombreux. Nous citerons en particulier Buchholz, Die homerische Realien; Riedenauer, Handwerh und HandwerTcer in den Jiomerischen Zeiten.

duire les objets d'usage nécessaires à la vie, les meubles, les armes, la poterie. Homère nomme des forgerons, des corroyeurs, des potiers, et même mi fondeur en or (ypurroyooç) \ Toutefois il ne cite aucun centre industriel, comme le seront plus tardMilet, Chalcis, ouCorintlie. Les procédés de la métallurgie sont peu développés; c'est à Faide de clous {iloi) qu'on fixe les pièces de métal, or ou argent, servant à décorer les poignées d'épées, les sceptres, les sièges. Les plus beaux sièges dont le poète ait l'idée, les trônes des dieux^ sont ornés d'appliques de métal assemblées par des clous d'argent (xf^upor^oi) -. Pour la description des demeures les plus riches, il faut évidemment faire la part de la réalité et celle de la fiction poétique. Dans V Iliade, c'est par ouï-dire, semble-t-il, que le poète counaît ces revêtements métalliques dont les édifices de Mycènes et d'Orchomène nous ont montré l'application. Il décrit vaguement le palais de Poséidon qui est en or, celui d'Héphaistos, qui est en bronze '\ C'est seulement dans 1' Odyssée^ dans la description du palais d'Alkinoos et du mégaron de Ménélas, qu'il parle avec plus de précision des appliques de bronze, d'or ou d'argent, qui décorent les murs, les portes, les chambranles des portes ''.La richesse toujours croissante des villes ioniennes , des rapports plus suivis avec l'Asie, ont pu lui donner une idée plus nette de ce mode de décoration.

En maint passage, les poèmes homiériques attestent l'infériorité de l'industrie grecque par rapport à celle des Asiatiques. Le poète admire l'habileté des femmes cariennes et méoniennes qui savent teindre avec la pourpre les ornements d'ivoire des harnais ^ Mentionne-t-il une belle armure, un vase précieux, une étoffe richement brodée? Ces objets viennent de l'étranger : ce sont des produits de l'industrie phénicienne. La cuirasse d'Agamemnon est un présent du roi de Chypre, Kinyras ^; or Kinyras représente l'élément phénicien de la population chypriote. Ménélas possède deux cratères d'argent, présent du roi des

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