‹ Histoire de la terreur, 1792-1794Chapitre 127 sur 226 · LIVRE XXX · texte numérisé non relu

LIVRE XXX

la presque totalité du territoire de huit départements \ Elle était maîtresse du cours de la Loire depuis Ingrandes jusqu'à Paimbœuf. Sur la rive gauche, suivant une ligne passant par Mortagne, Tiffauges. Montaigu, Ugé et Ghallans, elle arrivait jusqu'à l'Océan. Sur la rive droite, elle possédait Ghalonnes, Ancenis, Chateaubriand, Couëron, Blain, Savenay, Guérande et le Groisic. La ville de Nantes se trouvait ainsi placée au milieu d'un cercle presque impénétrable. Dans IesCôtes-du-Nord, les rebelles occupaient Lamballe et Restroven; dans Fllleet-Vilaine, Redon, Laguerche, Vitré, Fougères et Dole; dans le Morbihan, la Roche-Bernard et Rochefort; dans le Finistère, Sainl-PoI-de-Léon et Lesneven. Ils arrivaient presque aux portes de Lorient et Brest, les deux principaux arsenaux de la marine militaire.

Les représailles des républicains ne se firent pas attendre. Dès le 13 mars, c'est-à-dire le lendemain des massacres de Machccoul, deux jours avant ceux de la Roche-Bernard et de Gholet, les autorités municipales et départementales, séant à Nantes, sous la présidence du maire Baco, ordonnèrent :

1° Qu'un tribunal criminel extraordinaire serait formé pour juger sans appel les révoltés ; 2° que la guillotine

Deux-Sèvres, Vendée, Maine-et-Loire, Loire-Inférieure, llle-ct- Vilaine, Côtes-du-Xord, Morbihan, Finistère.

serait immédiatement dressée sur la plaee du Boufiav ; 3° que des cours martiales accompagneraient chaque détachement de la force armée et jugeraient sur les lieux mêmes les insurgés arrêtés les armes à la main ; 4° que les biens des rebelles seraient confisqués au profit de la République; 5° que les maîtres seraient civilement responsables pour leurs domestiques, les pères pour leurs enfants.

Cet arrêté était illégal au premier chef ; il n'avait pour base aucune loi; les autorités nantaises s'y arrogeaient non-seulement le droit de confiscation, mais eucore le droit de vie et de mort sur leurs concitoyens. Il n'en fut pas moins mis à exécution dès le lendemain par les colonnes mobiles que la ville de Nantes envoya dissiper les attroupements qui battaient la campagne1.

Peut-être par des mesures moins violentes aurait-on pu apaiser les troubles. En divers endroit, les populations rurales avaient eu honte des excès auxquels elles

1. Dès le 17 itiïi r?, la commission militaire de Paimbœuf entrait en fonction, et faisait fusiller plusieurs prisonniers ( Moniteur, n° 86). Deux jours auparavant, d'autres prisonniers avaient été mis à mort par les républicains sans aucune forme de procès. Ainsi, dan* une lettre conservée au greffe de Nantes [Papiers de la commission militaire de Paimbœuf), on lit ce qui suit : « Le 15 mars, le sieur Normand a été reconnu pour l'un des chefs do l'insurrection et c*» dès lors convaincu d'avoir coopéré à la destruction de notre Constitution, et conséquemment d'être criminel de lèse-nalion. Le jugement dudit Normand ayant été soumis à la sanction générale de la troupe, elle l'a unanimement et par acclamation condamné à être fusillé. Ce qui fut fait immédiatement. 18 mars, une autre bande ayant été dispersée près de Bourgneuf, le chef des insurgés a été détruit avec ses complices. »

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