‹ Histoire de la terreur, 1792-1794Chapitre 151 sur 226 · LIVRE XXXI · texte numérisé non relu

LIVRE XXXI

toutes ces nouvelles importantes, toutes ces dénonciations. Vous faites un secret de ce. qui n'en est pas un; car votre Comité est ouvert à tous les députés. Mais les nouvelles qui s'y concentrent ne sont connues que de ceux qui assistent à ses séances et n'ont pas cette publicité éclatante qui relève le courage en excitant l'indignation d'un peuple généreux.

« Comment dompter tant d'ennemis et tant de traitres? En prenant des mesures bien autrement révolutionnaires que celles que vous avez adoptées jusqu'à présent, en frappant tous les coupables, en n'en épargnant aucun. Eb quoi! la punition d'un tyran, obtenue après tant de débats odieux, sera-t-elle le seul hommage que nous ayons à rendre à la liberté et à l'égalité ? Souffrirons-nous qu'un être, non moins coupable, non moins accusé par la nation soit ménagé par un reste de superstition pour la royauté? Souffrirons-nous qu'il attende ici le fruit de 'ses crimes? »

Pour qu'aucun doute ne subsiste sur l'infortunée qu'il a voulu désigner, Robespierre termine sa harangue en proposant un décret, aux termes duquel « Marie- Antoinette d'Autriche doit être traduite au tribunal révolutionnaire et poursuivie comme ayant participé aux forfaits tramés contre la liberté publique. »

Le tribun demande en outre : « Que tous les parents te Capets soient tenus sous huitaine de sortir du territoire français et de toutes les contrées occupées par les années de la République, mais que le fils de Capet reste détenu au Temple. »

Ces propositions sont peu goûtées par l'Assemblée,

m HISTOIRE DE LA TERREUR.

qui trouve qu'elles n'ont pas directement trait aux mesures de salut public, seules à l'ordre du jour. Elles sont rejetées à la presque unanimité.

La prisonnière du Temple obtient ainsi un sursis de quelques mois, sursis qui ne sera levé que lorsque Robespierre, devenu tout-puissant, dictera à la Convention ses volontés souveraines.

Les séances des 28 et 29 mars se passèrent sans incident bien remarquable.

A la veille de la crise, de .plus en plus imminente, chaque parti s'étudiait à décliner la responsabilité des événements, quels qu'ils fussent, ou plutôt à la faire retomber sur ses adversaires.

Girondins et Montagnards avaient, tour à tour, cherché à accaparer à leur proût l'influence de Dumouriez. Gensonné et Pétion, d'une part, Danton et Lacroix, de l'autre, avaient eu jusqu'à ces derniers jours des relations intimes avec le général. L'extrême gauche et Robespierre lui-même, dans une occasiou toute récente, s'étaient laissé aller à faire l'éloge de son républicanisme. Mais la lettre du 12 mars, les dépêches des commissaires de la Convention, les rapports des agents subalternes dénonçant les propos contre -révolutionnaires qui se tenaient à haute voix dans les antichambres du quartier général, tout prouvait que

Dumouriez ne tarderait pas à passer d'un mécontentement assez mal dissimulé à une révolte ouverte.

Le général en chef de l'armée du Nord venait de faire filer ses troupes vers Condé et Valenciennes, et s'apprêtait à évacuer complètement la Belgique en transportant de Tournay à Saint-Amand son quartier général. Ce mouvement avait l'avantage de l'éloigner de plus en plus des commissaires de la Convention qui, de Lille, surveillaient ses mouvements et contrecarraient ses projets.

Ceux-ci, aussitôt après avoir reçu les demi-confidences de Proly et de ses deux compagnons, avaient expédié une réquisition ainsi conçue :

« Les commissaires de la Convention nationale près les armées de la Belgique et dans les départements du Nord et du Pas-de-Calais, réunis, requièrent le général Dumouriez de se rendre aujourd'hui, 29 mars, dans l'après-midi, à Lille, maison du citoyen Mouquet, place duLion-d'Or, pour s'expliquer avec eux sur des inculpations graves qui le concernent et dont il lui sera donné communication.

« Le général Dumouriez confiera le commandement de son armée, pendant son absence, à l'officier général à ses ordres qu'il jugera le plus propre à le remplacer.

« Lille, le 20 mars 1793, an IIe.

« Gosst'iN, Lacroix, Carnot, Merlin (de Douai), Robert, Treilhard, Lesage-Sénaut. »

Dumouriez, au lieu d'obéir, adressa, le jour même, aux commissaires, cette réponse tant soit peu ironique :

« 29 mars.

« Il m'est impossible , Citoyens commissaires , de laisser un instant l'armée dans le moment où ma présence seule la relient, où, par la défection de la droite et de la gauche, je suis en l'air par l'approche de Clairfayt qui est aujourd'hui à Ath, de l'archiduc Charles qui est arrivé cette nuit à Mons, et du général Mylius qui s'avance sur Courtrai. Me voilà presque cerné et forcé à un mouvement rétrograde que je suis obligé de diriger moi-même.

« Si j'allais à Lille, l'armée aurait des craintes, et certainement je n'entrerais dans cette ville qu'avec des troupes pour la purger de tous les lâches qui ont fui et qui me calomnient. Envoyez-moi deux ou quatre d'entre vous pour m'inlerroger sur les imputations graves que l'on met en avant. Je répondrai sur tout avec ma véracité connue ; mais je vous déclare que je ne peux pas en même temps plaider et commander. Ma tête ne suffirait pas à ces deux genres de guerre.

« Dumouriez. »

Cette réponse envoyée, le général en chef repasse la frontière, établit au camp de Maulde l'armée des Ardennes, au camp de Bruille celle de Belgique. Ces deux camps ont leur front couvert par l'Escaut et ne sont séparés entre eux que par la Scarpe, au moment où elle va réunir ses eaux à celles du fleuve. Pour les mettre en communication permanente l'un avec l'autre,

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