LIVRE XXXI
« Allons, s'ccrie-t-il, il est temps que cela finisse. Lieutenant, appelez les hussards ! »
Aussitôt trente cavaliers, apostés depuis longtemps, se précipitent dans la salle et entourent les commissaires.
Dumouriez leur dit en allemand : « Arrêtez ces quatre hommes, ils me serviront d'otages; qu'on ne leur fasse aucun mal. Arrêtez aussi le général Beurnonvillo et laissez-lui ses armes. »
Celui-ci veut exciper de son titre de ministre de la guerre et donner des ordres aux soldats. Mais on ne
1 écoute pas et on se dispose à le conduire avec les députés dans une chambre voisine.
A ce moment, Camus se débarrasse de ceux qui le retiennent, s'avance vers Dumouriez et lui dit :
« Général, vous perdez la République.
— C'est bien plutôt vous, vieillard insensé ! »
Sur un signe de leur chef les hussards entraînent rapidement Camus.
On réunit aux conventionnels et au ministre Menoire, l'aide de camp de Beurnonville, Villemur, son secrétaire particulier, et Foucaud, secrétaire de la commission.
Personne ne s'informe si le ministre et les représentants du peuple ont froid ou faim. La chambre est sans feu, le témps est glacial; ils n'ont pas de manteaux et n'ont pas mangé depuis le matin. Mais ils trouvent au-dessous de leur dignité de se plaindre. Dumouriez fait dire à Beurnonville qu'il désire le voir et qu'il ait à se rendre auprès de lui. Le ministre
répond qu'il ne veut rien avoir de commun avec un traître et que si Dumouriez a quelque chose à lui dire, il vienne le trouver. Longuet, le courrier que le ministre a attaché en route à sa personne, peut seul, grâce à sa longue familiarité avec tous les officiers de l'élatmajor, pénétrer jusqu'aux prisonniers, leur apporter les effets dont ils ont le plus pressant besoin et les assurer de son dévouement.
Au bout de deux heures, on avertit les commissaires qu'ils aient à s'apprêter à partir.
« Au nom de qui nous est donné cet ordre? demande Camus.
— Au nom du général Dumouriez, répond Denize, l'aide de camp chargé de veiller à la translation des prisonniers.
— Dumouriez est suspendu de ses fonctions et n'a pas d'ordres a donner. »
A cette observation, Denize se contente de hausser les épaules :
« Avez-vous un ordre écrit? »
L'aide de camp sort pour aller le chercher et revient, un moment après, annoncer que son général a répondu qu'un ordre par écrit n'est pas nécessaire, que son ordre verbal suffit parfaitement et que, s'il le faut, on emploiera la force pour le mettre exécution.