‹ Histoire de la terreur, 1792-1794Chapitre 182 sur 226 · IIISTOIIIE DE LA T EUR ICI · texte numérisé non relu

IIISTOIIIE DE LA T EUR ICI

se fait conduire au logement de celui-ci. Accablé <le fatigue, il se jette tout habillé sur le lit de son ami et s'endort.

A huit heures du soir, il est réveillé en sursaut par un bruit de voix ; il se jette à bas du lit, se précipite dans les bras de son ancien compagnon d'armes et lui annonce qu'il a des choses importantes à lui communiquer. Mais celui-ci est entouré d'oHiciers que Devaux ne connaît pas et auxquels la municipalité de Lille a donné pour mission d'accompagner le commandant au camp delà Madeleine, autant au moins pour le surveiller que pour lui prêter leur concours.

Macdonald repousse doucement Devaux : « Mon ami, lui dit-il, je ne sais ni ne veux savoir ce dont tu es accusé, mais j'ai reçu l'ordre de l'arrêter et j'y obéis.» Le malheureux aide de camp voit que toute résistance est impossible ; il se laisse prendre sans essayer de faire usage de ses armes; on le conduit à l'hôtel de ville de Lille; il y est interrogé, fouillé; on trouve sur lui l'ordre de Dumouriez. Le directoire du district ordonne qu'il sera maintenu en état d'arrestation et déposé dans un appartement voisin de celui où Miaczinski est enfermé depuis quarante-huit heures.

Quelques jours après, les deux prisonniers partaient pour Paris, où les attendait le tribunal révolutionnaire.

LIVHE XXXII.

Dumouriez avait promis aux Autrichiens de leur livrer une place de sûreté, en garantie des arrangements qu'il avait pris avec eux. Il ne pouvait plus espérer enlever Valenciennes, où Lequinio et ses deux collègues faisaient bonne garde; il ne pouvait se hasarder à marcher sur Lille avant d'avoir reçu des nouvelles de Devaux. Il devait donc tourner ses vues sur la petite ville de Condé.

La cavalerie, avec laquelle le général Neuilly avait tenté de s'emparer de Valenciennes, s'était repliée sur cette place et sur les villages environnants. Le général en chef était persuadé qu'à son premier signe elle intimiderait, s'il était nécessaire, le reste de la garnison et lui assurerait la possession de la ville sans coup férir. Aussi ne s'était-il pas inquiété de prescrire à Neuilly de faire une démonstration qu'il croyait pouvoir retarder sans danger.

Mais le 4 avril était le jour fixé pour l'entrevue avec le prince de Cobourg, entrevue qui devait avoir lieu sur la limite des deux frontières, à moitié chemin de Condé et de Boussu. Que répondre si les Autrichiens exigent la livraison immédiate de la place de sûreté promise? Dumouriez mande au quartier général le commandant de place Langlois, qu'on lui a signalé comme un homme qui n'est pas sûr. Celui-ci, imitant la conduite de presque tous les officiers que nous avons vus

successivement paraître en scène, tenait à se mettre en règle vis-à-vis des deux partis. Ce n'est qu'après avoir envoyé aux commissaires de Valcnciennes une soumission aussi explicite que possible 1 qu'il se résout à aller trouver Dumouriez. Il arrive aux bains de Saint- Arnaud le 4 avril, à cinq heures du matin. Le général le fait aussitôt introduire et, le regardant fixement :

« Commandant, lui dit-il, on prétend que je dois vous soupçonner.

— Pas de trahison, général, j'ai toujours été fidèle à mon serment.

— Vous me promettez que vous obéirez aux généraux ?

— Oui, comme je leur ai toujours obéi.

— Puisqu'il en est ainsi, vous pouvez retourner à Coudé, j'y serai du reste presque en même temps que vous. »

Langlois, dès qu'il est de retour à Condé, fait avertir

i. Voici le texto même de la lettre écrite par Langlois aux commissaires :

« Condé, le 3 avril 1703, Pan 2e de la République

o Citoyens, je suis dans une position bien critique ; je reçois continuellement des ordres de Dumouriez; dois-jo refuser ou non? Il a envoyé ce matin un do ses aides de camp avec ordre do commander à Condé à ma place et de mo rendre do suite à Saint-Amand. J'ai t*u la maladresse de m'y rendre; où étant, j'ai appris que vous étiez à Valencicnncs ot qu'il était déchu de son commandement. En conséquence, je suis revenu vite sans le voir. Dictez-moi actuellement la marche que je dois tenir.

« Le commandant temporaire, a Langlois. »

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