‹ Histoire de la terreur, 1792-1794Chapitre 19 sur 226 · LIVRE XXVI · texte numérisé non relu

LIVRE XXVI

d'un grand nombre d'industries, surtout de celles que le luxe alimente, entretenaient le malaise et la gêne dans la plupart des ménages parisiens. Les masses étaient d'autant plus mécontentes qu'on leur avait donné plus d'espérances. Ne leur avait-on pas dit et répété sur tous les tons que la misère publique disparaîtrait comme par enchantement aussitôt que la téte du dernier tyran des Français serait tombée sous la hache révolutionnaire? L'arrêt sanglant avait reçu son exécution, et la classe laborieuse n'avait pas cessé de souffrir des mêmes chômages et des mêmes misères ; bien plus, la mort de Louis XVI et quelques autres circonstances, que nous exposerons plus loin, avaient amené l'Angleterre, la Hollande et l'Espagne à se joindre à la coalition déjà formée contre nous. Les mers allaient être fermées et, par une conséquence toute naturelle mais qui échappait au vulgaire, les marchandises, dont la neutralité de ces trois puissances permettait jusqu'alors l'arrivage à des prix modérés, enchérissaient avec une rapidité étonnante.

Pendant que ces causes de trouble s'accumulaient dans la capitale, les législateurs imprévoyants en favorisaient le développement par l'impunité qu'ils assuraient aux auteurs des émeutes qui naguère avaient éclaté dans plusieurs des départements du centre de la France1. Le 11 février, le Comité de législation pro-

1. Voir t. IV, p. 371 et suivantes. Nous avons raconté plusieurs incidents de ces troubles. Us furent apaisés grâce à la contenance dos autorités municipales et des gardes nationales des départements de l'Orne, du Loiret et d'Eure-et-Loir. Les derniers exemples de taxavi 3

pose un décret prescrivant au tribunal criminel de la Sarthe de faire sans délai le procès aux auteurs et instigateurs de ces insurrections. Mais quelques députés montagnards s'empressent de plaider la cause des accusés, qui, disent-ils, étaient plus égarés que véritablement coupables, et proposent d'abolir toutes les procédures dirigées contre les fauteurs des troubles qui ont eu lieu avant le 21 janvier 1793 à l'occasion des subsistances. La Convention, heureuse de présenter au peuple français cette date funeste comme le commencement d'une ère de réconciliation et de paix, vote l'amnistie; à peine Lanjuinais et Buzot peuvent-ils obtenir qu'elle ne s'étende pas aux détenus coupables de meurtre, d'assassinat ou d'incendie.

Le commentaire du nouveau décret ne se fait pas attendre. Quelques heures après, une nombreuse députation se présente à la porte de la salle et demande à être immédiatement introduite à la barre; elle a des considérations importantes à exposer sur la question des subsistances. La Convention, fort occupée de l'organisation de l'armée, refuse d'entendre les pétitionnaires et les renvoie au Comité d'agriculture. Mais ceux-ci insistent et font parvenir au président la lettre suivante :

« Les commissaires des sections de Paris, réunis avec leurs frères des quatre-vingt-quatre départements, demandent à être entendus sans désemparer. La faim ne s'ajourne pas. Les représentants du peuple n'ont pas le droit de refuser de nous entendre; nous ne quitterons

tion forcée sur les marchés datent des derniers jours de décembre 179Î.

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