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DOCUMENTS SUR L'EXPÉDITION DE LA MAGDELAINE

(Voir page 112.)

Nous donnons sans commentaires la série des pièces oflicielles que Paoli envoya au ministre de la guerre et dont il conserva les originaux par devers lui. Les notes qui accompagnent plusieurs de ces documents émanent, selon toute apparence, du général ou plutôt encore de son neveu. Nous avons scrupuleusement respecté l'orthographe et les tournures peu françaises de Cesari Colonna, qui était Corse, et de (ioyetche, qui était Basque (de Saint-Jean-de-Luz).

Paoli, lieutenant général, commandant la 239 division militaire, au ministre de la guerre.

« Corte, le 10 mars 1703, l'an 2« de la République.

« Citoyen ministre,

« Les succès malheureux de l'expédition de la Sardaigne et de l'attaque de Cagliari'vous seront déjà connus par les informations directes des commandants de terre et de mer destinés à cette entreprise/et qui sont passés en France sans me donner aucun renseignement sur cet objet.

« J'ai l'honneur de vous joindre une copie de la relation qui m'a été adressée par le citoyen Colonna Cesari, commandant la contre-attaque sur les isles de laMagdelaineet de Saint-

4oi

Etienne. Vous verrez, citoyen ministre, que la défection de l'équipage de la corvette la Fauvette a mis les gardes nationaux corses dans la nécessité de se retirer, au moment où ils étaient décidés à tenter avec courage la prise définitive de ces isles.

«( Si de pareils attentats et des actes d'insubordination et de lâcheté si marqués ne sont pas punis avec un exemple éclatant, nous aurons des inconvénients réitérés, et les meilleurs combinaisons militaires pourront échouer, car il n'y a pas de général qui puisse être à l'abri des conséquences d'une défection inattendue.

<( Je dois rendre la justice qui est due au citoyen Colonna; il est aussi brave que patriote, et, sans la captivité dans laquelle l'équipage de la corvette l'avait réduit, je suis persuadé qu'il aurait péri avant d'abandonner le champ de bataille; tous les ofllcicrs s'accordent à lui rendre ce témoignage, et à convenir de la valeur et de l'intrépidité des gardes nationaux et de la troupe de ligne qui ont été employés dans cette expédition, et il est bien malheureux qu'ils n'aient pas été couronnés par île meilleurs succès.

« Le maréchal de camp Casabianca, ainsi que le colonel Colonna, ont tiré de l'artillerie, destinée à la défense des places de cette division, pour employer chacun dans l'expédition qui leur était confiée, il ne me consle encore qu'elle ait été rendue à sa destination, j'aurai l'honneur de vous en informer plus amplement à la première occasion.

« Je vous prie, citoyen ministre, d'être convaincu que je ne négligerai aucune circonstance pour contribuer, avec nies • concitoyens de ce département, a toutes les entreprises auxquelles je serais appelé pour la gloire et le succès des armées de la République.

« Le lieutenant général commandant la 23e division militaire en Corse.

« Pasquale Paoli. »

NOTES. 455

Essay sur la conduite du citoyen Pierre Paul Colonna Ccsari, commandant l'expédition de la contre-attaque dans le nord de la Sardaigne, cl notamment sur tout ce qui est arrivé dans la journée du 2o février, relativement à l'attaque des isles de la Magdelaine et de Saint-Èlicnne, présenté à ses concitoyens, à V administration du département cl au lieutenant général . Pascal Paoli, commandant la 2.7° division militaire.

« Citoyens,

« Honoré de la confiance du général de cette division, invité par l'administration supérieure et par le contre-amiral Truguet de l'escadre de la République dans la Méditerranée, et surtout excité par l'amour de la patrie et le zèle le plus ardent de la servir, j'ai entrepris le projet d'une descente dans le nord de la Sardaigne.

a Cette opération devoit être précédée par la conquête des isles de la Magdelaine et de Saint-Étienne , qui sont des ouvrages avancés formés par la nature, et qui servent de défense à la grande isle dans la partie où j'étois destiné à l'attaquer.

« Après avoir vaincu tous les obstacles qui s'opposèrent au rassemblement de la petite armée que j'étois destiné à commander, mes frères d'armes ainsi que moi nous attendions avec impatience lu moment de passer la mer; les vents et les temps orageux nous ont condamnés à une inaction forcée jusqu'à la nuit du dix-huit février.

« Ce moment, le premier dans lequel on pouvoit tenter le passage, fut saisi avec transport et nous nous embarquâmes, brûlants du désir de nous mesurer avec l'ennemi.

« Le jour suivant, nous arrivâmes à la vue de la Sardaignc ; le calme arrêta notre marche pendant quelques heures; mais, à l'approche de la nuit, le vent se fit sentir avec violence; les gondoles de débarquement qui portoient la troupe furent contraintes de regagner le port de Bonifacio, et la cor-

vette la Fauvette sur laquelle je m'étois embarqué se tint à la cape pendant deux jours.

« Le 22, les gondoles escortées de la corvette sortirent une autre fois ; nous arrivâmes aux isles de la Magdelaine et de Saint-Étienne.

o L'ennemi, déjà prévenu depuis longtemps du projet d'attaque, s'étoit mis en état de défense; malgré ses précautions et sa résistance, le débarquement s'exécuta dans le meilleur ordre, et la petite armée campa le soir môme dans l'isle de Saint-Étienne.

« Le lendemain nous attaquâmes la tour où l'ennemi s'étoit retranché; après deux heures d'un combat très-vif, ta garnison se rendit ; les magasins, le petit fort, trois pièces d'artillerie, et toute l'isle enûn, furent soumis aux armes de la République.

« La garnison de la Magdelaine, beaucoup plus nombreuse, nous opposoit une résistance soutenue. L'isle de Saint-Étienne étant assez à portée pour pouvoir battre celle de la Magdelaine, nous fîmes élever une batterie qui joua avec beaucoup de succès jusqu'au soir du 2ft.

.« Cependant l'ennemi, qui avoit lui-même des pièces de position en batterie, ne paroissoit nullement disposé à se rendre.

« Dans cette situation, je fis tenir un conseil de guerre qui eut lieu dans les magasins de l'isle de Saint-Étienne. Les officiers de tous les corps y assistèrent, ainsi que ceux qui montaient la corvette. 11 fut résolu dans ce conseil d'attaquer le lendemain l'isle de la Magdelaine, et d'en tenter la prise de vive force et d'assaut.

« Le résultat en fut communiqué à la petite armée, qui le reçut avec le plus grand enthousiasme; la nuit fut employée aux préparatifs de l'attaque. Nous avions le petit détroit entre les deux isles à passer, mais les dispositions prises et le courage des troupes nous promettoient la victoire.

« Dans cette situation, je fus instruit que l'équipage de la corvette, qui devoit soutenir notre passage et nous garantir des galères sardes dispersées sur la côte, se refusoit d'y coopérer et menaçoit d'abandonner le littoral. Cette défection, qui tranchoit le fil de nos espérances, étoit propre à

m'alarmer; je passai à bord de la corvette en toute diligeuce, et j'eus la douleur de me convaincre que l'équipage éloit réellement dans une insubordination complète.

a Les insinuations patriotiques et les exhortations les plus amicales, que je lui suggérois, parurent le faire désister pour quelques instants de son projet. A la pointe du jour, et comme l'heure du combat s'approchoit, l'insurrection éclata complètement ; je fus appelé avec dédain et menacé d'un départ subit.

« Tout ce que ma situation, l'amour de la patrie, la gloire de la république pouvoit suggérer à mon esprit, tout fut employé pour les dissuader d'un si lâche complot; mais rien ne pouvoit toucher des cœurs insensibles à tout sentiment d'honneur ; les officiers de la corvette se réunirent à mes sollicitudes, mais leur zèle, comme le mien, demeura sans succès.

« Désespéré de ne pouvoir rien obtenir des hommes qui désertoient les drapeaux de la liberté avec tant de lâcheté, je demandai du moins de descendre à terre pour me réunir à mes frères d'armes, et périr ou vaincre avec eux ; cette satisfaction me fut encore refusée, et je n'obtins en réponse qu'un refus brutal.

« Si la corvette se retiroit dans le moment, les troupes isolées sur l'isle Saint-Étienne demeuroient sans aucune communication, nos gondoles elles-mêmes n'auroient pu échapper aux galères sardes qui cherchoient à les envelopper.

« Dans cette situation, voulant sauver mes frères avec lesquels il m'étoit impossible de me réunir et de combattre dans ce moment, je demandai du moins à l'équipage mutiné de protéger leur retraite, et ce ne fut qu'après bien des difficultés que je parvins à obtenir cette triste ressource; elle fut ordonnée et exécutée avec autant de surprise que de précipitation. Le convoi Gt voile vers la Corse, où il arriva le lendemain dans le golfe de Santa-Manza.

« Citoyens, je vous ai exposé le récit de cette malheureuse aventure, vous en trouverez la preuve la plus éclatante dans la déclaration authentique des officiers de la corvette qui ont été les témoins de la lâcheté de l'équipage, et qui ont partagé avec moi toute l'indignation d'une pareille inconduite.

« J'avois calculé tous les moyens de force dans l'attaque

projetée; l'assistance de la corvette devenoit indispensable, puisqu'elle étoit le seul moyen de nous garantir des gardescôtes sardes et de protéger le débarquement; j'ai cru que je pouvois en toute confiance me jeter au milieu de l'équipage, que j'ai dû supposer composé de Français dignes de ce nom, espérant, par ma présence, de dissiper ses craintes, et de le ramener à son devoir; devois-je ni 'attendre à une captivité qui m'arrachoit, ainsi que mes frères d'armes, du sein de la victoire ou du moins de l'accomplissement de mes devoirs? Puisse l'exemple de trahison et de lâcheté de la plus grande partie de l'équipage de cette corvette inspirer l'horreur et l'indignation la plus sentie dans les cœurs de tous les marins français! Je dois au courage et au patriotisme de la garde nationale et de la troupe de ligne qui étoient sous mes ordres les témoignages les plus éclatants; leur bravoure étoit digne d'être couronnée d'un succès plus heureux, et ils ont droit à l'approbation de leurs concitoyens.

« Quant à moi, j'invoque avec confiance le jugement de mes concitoyens. Ils savent que, dans toutes les circonstances, j'ai servi ma patrie avec honneur, et que, dans la série de mes jours, j'en compte plusieurs dans lesquels mon dévouement pour elle a contribué essentiellement à la liberté; c'est pour acquérir des nouveaux titres à leur estime, que j'avois saisi celte nouvelle occasion ; je n'ai rien négligé pour l'obtenir, et certes ma conduite est un titre de plus pour y prétendre. Si mon courage n'a pas été secondé, il ne dépendoit de moi ni d'aucune force humaine de remire meilleurs ceux des marins qui ont trahi mes espérances, et qui, réunissant la trahison à la lâcheté, ont arrêté le cours de mes opérations militaires, en m'enlevant à mes frères d'armes qu'ils ahandonnoient et que j'ai été assez heureux de sauver.

« Citoyens, jaloux de conserver l'estime que vous m'avez accordée, et qui e<4 la meilleure partie de mon existence, je vous ai exposé ma conduite avec la franchise et la loyauté que vous avez toujours connus dans mon caractère, et j'attends votre jugement avec la confiance de l'homme qui a rempli ses devoirs. Colonna Cksaiu.

« Bonifacio, le 1" nuis 1703, l'an '2* de la République. »

NOTES

Copie de la lettre du commandant de l'expédition au citoyen Quenza, lieutenant-colonel des gardes nationales sous ses ordres.

« A bord de la Fauvette, le 25 février 1793.

« Citoyen lieutenant-colonel,

« La circonstance 1 exige de donner les ordres les plus pressants afin que l'armée se mette aussitôt en mouvement et pense à la retraite. Vous garderez de votre côté toute la continence possible. Vous ferez jeter à la mer les effets de guerre que vous ne pourrez pas faire embarquer, et aussitôt rendu sur le convoi, vous viendrez vous mettre sous la protection de la frégate, pour que les demi-galères ne puissent pas vous offenser2.

« Dans une crise aussi grave, j'exhorte l'armée et vous à faire connaître de la promptitude et de l'adresse, comme je vous l'ai dit \

Le commandant de l'expédition de la contre-attaque de la Sardahjnc.

« Colon n a Cksaiu. »

1. m Fut celle d'avoir fait dési>ter l'équipage de la corvette du projet infime du départ, et de l'avoir ému à ne pas commettre les excès menacés. »

2. ... Le commandant de l'expédition eut la précaution dVnçrap.'r celui .le la corvette à ce que celle-ci guettât au moins à lenteur, dans le temps de rembarquement, les demi-galères: 1° pour ne pas donner de l'avantage à l'ennemi; 2" pour mettre le convoi et l'armée à l'abri des instilles hostiles, n

•I. <t Cet ordre fut dicté a liaute voix, à lord de la corvette, d'api 's le délai fatal que l'équipage voulut exiger pour la retraite. »

Déclaration du commandant et des officiers de la corvette

la Fauvette.

« Le commandant de l'expédition de la contre-attaque de la Sardaignc étant à bord dans sa chambre, il fut appelé par l'équipage de monter sur la couverte vers les sept heures du matin. 11 me fit appeler 1 pour me demander qu'est-ce qu'où voulait, et je lui répondis que l'équipage voulait lui parler, et nous montâmes ensemble. Le commandant de Pexpédition demanda à l'équipage qu'est-ce qu'oii voulait, et l'équipage répondit qu'il voulait partir.

« Le commandant de l'expédition dit à l'équipage qu'il ne pouvait pas croire qu'ils voulussent laisser ses frères d'armes sur l'île de Santo Stefano, qu'il faisait occuper par la petite armée. On lui répondit hautement qu'on voulait partir, et quelques unes des têtes gâtées coururent à la voile.

« Le commandant de l'expédition, partant de la poupe, parcourant le long de la couverte les larmes aux yeux, conjurait de le jeter à la mer si on ne voulait pas lui faire le plaisir de le débarquer à l'île Santo Stefano, qui était là à quatre pas, pour périr, s'il le fallait, avec ses frères d'armes2.

« La réponse fut de vouloir partir. Le commandant susdit proposa de lui donner au moins le temps, de six à huit heures, pour ordonner la retraite à la petite armée qui occupait l'île de Santo Stefano; car les galères ennemies qui étaient à la vue n'eussent eu qu'à en profiter.

« Les matelots suspendirent à cette proposition, et j'en profitai habilement en ordonnant que ceux qui étaient d'avis de rester à protéger la retraite se portassent à tribord, et ceux qui étaient de l'avis contraire restassent à bâbord.

1. « C'est le citoyen Goyetche, commandant la corvette, qui parle. »

'2. « Il fut nécessaire que le commandant de l'expédition pratiquât de I* prudence pour éviter des dangers et pour se mettre à l'abri des funeste* inconvénients. »

NOTES

4 lit

« Je fus secondé par plusieurs citoyens d'honneur de mon bord qui, également avec les larmes aux yeux, criaient à l'équipage qu'il fallait adopter ce parti.

« La grande majorité se porta à tribord, ce qui marquait la décision d'attendre pour protéger la retraite, et une partie, qui était d'avis contraire, resta à bâbord.

« Le commandant de l'expédition profita du moment et dicta l'ordre de retraite aux troupes1 ; lequel ordre fut lu hautement et remis entre les mains d'un officier de mon bord, pour le remettre sur l'île de Santo Stefano au citoyen Quenzu, lieutenant-colonel commandant sous ses ordres.

« Le canot partit avec la lettre, et, après s'être éloigné de la corvette, il retourna. Je vis alors que quelques lâclies de matelots, qui avaient prétendu de se faire un mérite en s offrant <l'aller les premiers pour effacer l'idée qui était parmi eux, et (jui avait excité l'équipage à demander à partir, n'avaient pas mi le courage d'aller, et ils retournèrent encore. J'en fis partir d'autres qui furent faire le service.

« Golplie Santa-Manza, le ï% février 1793, k2' de la llépubliquc française, ;» i bord de lu corvette la Fauvette.

Govetciie, commandant de lu Fauvette ; Piehile- Lous Dit.v, officier; A. La.ngevin, lieutenant de détail; Jea\-Fra.v;ois Pilox, officier; IUttiste Fabue, officier; Phemovenge, chirurgien; Iht.ihu, commandant le 15e régiment; Bléschamps, sous-chef; Huai \, maître; Uemu, contre-maitre. »

t. <*Cet acte politique fut rendu pour ne pas encourager l'ennemi, et |w>nr<pi«! la petite année campée sur File de Santo Stefano ne fût sa vic-

4(iï

Déclaration des officiers des différents corps de l'armée.

<( Les officiers des différents corps qui composent votre année, citoyen commandant, avaient va avec étonnement l'ordre que vous aviez donné de la retraite dans un moment où les troupes étaient pleines d'espoir de la victoire. Ils voient aujourd'hui avec indignation la trame qui vous a obligé à le dicter. Ils espèrent que vous vous empresserez pour en faire punir les auteurs. Ils se félicitent de devoir toujours conserver de votre zèle et de votre patriotisme l'opinion qu'ils ont toujours eue.

« Iionifacio, le 28 février 1703, 2r de la République.

« Ortolli de Tallano, capitaine; Guinrcci, capitaine; Pereiti, capitaine de grenadiers; Gabrieili, capitaine; Bonellj, capitaine; Oivrou deSartène, capitaine; Pereiti d'Olmetto», capitaine; Pietri, capitaine; Gugliemi, capitaine: Tuera, capitaine; Ottavi, capitaine; Peraux. capitaine; Panattieri, lieutenant; Ciacaldi. lieutenant; Aurrosini, lieutenant; Peraldii* Zicavo, lieutenant; Leonardi, lieutenant; KkntLLi, lieutenant; Ortoli, lieutenant; Qtxxzi* lieutenant; Pandolh, lieutenant; Piethï, liertenant ; Giuseppe Quiuciuni, lieutenant ; Antonio Padero Pietiu, lieutenant; Robaclia, quartiermaître; Peretti, adjudant-major ; Buosaparit ; Qi enza, commandant le 2e bataillon. »

NOTES

iG.î

Déclaration des officiers du 52* régiment d'infanterie présentée au

commandant de l'expédition.

« Les officiers du 52e régiment d'infanterie, qui se sont trouvés sous vos ordres à l'expédition de la Magdelaine, ont examiné de nouveau, avec la plus scrupuleuse attention, citoyen commandant, l'exposé par écrit de ce qui se passa le 25 du mois de février à bord de la corvette la Fauvette, signé par les officiers de ce bord ; ils avaient eu hier l'honneur de vous présenter à ce sujet le résultat de leurs plus mûres réflexions; et ce résultat était tel que le leur avaient dicté le sentiment de l'honneur qui Ie3 anime et leur amour pour la justice et la vérité.

« Ils avaient vu avec un sentiment pénible et une sorte d'étonnement l'ordre de la retraite, qui leur avait été transmis de votre part au moment où tous les ofliciers et soldats étaient pleins de l'espoir de la victoire; nous croyons à présent que les circonstances où vous vous êtes trouvé peuvent justifier votre conduite dans ce moment de crise. Veuillez être persuadé qu'ils mettront au rang de leurs devoirs les plus sacrés de rendre dans tous les temps hommage à la vérité, d'éclairer ceux qu'on aurait pu égarer sur la nature de vos intentions, et qu'ils se félicitent de pouvoir conserver de votre zèle et de votre patriotisme l'idée qu'ils ont toujours eue.

« A Bonifacio, le l'r mars 1793, 2« de la République.

« KicAKi), capitaine; Dkj.agi:; Lkdoykn; IIusqlin, lieutenant; Petmconi, sous-lieutenant; danos. »

Il nous paraît superflu d'indiquer point par point tout ce que ces certificats présentent entre eux de contradictoire. Nous ne relèverons qu'un seul fait, parce qu'il porte sur la partie la plus essentielle du pécit. Goyetche et ses ofliciers de marine

attestent dans leur certificat que la révolte de l'équipage de la Fauvette éclata lorsque Cesari Colonna était à bord; celui-ci, au contraire, déclare qu'il ne s'y rendit que pour apaiser une insubordination qui était déjà complète. 11 y a là une contradiction flagrante. Une autre remarque est à faire sur la pièce n° V. Quoiqu'elle soit donnée comme émanant des otliciersdes différents corps de l'armée, elle n'est signée que par les officiers du bataillon de volontaires corses, en commençant parle grade de capitaine et en finissant par celui de lieutenant. Les deux chefs de bataillon, Quenza et Bonaparte ont signé les derniers; Quenza a accompagné sa signature de la mention de son grade, Bonaparte n'a fait suivre la sienne d'aucune qualification. D'après ces indices, il est bien à croire que le certificat n'a été signé par le futur empereur des Français qu'à contrecœur et au dernier moment.

Nous avons voulu, autant qu'il était en notre pouvoir, vérifier si les olllciers de terre et de mer, qui ont signé les certificats présentés par Paoli et Cesari Colonna, faisaient bien réellement partie de l'expédition de la Magdelainc. Lorsqu'il s'a^t (l'otliciers de grade aussi peu élevé, les vérifications sont difficiles. Cependant nous avons pu nous assurer, en consultant leurs états de service, que Goyetche, commandant la FauvrUc, Jean- François Pilon, enseigne de vaisseau, Dulien, lieutenant au 1 5e régiment, faisaient tous trois partie de l'expédition delà Magdelaine. Dulieu était embarqué sur la Fauvette depuis le mois de mars 1702: il ne quitta ce bâtiment que le 8 juin 1793 pour retourner, avec le détachement qu'il commandait, rejoindre son régiment. Goyetche mourut en mai 171^, à Saint- Florent (Corse), des suites d'une maladie contagieuse qui décima, à cette époque, les équipages des vaisseaux français réfugiés dans celte île après la reprise de Toulon par les troupes conventionnelles.

Cette vérification, quoique partielle, nous a démontré la parfaite authenticité des certificats dont Paoli envoya les copies au ministre de la guerre. Ils furent signés par ceux dont les noms figurent au bas de la copie que nous avons retrouvée; mais contiennent-ils la vérité? C'est là la question.

Pour compléter ce qui concerne le général Paoli, pour bien

NOTES

faire connaître les sentiments d'hostilité à peine dissimulée qui l'animaient vis-à-vis de la Convention et de ses commissaires, avant même qu'un décret ne l'eût mandé à la barre, nous mettons sous les yeux de nos lecteurs la lettre qu'il écrivit au ministre de la guerre un mois après l'envoi des certi- Gcats dont nous venons de donner le texte, et au moment même où il apprenait le débarquement en Corse de Salicetti, Delcher et Lacombe-Saint-Michel. C'est déjà presque une déclaration de guerre.

Paoli, lieutenant général, commandant la 23e division militaire,

Au ministre do la guerre.

« Corte (ile de Corse), le 8 avril 1703, an 'i* de la Republique.

« Citoyen ministre,

« J'ai l'honneur de vous prévenir que je suis informé de l'arrivée des commissaires de la Convention nationale dans ce département : ils sont débarqués à Saint-Florent avec le régiment ci-devant Yermandois, qu'ils ont fait passera Bastia : je n'ai pas eu le bonheur de recevoir de leur part aucune communication.

« Le bruit s'est répandu que des personnes très-accréditées auprès d'eux menacent d'exciter en Corse des troubles et des désastres: le peuple de ce département, fidèle à ses promesses, est invinciblement attaché à la république-, mais, toujours irréconciliable avec le despotisme et l'arbitraire, il voit avec inquiétude les abus d'autorité.

« Si les commissaires veulent le bien, il ne dépend que d'eux; au contraire, si, trompés par des faux rapports, ils cherchent à accumuler sur les Corses le poids de l'autorité, et les accabler, certes ils ne peuvent pas se promettre d'obtenir leurs bénédictions.

« Je doute, citoyen ministre, que cette lettre vous parvienne, puisque la correspondance est entièrement soumise à un complot de méchants qui a la force de l'intercepter; mais ma conscience me commande de remplir envers vous un devoir que je vous dois, et comme citoyen et comme subordonné, vi 30

« Quel que soient les calomnies dont vous êtes obsédés sur le compte des Corses, je prévois un temps où la Convention nationale et le conseil exécutif leur rendront justice, et je me flatte d'obtenir d'eux l'estime qu'on a cherché à altérer par tant des manœuvres. insidieuses.

« Le lieutenant général, commandant la 23* division militaire,

« Pasquale de Pacli. »

procès- verbaux

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