Qu'il a été donné un banquet, à la suite duquel Bourdon
NOTES
et ses coreligionnaires allèrent an café, à la Société des Jacobins et chez I evêque 1 ;
/j° Que le même jour, à cinq heures, la municipalité, sur une plainte de J'rost qui venait d'avoir des diflieultés avec le maître de poste, avait fait délivrer dos chevaux aux deux représentants et devait les croire partis;
5° Que vers les dix heures, un grand tumulte avait été entendu de la salle du conseil ; que les officiers municipaux, étant sortis, avaient tro;ivé Bourdon blessé et s'étaient empressés de le recueillir et de l'entourer de soins.
Noël termine son rapport en faisant le plus grand éloge du zèle et du dévouement de la municipalité orléanaisc, qui a déjà envoyé cinq mille hommes contre les départements insurgés, et en proposant d'ordonner l'élargissement provisoire de tous les détenus, contre lesquels ne s'élèveraient pas de clnrges graves.
Ce rapport excite l'indignation de la Montagne2. Collotd'Herbois, Laplanche, Marat, s'élèvent avec force contre ces conclusions; Louvet, en leur répondant, dénonce la conduite des commissaires envoyés à Orléans depuis que cette ville a été déclarée en état de rébellion. « Ils ont pris sous leur protection, s'écrie-t-il, des hommes dont le métier était de prêcher dans la ville le meurtre et le pillage. Ils ont emprisonné des citoyens dont la fortune et les emplois excitaient l'envie
1. LVv<*quo d'Orléans n'était autre que le fameux Jarcnte, l'un des trois prélats de l'ancien régime qui avaient adhéré à la constitution civile du clergé. Connue son collègue Loménie, archevêque de Sens, il n'avait trouvé d'autre moyen de se faire pardonner son origine aristocratique <pic de se jeter dans les bras des plus ardents déma^ncs et d'accepter la prési Imce de la Société populaire. A tous ces titres, Léonard Bourdon lui devait bien sa première visite.
'2. Si\ mois plus tard, Noël payait de sa iHc le courage et l'indépendance qu'il avait déployés dan» cette circonstance. Inscrit sur la liste de proscription du 3 octobre, il essaya, pour se soustraire à ses persécuteurs, de se réfugier en Suisse. Il fut arrêté à quelques pas de la frontière, ramené à Paris, traduit devant le Tribunal révolutionnaire, condamné à mort et cjécuté le 1S frimaire an 11 (8 décembre 179:1). Les seuls crimes qu'on avait à lui reprocher étaient son rapport dans l'affaire de Léonard llourdon et son abstention dans le procès de Louis X\I. (Voir tome V, page il):>.) vi 31
de certaines gens. Ils les ont accusés d'être des aristocrates et des contre-révolutionnaires-, mais vous savez que l'on est aristocrate et contre-révolutionnaire, lorsqu'on demande que la Convention soit entourée du respect qui lui appartient. On est aristocrate, lorsqu'on prêche l'amour de Tordre et l'obéissance aux lois; on est aristocrate lorsqu'on réclame la conservation des hommes et des propriétés. On a destitué l'ancienne municipalité, on en a établi une nouvelle. Eh bien! savez-vous ce que celle-ci fait des deniers du peuple? Elle dépense 6,000 livres dans des dîners, elle régale à 10 livres par tête les snnsculottes. Les femmes, les mères et les filles des citoyens détenus viennent implorer la grâce de ceux qui pourvoient à leur subsistance; les patriotes, bien repus, les forcent à danser et à célébrer par des démonstrations de joie le triomphe de leurs persécuteurs. Après la danse, elles espéraient, pour prix de tant d'outrages, obtenir un adoucissement à leurs peines. Elles demandent l'élargissement de leurs maris, de leurs pères, de leurs fils. On le leur refuse, elles insistent, un sans-culotte tire son sabre; mais il n'y avait là que des femmes et tant de vaillance est perdue. »
En entendant les sarcasmes dont l'orateur girondin accable les démagogues Orléanais, les tribunes prennent fait et cause pour les frères et amis; elles éclatent en murmures. Des cris à bas! à bas! se font entendre. Le président Isnard menace de dénoncer à la France entière l'insulte que l'on fait à la représentation nationale; le tumulte est à son comble. Marat essaye en vain de se faire entendre. La Convention lui refuse la parole et adopte les conclusions du rapport de Noël.
C'était un triomphe pour la justice et l'humanité, mais il devait être de peu de durée. Moins de quinze jours après, les journées du 31 mai et du 2 juin consacraient la défaite de Louvet et de ses amis, le triomphe des démagogues.
Les malheureux Orléanais subirent le contre-coup de ces événements. Du moment qu'ils n'eurent plus de protecteurs, Fouquier-Tinville les traduisit à son tribunal. Léonard Bourdon appelé en témoignage se montra implacable. Après de longs et pénibles débats, le 12 juillet, neuf condamnations à mort furent prononcées contre les gardes nationaux dont les noms
NOTES
suivent : Couët, agent de change, âgé de cinquante ans, chasseur de la garde nationile ;
Buissot, marchand, âgé de vingt-cinq ans, chasseur ;
Gellet-Du vivier, marchand de bas, trente-neuf ans, grenadier;
Jacquet, rentier, âgé de vingt-cinq ans, lieutenant de grenadiers;
Poussot, rentier, âgé de quarante-deux ans ;
Quesnet, musicien, âgé de trente-huit ans ;
Nonneville, rentier, âgé de trente ans, chef de bataillon de la garde nationale ;
Tassin-Montcourt, propriétaire, âgé de trente-trois ans ;
Broue de la Salle, blanchisseur de cire, âgé de trente-trois ans, chef de bataillon en second de la garde nationale.
Le lendemain, le président de la Convention recevait cette pétition; nous en avons retrouvé l'original, écrit en partie au crayon :
<( Législateurs,
« Les mères, épouses et enfants des malheureux Orléanais qui doivent être aujourd'hui victimes de Terreur d'un moment trop fatal, réclament de votre indulgence et de votre compassion la grâce de neuf pères de famille, qui vont mourir aujourd'hui, ou le sursis à l'exécution. »
Des femmes éplorées, des jeunes filles en larmes sont introduites à la barre; à peine si, au milieu de leurs sanglots, on peut distinguer les cris de grâce et de miséricorde. Mais l'Assemblée, depuis qu'elle est dominée par les démagogues, ne connaît plus aucun sentiment humain; elle passe froidement à l'ordre du jour. Quelques heures après, neuf têtes innocentes tombaient sur la place de la Kévolution.