‹ Histoire de la terreur, 1792-1794Chapitre 52 sur 226 · LIVRE XXVII · texte numérisé non relu

LIVRE XXVII

essuient une série de tempêtes qui endommagent fort une certaine quantité de leurs navires et dispersent les bâtiments de transport. Truguel parait enfin, le 2o janvier, devant Cagliari et s empresse d'envoyer au vice-roi de Sardaigne des parlementaires. Le canot qui porte les négociateurs est reçu à coups de canon ; faute de troupes, l'amiral français ne peut venger immédiatement l'outrage fait au drapeau de la République1. Vers les premiers jours de février, la plus grande partie de la Hotte se trouve réunie et l'on peut songer à descendre à terre la petite armée 2.

1. Ce canot portait lo major général de la marine, Villeneuve, le commissaire du pouvoir exécutif. Peraldi, et un Florentin, âgé de vingt-deux ans, Buonarotti, destiné à devenir célèbre comme conspirateur. Les récits officiels donnent à ce dernier le titre d'apôtre de la liberté. C'était un emploi qui avait été créé, paraîtrait-il . auprès de toutes les armées de la République: Buonarotti en étais revêtu à l'armée des Alpes comme Gonchon à l'armée do Belgique ; il consistait à établir des clubs partout où pénétraient les Français, à catéchiser les peuples conquis et à les convertir à la foi nouvelle. Le trésor public faisait naturellement les frais de ces missions d'un nouveau genre. Danton et Lacroix, dans le compte officiel qu'ils fournirent de leurs dépenses en Belgique, portent une somme de 1,200 francs comme ayant été donnée par eux à différents apôtres de la liberté, envoyés dans les communes pour disposer les esprits (voir le Mémoire sur la vie privée de Danton, par M. le docteur Kobinet, p. 297.)

2. L'escadre était déjà partie depuis près d'un mois du porl d'Ajareio. lorsque le conseil exécutif se ravisa tout à coup et conlremanda l'expédition par la lettre suivante :

Le ministre fies affaires étrangères au citoyen Aréna, ex-dé p nié à l' Assemblée législative, à Ajaccio en Corse.

« Paris, 12 février, l'an II du la ROpublnjue.

« Le retard, citoyen, apporté à l'expédition de la Sardaigne, ne

Survient un nouvel ouragan qui met en un inextricable désordre lous les bâtiments de l'expédition et jette à la côte plusieurs navires, notamment le Léopard. La tempête apaisée, on fait le recensement des troupes et des vivres; on n'a sous la main que quatorze cents hommes de ligne1 et la moitié de la phalange marseillaise; la flotte ne possède pas pour plus de dix à douze jours de biscuit. Néanmoins on se résout à continuer l'entreprise, parce qu'on espère voir d'un moment à l'autre arriver d'Hilaire-Chanvcrt, avec le complément de la phalange et les transports chargés du ravitaillement de l'armée expéditionnaire.

permettant plus d'en tirer Io parti que Ion en attendait, il serait à désirer que l'on y renonçât, si les choses n étaient pas trop avancées; c'est du moins mon opinion, et il m'a p;iru qu'elle était partagée par les membres du Conseil exécutif. En effet, dans le> circonstances présentes, cette expédition attirerait nécessairement dans la Méditerranée une escadre anglaise qui, fermant le passage du détroit de Gibraltar, serait extrêmement préjudiciable à notre commerce. L'on assure môme que déjà dix vajsscaux do ligne sont destinés à s'y rendre. Il est vraisemblable que la destination de cette escadre serait changée si la descente projetée en Sardaigne ne s'effectuait pas.

« Quoi qu'il en soit, je vous prie, citoyen, de ne pas négliger de me faire part de toutes les notions que vous pourrez recueillir concernant nos intérêts dans la Méditerranée et de m'informer exactement de tout ce que vous apprendrez des dispositions des différentes cours de l'Italie à l'égard de la République.

« Le ministre des affaires étrangères,

« Lebrun. »

Il était trop tard. Aréna ne reçut la missive conGdentiellode Lebrun qu'à son retour de la désastreuse expédition.

1 . Ces h ,400 hommes appartenaient, à peu près parégales portions, aux trois anciens régiments Limousin, Bresse et La Fère.

Page 1