LIVRE XXVI
postérité, avec mes œuvres; elles parlent pour moi !. »
La droite avait salué de ses applaudissements les passages les plus saillants de la lettre du ministre de Tintérieur. Elle en réclame l'impression et l'envoi aux départements. « Non, non, crie la gauche. — Roland est un scélérat, dit Robespierre jeune, j'ai en main des pièces qui le prouvent. — Il en a imposé à l'Assemblée dans l'affaire de l'armoire de fer, ajoute Thuriot. — Eh bien ! qu'on lui fasse son procès, réplique Buzot. » Après une demi-heure de tumulte et deux épreuves déclarées douteuses, la Convention finit par ordonner l'impression et l'envoi de la lettre aux déparlements, mais en même temps elle accepte la démission et confie provisoirement le portefeuille de l'intérieur au ministre de la justice, Garât.
Les Girondins attendaient un tout autre effet de la démarche de Roland. Ils avaient cru que l'immense majorité de l'Assemblée refuserait de se priver des services de l'homme qui, pour eux, personnifiait la vertu et la liberté; qu'elle enverrait une dépulation pour le supplier de revenir sur sa démission ; que tout au moins
1. Le même jour, le ministre de l'intérieur envoie aux corps administratifs, aux sociétés populaires et à tous ses concitoyens une lettre d'adieu qui n'est que le reflet de celle qu'il vient d'adresser à la Convention. Cette seconde lettre commence ainsi : « Tant que j'ai conservé l'espoir de faire le bien dans mon poste, j'y suis resté, tout pénible et tout périlleux qu'il fût pour moi. Je n'ai plus cet espoir, je n'ai plus qu'à me retirer et à m'envelopper dans mon manteau. »
La lettre de Roland à la Convention se trouve au Moniteur, n° 26 ; celle aux corps administratifs, dans le même journal, nfl 23.
elle déclarerait, comme l'avait fait la Législative quelques mois auparavant, que le ministre, en se retirant, emportait les regrets de la nation. 11 n'en fut rien. Cinq mois de pouvoir avaient suffi pour démonétiser ce vieillard à l'intelligence médiocre, aux vues courtes et étroites, qui poussait r entêtement jusqu'à l'absurde, l'orgueil jusqu'à la démence.
Cependant, quelques jours plus tard, les membres de la Plaine voulurent consoler la Gironde des défaites successives que leur indifférence venait de lui faire subir. 11 s'agissait de donner un successeur à Vergniaud, dont la présidence finissait. La gauche présentait Danton, la droite Rabaut Saint-Étienne. Le contraste ne pouvait être plus tranché; la conduite des deux concurrents, dans le jugement du roi, avait été aussi différente que possible. Danton était revenu de Belgique exprès pour voter la mort; Rabaut Saint-Etienne avait opté pour l'appel au peuple, puis pour la simple détention; il avait à cette occasion prononcé des paroles pleines de courage et d'humanité. Sur 355 votants, Rabaut obtient 179 suffrages; Danton 150 seulement.
Aussitôt le résultat du scrutin proclamé, la Montagne accuse violemment les secrétaires d'avoir mal recueilli les suffrages; elle prétend que la nomination n'est pas valable, parce qu'il ne s'est trouvé dans l'urne que 355 bulletins. Le 21, elle ne s'était fait aucun scru-