LIVRE XXIX
toutes les tribunes; ceux-là, fidèles au mot (Tordre qu'on leur a donné, n'ont laissé pénétrer dans la salle aucune femme. Par deux fois , la Montagne réussit à réduire Gamon au silence. Pétion se plaint des insultes dont il a été l'objet, et demande que la Convention se fasse informer de l'état de Paris,
« L'Assemblée, ajoute-t-il , doit être instruite de la situation où elle est elle-même; elle doit savoir si elle est libre ou non. 11 y va de son autorité et de sa dignité. »
Les vociférations de la Montagne empêchent Pétion de continuer. Elles forcent également Barbaroux, qui s'est précipité à la tribune, d'en descendre sans avoir pu prononcer une parole. Le président Gensonné se couvre, mais ce moyen suprême ne rétablit le silence que pour un instant. Les énergumènes de l'extrême gauche, qui ont leur plan, demandent à grands cris qu'avant tout on entende le rapport des commissaires chargés d'aller, la veille, fraterniser avec les sections. Prieur (delà Marne), Ruhl, Lamarque, Bentabolle, Jean- Bon Saint-André, se présentent successivement à la tribune. Ces deux derniers hasardent quelques mots sur la création du tribunal, réclamé par les deux sections qu'ils ont été chargés de visiter. Aussitôt, comme
féliciter la Convention d'avoir décrété le tribunal révolutionnaire, avant la proposition de Carrier qui donne lieu à ce vote. Il faut rechercher les lambeaux épars de cette séance dans un grand nombre de colonnes des n0i 69 et 70 du journal prétendu officiel. Nous avons suivi, pour plus de sûreté, le Journal des Débals et Décrets et le procès-verbal de la Convention.
obéissant à un mot d'ordre, un député, encore fort peu connu, se lève du haut des bancs de la gauche, déclare qu'il convertit en motion la demande de ces sections et propose à la Convention de décréter, sans plus délibérer, le principe de la création du tribunal révolutionnaire. Ce député, c'était Carrier1.
Cette proposition est saluée par" les applaudissements de la Montagne. Lanjuinais se lève pour la combattre. « Il n'est pas possible, dit-il, que l'on décrète un pareil principe sans discussion et dans un pareil moment. Tout à l'heure on a voulu vous dénoncer un projet prémédité de massacre, vous n'avez rien voulu entendre, vous avez passé à l'ordre du jour. Si vous faites de même pour celte proposition, vous montrerez que vous êtes libres; sinon... »
Les cris redoublent, mais Lanjuinais les brave et déclare protester de toute l'énergie de son âme contre Fa (freux décret : « Il viole, s'écrie-t-il, tous les principes; il viole les droits de l'homme, il rappelle la mémoire de funestes événements; il inspirera l'horreur et l'efTroi a tous les bons citoyens. Il comblera de joie tous ceux qui n'ont d'autres désirs que de voir régner le désordre et l'anarchie dans la République. »
A cette magnifique imprécation, la Montagne ne répond que par des cris prolongés : « Aux voix! aux voix! »
L'ami de Danton, Lacroix, domine le tumulte avec
1. Il était si peu connu que le Journal des Débats et Décrets l'appelle Carlier.