LIVRE VIL
Joad, prophétisait, à un siècle de dislance, le sort réservé à son arrière-pelit-fils !
Entre trois et quatre heures du matin, un roulement de voiture se fit entendre. A ce bruit, on ouvrit le contrevent d'une des fenêtres du cabinet du roi. C'était la voiture du maire qui s'en retournait à vide; Pétion n'avait pas osé venir la reprendre dans la cour même des Tuileries, il n'avait fait avertir ses gens de son départ définitif que lorsqu'il s'était vu en sûreté dans l'hôtel de la mairie. Madame Elisabeth accourut vers la fenêtre et fut éblouie des premiers feux du jour : « Ma sœur, s'écriat-elle, venez donc voir l'aurore ! » et Marie-Antoinette, obéissant machinalement à cette invitation, vint assister au lever du soleil qui devait éclairer son dernier jour de royauté ; le ciel, par un triste présage, était rouge de sang.
Nous savons de quelle importance il était pour les insurgés de faire sortir des Tuileries et d'amener entre leurs mains le commandant général de la garde nationale. Nous savons aussi que le conseil de la commune, sur les injonctions des commissaires des sections, lui avait expédié de nouveau l'ordre de venir à l'Hôtel de Ville. Au reçu de cet ordre, plus impératif, plus pressant que les précédents, le commandant général alla consulter le ministre de la justice et le procureur-général-syndic. Dejoly ne voulait pas qu'il partît; Rœderer, au contraire, insista très-vivement pour qu'il se rendît à l'appel de la muni-
cipalité. « Il est possible, dit le procureur-général-syndic, que le maire veuille se porter au-devant des rassemblements, et croie avoir besoin d'avoir auprès de lui le chef de la force publique : celui-ci est essentiellement aux ordres du maire. D'ailleurs il serait bon d'éclaircir le contre-ordre qu'on prétend avoir été donné par Manuel aux canonniers qui gardent le Pont-Neuf*. »
Mandat se détermine enfin à partir, remet le commandement à La Chesnaye, et se dirige vers l'Hôtel de Ville, sans prendre aucune précaution pour sa sûreté personnelle 2.
En arrivant, il se présente devant le conseil généraP,
4. Ce contre-ordre si fatal venait du conseil générai lui-même, ainsi que nous l'avons vu plus haut. Quant au projet que Rœderw prêtait fort gratuitement à Pétion de se porter au-devant des rassemblements, Pétion n'y avait jamais pensé. Mais Rœderer poyvait-il soupçonner tant de faiblesse, d'une part, tant de duplicité, de l'autre ?
2. Mandat quitta les Tuileries un'peu après cinq heures du matin. (Voir le récit de Dejoly.)
3. Ce qui suit, sauf quelques parties de l'interrogatoire de Mandai, n'a même pas été soupçonné par les historiens qui ont écrit sur le 40 août. Us ont copié servilement le procès-verbal fabriqué après coup par les meneurs de la commune insurrectionnelle et ne se sont pas aperçus qu'il contenait plusieurs contradictions formelles et même des faux matériels. Nous avons eu le bonheur de découvrir les minutes des versions successives, préparées pour arriver à la rédaction do procès-verbal officiel ; nous avons étudié avec le plus grand soin les additions et surtout les ratures qui se trouvent dans toutes ces éditions d'un même fait de plus en plus falsifié; nous avons enfin rapproché les procès-verbaux primitifs et le procès-verbal officiel des rapports que les municipaux vinrent faire d'heure en heure à TAsfemblée. De ces derniers le Moniteur, il est vrai , fait à peine men-
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