LIVRE VIL
presque de vive force des fauteuils qu'occupent les conseillers municipaux.
Quelques-uns de ceux-ci osent néanmoins insister pour qu'il soit constaté qu'ils ne cèdent qu'à la violence et écrivent, au bas de l'insolente signification qu'on vient de leur faire, la mention suivante :
« Nous soussignés, membres du conseil général, certifions que le présent arrêté a été signifié séance tenante par une députation des commissaires dénommés audit acte.
« Fait à Paris, ce 10 août 1792.
« RoYER, secrétaire général; BmERMÂNN, officier municipal; L.-G. Cahier, notable*. »
Les usurpateurs s'inquiètent peu de cette vaine protestation. Pour avoir l'air de procéder avec régularité, ils font faire l'appel nominal des membres présents; ceux-ci déposent sur le bureau les chiffons de papier sur lesquels sont inscrits leurs prétendus pouvoirs.
La séance ouverte, la commune insurrectionnelle décide que Mandat sera transféré de la prison de l'Hôtel de Ville dans celle de l'Abbaye pour sa plus grande sûreté. Les sicaires qui sont aux ordres des commissaires des sections comprennent ce que cela veut dire. Ils courent
4. Cette substitution du nouveau conseil à l'ancien est ainsi formulée à la quatrième page du procès-verbal officiel :
« L'assemblée a invité le conseil général de la commune à se retirer et à laisser à la disposition de l'assemblée la salle du conseil général de la commune. Sur cette invitation , le conseil général a cédé la salle des séances à HM. les commissaires, et l'appel nominal a été fait. »
à la prison, où le commandant général est enferiHé depuis une demi-heure, Ten arrachent et l'entraînent à travers le grand escalier qui conduit à la place de Grève. Sur les premières marches, on lui brise la tête d'un coup de pistolet tiré à bout portant. De la salle où ils siègent, les commissaires des sections peuvent entendre les gémissements de la victime, les hurlements et les cris de joie des assassins : ils ne daignent pas interrompre le cours de leurs délibérations et continuent à expédier des ordres pour les derniers préparatifs de Tinsurrection.
La première préoccupation des chefs de la commune insurrectionnelle avait été de faire tuer Mandat; la seconde fut de consigner Pétion dans son hôtel. On lui envoya à cet effet six cents hommes. Le captif volontaire noliGait aussitôt la nouvelle de sa prétendue détention à toutes les iiutorités qui étaient restées libres, c'est-à-dire exposées à la responsabilité et aux périls qu'il avait fuis.
Aux u officiers municipaux, qui sont à la commission extraordinaire de l'Assemblée nationale, » il écrit :
« Je me disposais, messieurs et collègues, à me rendre auprès de vous à la commission ; j'étais habillé, les chevaux étaient mis ; j'allais descendre, lorsque deux officiers de garde sont venus me dire que j'étais consigné, que je ne sortirais pas. Je suis donc dans l'impossibilité de vous joindre et je m'en rapporte à votre zèle et à votre