‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 2)Chapitre 177 sur 262 · LIVRE VIII. 3Î · texte numérisé non relu

LIVRE VIII. 3Î

fusillade s^était fait entendre, Louis XVI avait expédié aux Tuileries, par un fidèle serviteur qui se trouvait à ses côtés, M. d'Hervilly, un ordre écrit à la hâte au crayon ; cet ordre portait que les Suisses eussent à cesser le feu, à évacuer le Château et à rentrer dans leurs casernes. D'Hervilly, en passant devant les hommes de Tescorte, le leur avait communiqué, et ceux-ci s'étaient empressés de décharger leurs armes*, comme venaient de le dire Guadet et Lacroix.

De pareilles communications auraient dû ramener le calme parmi les représentants du peuple. Au contraire, vingt propositions s'entre-croisent, aucune n'aboutit; on se figure agir et l'on n'agit pas. Sur la lettre de Pétion, annonçant qu'il est consigné 2, on ordonne par décret,

4. Il est évident, par la place qu'occupe dans le procès-verbal de rAssemblée la communication faite par Dubouchage, qu'elle fut de quelques minutes postérieure à l'ordre donné à d'Hervilly. Celui-ci, en le recevant des mains du roi, s'était-il promis en secret de ne se servir de cet ordre que suivant les chances du combat alors engagé? Nul ne peut le dire; mais que Louis XVI, en le donnant, ait eu luimême une semblable pensée, cela nous semble impossible. Voilà pourtant ce que les écrivains ultra-révolutionnaires, et notamment M. Louis Blanc, ont voulu induire du récit que Bertrand de Molleville donne, dans ses Mémoires, d'une conversation qu'il eut à Londres avec d'Hervilly, quelques mois plus tard.

Nous ne pouvons pas non plus accepter le récit que M. Carnot nous donne {Mémoires sur son père, t. I", p. 248) comme le tenant de Prieur (de la Côte-d'Or); on y voit « Louis XVI dans la loge du Logographe, debout, appuyé sur un fusil qu'il avait pris des mains d'un soldat, et frémissant de rage. » Rien n'est plus contraire à l'attitude de Louis XVI au 40 août et dans toutes les journées qui précédèrent.

t. Logographe, p. 33, 34 et 35.

« aux citoyens, au nom de la loi^ de laisser paraître aux yeux du peuple le magistrat que le peuple chérit. » On propose de nommer un commandant général de la garde nationale , mais, s*aiTêtant toujours à des obstacles puérils, à des chicanes soi-disant constitutionnelles, on évite de le faire parce que, disent Thuriot et Garnot le jeune, il a dû être déjà procédé à cette élection ^ par la commune légale ou insurrectionnelle.

L'Assemblée avait sanctionné Tusurpation des commissaires des sections en n*osant pas les briser une heure auparavant; maintenant elle confirme, par un assentiment tacite, la nomination de Santerre, le chef des insurgés, et en conséquence l'insurrection elle-même. Par le fait, elle a dans ses mains l'autorité entière, puisque le pouvoir exécutif est là, devant elle, son otage et même son prisonnier ; au lieu de commander, elle prie, s'efface et croit avoir rempli tous ses devoirs lorsqu'elle a invité, par un décret, les citoyens à respecter les droits de l'homme !

Pendant que les représentants du peuple prêtaient des serments et votaient des adresses, d'Hervilly arrivait, avec l'ordre du roi, sous le vestibule des Tuileries.

Le combat durait depuis près de trois quarts d'heure^ et n'avait encore abouti qu'à un incendie.

4 . Moniteur, Procès-verbal et Logographe, 2. Le combat avait commencé à dix heures et demie environ; rtieure est précisée par un billet au crayon que possède un amateur

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