LIVRE VIII
Le ministre de la guerre, d*Abancourt, est accusé par les montagnards d*étre la cause du conflit sanglant qui vient d'avoir lieu aux TuUeries ; c'est lui, dit-on, qui a retenu les Suisses à Paris, lorsqu'un décret de l'Assemblée les renvoyait loin de la capitale ; on le décrète d'accusation et on l'envoie à l'instant même dans les prisons de la haute-QOur d'Orléans.
Pendant que l'on arrête les derniers ministres de la monarchie^, on procède à l'élection des premiers ministres de la république. On déclare qu'il n'y a pas lieu, pour les ministères de l'intérieur, des finances et de la guerre, de suivre le mode déterminé par le décret adopté une heure auparavant, mais que Roland, Glavière et Servan, qui, conformément à la déclaration solennelle du 13 juin, ont u emporté les regrets de la nation , » y se-
4 . Dejoly date son récit du 4 4 août, quatrième jour de sa captivité. Avant d'être arrêté, il avait écrit au président de FÂssemblée la lettre suivante, que nous avons retrouvée :
« Monsieur le président,
« Je vous prie de vouloir bien annoncer à TAssemblée nationale, qu'en exécution du décret qu'elle a rendu hier, j'ai fait apposer le sceau de l'État, expédier et envoyer aux corps administratif et judiciaires tous les décrets qui ont été rendus dans cette journée.
« Mon successeur est nommé; j'aurais désiré pouvoir luij remettre moi-même les sceaux ; mais le département ayant, en conformité des ordres de l'Assemblée nationale, apposé le scellé sur le cabinet où ils sont, je crois, monsieur le président, ne pouvoir mieux faire que de vous adresser directement les clefs de Farmoire et du coffre dans lesquels ils sont renfermés.
« Je suis avec un profond respect, etc.
« Dejolt. »
c Paris, le 11 août, l'ao iy do la Liberté, à uae heure du matin. >
ront rappelés par acclamation. On nomme les trois autres au scrutin. Sur 28<i votants, Danton réunit 222 suffrages pour le ministère de la justice ; Monge ISA. pour celui de la marine, et Lebrun 109 pour celui des affaires étrangères^.
28ili. votants sur 7&9 membres dont se composait TAssemblée, sur 680 qui avaient pris part, deux jours auparavant, au scrutin acquittant La Fayette, voilà tout ce qui compose en ce moment la représentation du peuple français. Une assemblée décimée par la peur ou le dégoût, une commune qui s'est nommée elle-même et s*est installée par la force, tels sont les arbitres suprêmes des destinées de notre patrie. Quant aux quatre-vingt-deux autres départements qui ont souvent manifeste des vœux favorables au maintien de la Constitution de 1791 et envoyé à la Législative une majorité considérable pour la soutenir, il n'en est pas même question.
Vergniaud seul, disons-le à sa louange, ose dans ce moment se révolter contre la tyrannie du peuple de
4. Des six premiers ministres de la république, deux périrent sur Téchafaud, Lebrun et Danton, deux se donnèrent eux-mêmes la mort, Roland et Clavière ; les deux derniers survécurent et servirent l'em* pire; Servan mourut en 4808, général de division; Monge devint sénateur et comte de Peluse.
Des six derniers ministres de Louis XVI, un seul, le malheureox d'Abancourt, périt de mort violente. Nous raconterons bientôt cmnment il fut ramené, moins d'un mois après le 40 août, d^Orléansà Versailles par la troupe de Fournier rAméricain, comment il tomba avec un autre ministre de Louis XYI, Delessart, et quarante-neuf autres victimes, sous le fer des assassins envoyés par la conunune de Paris.