‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 2)Chapitre 204 sur 262 · LIVRE VI !I · texte numérisé non relu

LIVRE VI !I

Peu de temps après, trois délégués viennent, « au nom des commissaires de la majorité des sections réunies, avec pleins pouvoirs de sauver la chose publique » (c'est ainsi que se nommait elle-même la commune insurrectionnelle), annoncer à l'Assemblée que le calme le plus

tièremeat apaisés, grâce à Tactivité des pompiers qui ont été on no peut pas mieux conduits cette nuit par leur chef, malgré beaucoup do malveillants qui voulaient y causer du relard; il sera entièrement éteint cette matinée et hors de tout danger de communication au Château. Je suis après à y faire les tranchets nécessaires (sic).

c U serait à désirer que Textérieur des faces du Château fût bien gardé pour empêcher les accidents qui pourraient provenir par la curiosité de nos concitoyens qui se blesseraient et qui interrompraient les travaux.

c Je suis avec respect, Monsieur le président, un zélé, fidèle patriote

de la patrie,

« Pallot,

c Le 10 août, an nr de la liberté. »

Ce Palloy est encore un type à étudier; c'est celui du prétendu artiste qui fait sonner bien haut son patriotisme et se met continuellement en avant pour se faire accorder des travaux, que bientôt on est obligé de lui enlever parce qu'il les dirige au rebours du sens commun, quoiqu'il se les fasse payer très-grassement.

Six semaines après que les travaux des Tuileries avaient été confiés à Palloy, le ministre dé Tintérieur s'aperçut qu'il y avait fait plus de dégâts que de réparations, mais qu'en même temps il présentait des comptes follement exagérés. Ces faits furent aussitôt dénoncés à la convention. Mais l'architecte patriote, au lieu d'achever sa besogne civique, s'était hâté de lever parmi ses ouvriers un bataillon dit « de la république. » Il se trouvait alors à Épernay ; apprenant la dénonciation du ministre de l'intérieur, il réunit sa troupe, la passe en revue, et prononce une harangue, dans laquelle il couvre d'injures Roland et sa femme. Le discours de Palloy nous est tombé entre les mains. Imprimé, il ne forme pas moins de soixante-douze pages in-4<*; il contient un récit éminemment fantaisiste de l'insurrection pari-

362 HISTOIRB DE LÀ TERBEUR.

profond règne dans la capitale, que des patrouilles nombreuses sauvegardent la sûreté des citoyens et des représentants du peuple ; enfin que le commandant général Santerre veille sur la représentation nationale^. Le calme régnait ; mais c'était l'effet de la fatigue chez

sienne, et des chiffres hyperboliques comme ceux-ci : — Les ennemis de la liberté, présents à Paris, en août 4792, étaient au nombre de 233,800, et les insurgés qui les écrasèrent étaient dix fois moins nombreux! — Dans un autre passage se trouve cette phrase : — « Ce sont les sans-culottes'^ la crapule et la canaille de Paris, et je me fais honneur d'être de cette classe, qui ont vaincu les soi-disant honnêtes gens. »

Un autre témoin oculaire, Napoléon, se servait exactement des mêmes expressions que Palloy; il disait à M. de Las Cases {Mémorial, 3 août 4846) : « Le Château se trouvait attaqué par la plus vile canaille... »

4 . On ne lira pas sans intérêt les lettres suivantes, dont nous avons retrouvé les minutes :

MUNIGIPALITé DE PARIS.

Extrait des délibércUians du conseil génétal de la commune

de Paris,

c Da 10 août 17M, an iv de U liberté.

a M. le commandant du bataillon de Saint-Séverin ou le commandant du poste délivrera une pièce de canon aux porteurs du présent, cette pièce devant servir à défendre le peuple contre ses ennemis.

< Le commandant général provisoire ,

c Santerre. »

Page 1