SECTION DE GUILLAUME TELL. — COMITÉ CIVIL
« Paris, le 5 messidor an h de la Républlqae.
(( Citoyens,
« La caisse a été battue dans toute la section pour savoir s'il
y avait des citoyens morts à la journée du 10 août. Personne ne
s'est encore présenté jusqu'à ce jour.
(( Salut et fraternité.
(( Jacquet, président. »
On peut déterminer par une approximation assez exacte le nombre total des célibataires parisiens, n'ayant pas d'ascendants, qui ont succombé dans la journée du 10 août, en établissant une proportion entre le chiffre de dix morts donnés pour cette catégorie par vingt et une sections, et celui que donneraient les vingt-sept sections dont on n'a pas la réponse. Cette proportion serait de vingt-deux décès en tout, et, qu'on le remarque,
1. Ces sections sont celles de Montreuil, du Muséum (Louvre), du Mail, de la Bibliothèque, de i'ile Saint-Louis, du faubourg Saint-Denis et du Pont- Neuf. ....
ce calcul proportioilnel est évidemment au désavantage de notre thèse, car parmi les vingt et une sections dont la réponse est connue, il s'en trouve plusieurs de celles qpi étaient, le 10 août au matin, fortement engagées dans le mouvement insurrectionnel et devaient naturellement compter le plus grand nombre de morts. Nous citerons notamment les sections des Quinze- Vingts, des Postes, de TObservatoire, de la Croix-Rouge, de -la fontaine de Grenelle, de Montreuil et des Invalides.
On peut donc affirmer que Tinsurrection du 10 août ne coûta à la population parisienne tout entière que 34 individus blessés grièvement et 50 morts.
Il reste à apprécier les pertes éprouvées par les fédérés Marseillais, Brestois et autres. Nous avons retrouvé deux états, Tun et l'autre datés du 16 octobre 1792; le premier, relatif au bataillon marseillais; le second, aux volontaires et dragons composant la division du Finistère.
Le premier, certiûé par un sieur Girard, lieutenant, et par un sieur Leroux, commissaire des guerres de la 17® division militaire, comprend quatorze noms de blessés appartenant aux diverses compagnies du bataillon de Marseille, qui se trouvaient dans les hôpitaux de Paris le 20 septembre 1792. On peut considérer ces quatorze individus comme blessés grièvement. Si Ton prend la même proportion qu'entre les blessés et les morts parisiens, on arrivera à un chiffre de vingt-deux décès pour le bataillon.
Le deuxième état constate le décès de deux dragons et les blessures graves de cinq fédérés bretons; il est certifié véritable et conforme au contrôle de la division par un sieur Foâtaine, lieutenant-quartier-maître. Les deux dragons tués étaient ceux dont parlent tous les récits du 10 août, comme ayant été massacrés par des insurgés qui les prirent pour des Suisses à cause de leurs habits rouges.
Récapitulons les chiffres précédemment établis :
Morts : 50 Parisiens, Blessés : 34 Parisiens,
— 22 Marseillais, — 14 Marseillais,
— 2 Brestois. — 5 Brestois.
Total. . . 74 Total. . . 53
'Si on veut faire la part des omissions possibles pour ce qui concerne les fédérés autres que les Marseillais et les Brestois (ils étaient en petit nombre d'après tous les récits), on arrivera à une centaine de morts et à un peu plus de soixante blessés grièvement.
Parmi ces cent soixante individus morts ou blessés grièvement, combien y en eut-il qui furent victimes soit de la première décharge, faite sous le vestibule et dans les cours avant le combat , soit des luttes individuelles et corps à corps, pour ainsi dire, qui s'engagèrent dans les appartements entre des Suisses isolés et les premiers envahisseurs ? C'est ce qu'il est impossible de déterminer d'une manière positive. Nous avons consulté les militaires les plus capables de nous renseigner à cet égard : tous se sont accordés pour nous dire que la première décharge, faite dans les circonstances que nous décrivons, dut produire au moins soixante victimes; soixante autres insurgés au moins succombèrent lors du sac du Château \ Si donc du chiffre de cent soixante victimes qui, dans la journée du 10 août, tombèrent dans les rangs des insurgés, on déduit celui de cent vingt pour la première et la dernière phase de la lutte, que reste-t-il pour le combat proprement dit, qui dura plus d'une demi*heure, pour le prétendu assaut que l'on a tant de fois raconté et qui n'a pas eu lieu?
Quarante victimes au plus; ce qui prouve, nous le croyons jusqu'à la dernière évidence, la vérité de ce que nous avons avancé :
le 10 août 1792, le château des Tuileries ne fut pas pris de vive forccy mais abandonné par ordre de Louis XYL
1. Le capitaine Pfyffer a porté le nombre des victimes des luttes individueUes à quatre cents , mais , il faut le remarquer , le capitaine Pfyffer ni aucun des Suisses qui Tout aidé dans son récit ne se trouvaient au chàteaa au moment de Tenvahissement : ils étaient déjà prisonniers dans les bureaux do TAssemblée nationale. En diminuant le chiffre donné dans le récit de Lucarne des quatre cinquièmes, on ne peut nous taxer de partialité.
XYIII