LIVRE T
que les babitaDts ou les corps administratifs des villes de guerre fusseot traités comme rebeDes et dédarés traîtres à la patrie, s*ils demandaient à capituler.
La Législative répondait ainsi aux craintes de la France entière au moment de la retraite de Luckner, craintes accrues par les paroles que Ton prétendait avoir été prononcées par le vieux maréchal :
• Dans Tétat effroyable où se trouve Tannée , je ne puis répondre que les Autrichiens ne soient à Paris avant six semaines ! »
Les Autrichiens à Paris ! ils ne devaient y venir que vingtr-deux ans plus tard, après avoir été rejetés hors de nos frontières à trois reprises différentes, écrasés &ï Italie et en Allemagne, obligés de subir par deux fois la honte de la prise de Vienne et de souscrire quatre ou cinq traités plus durs les uns que les autres. Ils ne devaient y venir que le jour où la France, énervée par quinze années de despotisme, épuisée par des revers inouïs, dus à Tambition d*un insatiable conquérant, aurait attiré l'Europe entière sur ses campagnes veuves de leurs défenseurs. Mais qui pouvait, en juillet 1792, assurer que l'étranger serait arrêté dès ses premiers pas en Champagne, que la France, comme autrefois la Grèce, aurait ses Thermopyles? Royalistes, montagnards et constitutionnels, tous, Tœil fixé sur les cartes de France, étudiaient, anxieux et rêveurs, les contrées où le sort du pays allait se décider. Chacun, avec des espérances, des craintes, des colères bien différentes, y suivait la marche des armées coalisées, comptait les étapes qu'elles avaient franchies, celles qu'elles avaient encore à parcourir avant u 8
d'arriver à Paris, dans cette ville que les émigrés et les princes étrangers désignaient hautement comme le but de la campagne ou plutôt de la ' partie de plaisir qu'ils allaient entreprendre^.
Pendant ce temps, les journaux ultra-royalistes et les journaux ultra-révolutionnaires semblaient s'accorder pour enflammer les passions et satisfaire leurs haines particulières. Les premiers ne déguisaient pas la joie anticipée que leur causait l'annonce du retour des émigrés, précédant ou suivant les armées étrangères ; ils ne tarissaient pas en plaisanteries sur ce qui se passerait à Paris lorsque les uhlans auraient restauré l'autorité royale 2. Les seconds profitaient des troubles et de la confusion qui régnaient dans tous les esprits, pour calomnier les Girondins dont la supériorité portait déjà ombrage aux véri-
1. Voir les Mémoires deBarbaroux, page 38, et ceux de Madame Campan, page 2^8, tome II.
2. Notre impartialité d'historien nous oblige à mettre sous les yeux de nos lecteurs les provocations insensées des ultra-royalistes; elles peuvent expliquer, mais non justifier, bien des colères et bien des crimes.