‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 2)Chapitre 57 sur 262 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

une occasion de passionner le débat et se jette dans ses divagations habituelles. Ce sera à ses amis à s'emparer de rincident qu'il va faire naître.

• Tous les décrets de T Assemblée, s'écrie-t-il , ne peuvent étouffer l'opinion publique. S'il est prouvé à la nation que le corps législatif ne trouve point dans la constitution assez de pouvoir pour agir, nulle puissance ne pourra l'empêcher de se sauver elle-même. Quand bien même le pouvoir exécutif sortirait blanc comme neige de cette discussion, le peuple français aura toujours le droit incontestable de changer sa constitution*. • » A ces mots la droite se soulève, demande, exige le rappel à Tordre du député qui « viole le serment qu'il a prêté. »

Le président, Lafond-Ladebat, prononce le rappel, mais aussitôt Choudieu s'élance à la tribune, demande ou plutôt prend la parole, accuse le président d'avoir méconnu la souveraineté du peuple français, consacrée par la constitution. Se tournant vers la droite, il s'écrie : a Je prie mes adversaires de faire silence et de m'écouter ! Voici les propres termes de la constitution : « L'Assemblée constituante déclare que la nation a le tf droit imprescriptible de changer sa constitution. » Je dis qu'il n'est plus de constitution, qu'il n'y a plus de principes sacrés, si vous n'arrêtez l'audace de vos présidents... Je demande donc que le président soit rappelé à Tordre et à ce qu'il doit à la majesté de la nation. »

La Gironde fait cause commune avec la Montagne. Isnard insiste pour qu'un blâme solennel « vienne rassurer le peuple sur sa souveraineté. » Lacroix invite

4S4 Hi6T0fRE DE LA TERREUR.

Lafond-Ladebat à réparer lui-même sa propre faute. Mais celui-ci n'accepte pas la générosité de Lacroix., il fait lire la constitution par Fun des secrétaires. « Point de chancelier! justifiez-vous vous-même! » lui crie-t-on. Le président lit Tarticle sur la révision et déclare que, dans son opinion, en rappelant Chabot à Tordre, il ne s'est point écarté du pacte fondamental; mais que, comme son opinion ne peut faire loi, il va consulter l'Assemblée pour savoir si elle la partage. On lui crie à gauche de quitter le fauteuil ; Lafond-Ladebat en descend. Un des ex-présidents, Aubert-Dubayet, l'y remplace et consulte TAssemblée. Celle-ci déclare que son président sera rappelé à Tordre.

Ainsi se termina cette scène presque iinique dans les fastes parlementaires. La majorité abaissa la dignité présidentielle devant cet ignoble et impudent personnage qu'on appelait Chabot ; la Montagne reconnut une fois de plus qu'à force d'insistance, de bruit et de clameurs^ elle réussirait à imposer à l'Assemblée ses volontés turbulentes.

Poussés, pressés, harcelés par la Montagne, les Girondins sentirent qu'ils ne pouvaient pas rester longtemps encore dans l'expectative. Ils se distribuèrent les rôles : Guadet se chargea des menaces, Brissot des avances à faire au pouvoir exécutif.

Le 26, Guadet vint, au nom de la commission extraordinaire, présenter un projet d'adresse au roi. C'était une

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