LIVRE VI
plus de figurer sur les tréteaux de la foire Saint-Germain *.
Gollot, dans un très-long discours, demande la publicité des délibérations des sections, vante son esprit de conciliation et se plaint d'avoir été en butte à toutes sortes d*outrages de la part d'hommes qui dédaignent ordinairement d'assister aux séances. « On nous a contesté nos pouvoirs, s'écrie-t-il ; s'ils ne se retrouvent pas dans les archives, c'est qu'on les a soustraits. » Puis, faisant allusion à la fameuse expression d'honnêtes gens y que les ultranrévolutionnaires renvoyaient comme une injure à leurs adversaires, depuis qu'elle avait été employée dans le manifeste de La Fayette, il termine sa harangue par cette phrase vivement applaudie des tribunes :
4 . Le Moniteur commet ici et a fait commettre à plusieurs historiens, qui le copient servilement, la plus grossière des erreurs. Il donne pour compagnon à Collot-d^Herbois André Ghénier, qui avait si vivement stigmatisé trois mois auparavant et qui ne cessait, dans le Journal de Paris j d'accabler de ses sarcasmes et de ses sanglantes ironies le défenseur officieux des Suisses de Cbateauvieux. Celui qui vint le dimanche 5 août à l'Assemblée, pour servir de second à Collotd'Herbois, était Marie-Joseph Ghénier, le futur conventionnel, qui présida plusieurs fois, après le 40 août, la section de la Bibliothèque. Les historiens qui ont commis cette erreur n'ont pas même lu attentivement le Moniteur. Ils y auraient trouvé dans le numéro du lendemain, p. 906, cette note par laquelle commence la troisième colonne :
« Ce n'est point M. André Ghénier qui a été introduit à la barre avec M. GoIIot-d'Herbois et les autres commissaires de la section de la Bibliothèque. »
André Ghénier, évidemment l'auteur de cette note, n'a pas voulu, par pudeur, déclarer que le compagnon de GoUot-d'Herbois était son frère. 11 y a des occasions où la prétention a aussi son éloquence.
« Tandis que les honnêtes gens se rendront dans les assemblées délibérantes, T injure à la bouche et la violence dans leurs actions, nous autres bonnes gens, nous n'y apporterons que les principes de la raison et de la justice : la publicité seule peut les faire triompher. »
Cette pétition est renvoyée à la commission extraordinaire et aussi au comité de surveillance, afin qu'on instruise contre ceux qui ont soustrait les pouvoirs de rhonorable Collot-d'Herbois^
Il était dit que, ce jour-là, les contrastes les plus frappants se produiraient dans le sein de l'Assemblée. Â GoUot-d'Herbois et à ses amis succède une députation de la section de l'Arsenal. Elle est conduite par un des plus illustres citoyens de Paris, un homme qui honorait le nom français dans le monde entier et dont la' mort devait être, deux ans plus tard, une honte étemelle pour les proscripteurs de 1793, — Lavoisier. L'illustre savant lit, d'une voix calme et grave, une délibération de sa section vouant au mépris public et l'adresse à l'armée, « assemblage ridicule de flagorneries, de mensonges impudents et d'absurdités, » et l'adresse des sections parisiennes, « qui avilit, dégrade et paralyse un pouvoir constitué... » Il dénonce hautement les manœuvres « des factieux qui cherchent à tromper l'Assemblée en lui présentant comme le langage d'une immense population ce qui n'est que le caprice d'une poignée de citoyens^. »
4. Moniteur et Journal des Débals et Décrets, n!* 3U, p. "7Î. 2. Le Moniteur ne dit que quelques mots de la protestation de la section de TArsonal et no nomme pas l'orateur qui parlait en son