‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 3)Chapitre 101 sur 249 · LI\RE XXVIII · texte numérisé non relu

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reDdaient, et si elle eût été toujours écoutée avec plus de complaisance que la flatterie mensongère.

« Vous savez, citoyens représentaqts, dans quel état de désorganisation et de souffrance les armées de la Belgique ont été mises par un ministre et par des bureaux qui ont conduit la France sur le penchant de sa ruine. Ce ministre et ces bureaux ont été changés, mais, bien loin d^étre punis, Pache et Hassenfratz sont passés à la place importante de la mairie de Paris, et dès lors la capitale a vu se renouveler dans la rue des Lombards des scènes de sang et de carnage.

« Je vous ai présenté, au mois de décembre, dans quatre mémoires, les griefs qu'il fallait redresser; je vous ai indiqué les seuls moyens qui pouvaient faire cesser le mal et rendre à nos armées toute leur force ainsi qu'à la cause de la nation toute la justice qui doit être son caractère. Ces mémoires ont été écartés; vous ne les connaissez pas; faites-vous les représenter, vous y trouverez la prédiction de tout ce qui nous arrive; vous y trouverez aussi le remède aux autres dangers qui nous environnentet qui menacent notre République naissante. Les armées de la Belgique, réunies dans le pays d'Aixla-Chapelle et de Liège, y ont souffert tous les genres de besoin sans murmurer, mais en perdant continuellement, par les maladies, les escarmouches avec l'ennemi, l'abandon de (juantité d'officiers et de spldats, plus de la moitié de leurs forces.

« Ce n'est que depuis l'entrée du général Beurnonvillc dans le ministère qu'on commence à s'occuper de leur recrutement et de leurs besoins. Mais il y a si peu de

temps, que nous éprouvons encore tout le fléau âésor* ganisâteur dont nous avons été les victimes. Telle était notre situation, lorsque le l*" février vous avez cru devoir à Thonneur de la nation la déclaration de g[uerre contre l'Angleterre et la Hollande. Dès lors, j'ai sacrifié tous mes chagrins, je n'ai plus pensé à ma démission que vous trouverez consignée dans mes quatre mémoires , je ne me suis occupé que des énormes dan-* gers et du salut de ma patrie; j'ai cherché à prévenir les ennemis, et cette armée souffrante a oublié tous ses maux pour attaquer la Hollande.

« Pendant qu'avec de nouvelles troupes arrivées de France je prenais Bréda et Gertruydemberg, me préparant à pousser plus loin ces conquêtes, l'armée de la Belgique, conduite par des généraux remplis de cou** rage et de civisme, entreprenait le bombardement de Maëstrichl.

« Tout manquait pour cette expédition ; le nouveau régime d'administration n'était pas encore établi; l'ancien était vicieux et criminel ; on regorgeait de numé^ raire, mais les formes nouvelles qu'on avait mises à la trésorerie nationale empêchaient qu'aucune partie du service ne reçût d'argent.

« Je ne puis pas encore entrer dans le détail des causes de l'échec qu'ont reçu nos armes, puisque je ne fais que d'arriver. Non-seulement elles ont abandonné l'espoir de prendre Maëstricht, mais elles ont reculé avec confusion et avec perte. Les magasins de toute espèce qu'on commençait à ramasser à Liège sont devenus la proie de l'ennemi, ainsi qu'une partie de l'artillerie

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de campagDo et des batailloo^. Cette retraite nous a attiré de nouveaux ennenûs) et c'est ici que je vais développer les causes de nos mau^i..

a 11 a existé de tout temps, dans les événements hu^ mains, une récompense des vertus et une punition de^ vioe&. Les particuliers peuvent éi^apper à cette provi^ dence qu'on appellera comme on voudra, parce que ce sont de$ points imperceptible^. Mais parcqurez ï'\kisT^ tpire ; vous y verrez que les peuples n'y échappent jamais. Tant que notre cause a été juste» nous avons vaincu l'ennemi; dès que l'avarice et l'injustice ont guidé nos pas« nous nous sommes détruits nq^mémes, et nos ennemis en profitent.

a On vous flatte, on vous tron^pe, je vais achever de déchirer le bandeau. On a fait éprouver aux Belges tous les genres de vexations ; on a violé à leur égard les droits sacrés de la liberté ; on a insulté avec impudence leurs opinions religieuses ; on a profané par un brigandage très-peu lucratif les instruments de leur culte. On vous a menti sur leur caractère et sur leurs intentions; on a opéré la réunion du Hainaut à coups de sabre et à coups de fusil ; celle de Bruxelles a été faite par une vingtaine d'hommes qui ne pouvaient trouver d'existence que dans le trouble et par quelques hommes de sang qu'on a rassemblés pour intimider \^ citoyens. ParQou*^ rez l'histoire de la Belgique, vous trouverez que ce peuple est bon, franc, brave et impatient du joug. Le duc d'Âlbe, le plus cruel des satellites de Philipi^ II, en a fait périr dix-huit mille par la main des bourreaux. Les Belges se sont vengés par trente ans de guerres

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civiles, el leur altachement à la religion de leurs pères a pu seul les faire rentrer fious le joug espagnol.

M Vos finances étaient épuisées lorsque nous sommes entrés dans la Belgique ; votre numéraire avait disparu ou s'achetait au poids de Tor. Cambon, qui peut être un hQnnéte citoyen, "tnais qui certainement est au-dessous de la confiance que vous lui avez témoignée pour la partie financière, n'a plus vu de remède que dans la possession des richesses de cette fertile contrée. Il vous a proposé le fatal décret du 15 décembre. Vous l'avez accepté unanimement, et cependant chacun de ceux d'entre vëus, avec qui j'en ai parlé, m'a dit qu'il le désapprouvait et que le décret était injuste. Un de mes quatre mémoires était dirigé contre le décret. On ne l'a pas lu à la Convention ! Le même Cambon a cherché à rendre mes remontrances odieuses et criminelles en disant à la tribune que j'apposais un veto sur le décret de l'Assemblée. Vous avez chargé vos commissaires de tenir la main à son exécution. D'après vos ordres, le pouvoir exécutif a envoyé an moins trente commissaires. Le choix en est très- mauvais, et à l'exception de quelques gens honnêtes qui sont peut-être regardés comme des citoyens douteux parce qu'ils cherchent à mitiger l'odieux de leurs fonctions, la plupart sont des insensés, des tyrans ou des hommes sans réflexion qu'un zèle brutal et insolent a conduits toujours au delà de leurs fonctions.

« Les agents de la tyrannie ont été répandus sur la surface entière de la Belgique. Les commandants militaires, par obéissance au décret, ont été obligés d'employer, sur leur réquisition, les forces qui leur étaient

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