LA CONJCRATION DU 9 MARS
C*est dans la séance du cinq mars que parviennent à la Convention les premières nouvelles de Tévacuation d'Aix-la-Chapelle et de la levée du siège de Maëstricht. Les Montagnards tentent de profiter de Tinquiétude générale pour arracher à l'Assemblée des mesures qu'ils ne sauraient obtenir dans des moments de calme et de paisible discussion. Ils réclament à grands cris la lecture immédiate des lettres, que des députés plus prudents veulent renvoyer au Comité de défense générale. « 11 ne faut rien cacher au peuple, s'écrie Billaud-Varennes; c'est à la nouvelle de la prise de Verdun qu'il s'est levé et qu'il a sauvé la patrie ! »
Aussitôt les dépêches lues, Choudieu dénonce la présence dans la capitale d'un grand nombre de volontaires qui, étant à la solde de leurs départements, ne sont pas par conséquent à la disposition du ministre de la guerre; il fait la motion formelle que, puisque Paris est tranquille, ces fédérés soient immédiatement envoyés aux frontières.
(( Gomment Ghoudieu, répond Lanjuinais, peut-il prétendre que Paris est tranquille? N'était-il pas avanthier dimanche au Comité de la guerre, lorsque le ministre est venu nous déclarer qu'il se fomentait des troubles? Le fait n'a-t-il pas été attesté par Santerre luimême? Oui, je le déclare, il existe à Paris un comité d'insurrection ; ce comité se tient dans le local occupé d'ordinaire par l'assemblée électorale de Paris. Du sein de ce comité partent journellement des invitations aux fédérés de venir s'y réunir. Est-ce en présence de pareils dangers, est-ce dans de pareils moments qu'il faut faire partir les volontaires que nous ont envoyés les départements? »
Choudieu insiste : « Santerre, dit-il, vous a annoncé que le calme était complètement rétabli dans Paris. Vous devez le croire. Faut-il donc s'arrêter à ce que nous a dit le ministre de la guerre, quand il est venu nous parler dimanche, au Comité, de craintes de troubles? C'était un coup montQ. Il y avait là tous ceux qui, comme Buzot, prétendent qu'il faut une force armée pour nous protéger et pour nous permettre de faire de bonnes lois. Quant à mes amis et à moi, nous croyons qu'il n'y a de bonnes lois que celles qui sont soutenues par le peuple ; nous ne voulons pas d'une garde nationale comme la voulait I^fayette. C'est pourquoi je viens vous demander de faire disparaître une monstruosité dans la composition de la force armée. Est-il tolérable qu'ime partie de cette force soit à la solde des départements et que le ministre lui-même en ignore la destination ? »