‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 3)Chapitre 133 sur 249 · LIVRE XXIX · texte numérisé non relu

LIVRE XXIX

ce n'est point à la vie de quelques hommes que Ton en veut, c'est à la vie de la République, c'est à la vie du peuple. Ce sont les cours de l'Europe, ce sont les aristocrates de l'intérieur qui fomentent ces troubles. Ils agissent en 1793, comme ils ont agi en J792, en inspirant à Parmée de la défiance pour ses chefs. L'année dernière, les terreurs paniques; aujourd'hui, les dénonciations. Faites-vous apporter les registres de la section Poissonnière, de cette section qui jadis portait le nom des Menus-Plaisirs, comme pour marquer ce qu'il y avait de plus corrompu, je ne dis pas parmi le peuple, qui ne connut jamais que des plaisirs innocents, mais à la cour des rois; vous y verrez comment elle a reçu les commissaires que vous lui avez envoyés, vous y trouverez de quoi motiver l'acte d'accusation que l'on vous propose. Et ce sont ces hommes qui sont venus vous demander de faire arrêter le vainqueur de Jemmapes et de l'Argonne. Je sais bien que, dans une république, il faut que le roc Tarpéien soit près du Capitole, mais jusqu'à présent Dumouriez n'est monté qu'au Capitole et ceux qu'attend la roche Tarpéienne, ce sont ses dénonciateurs.

« Enfin, il est un acte de patriotisme sur lequel je demande qu'on ne passe pas légèrement. Dans la nuit du 9 au 10, tout était arrangé pour dominer Paris et la Convention par la terreur. On devait sonner le tocsin, tirer le canon d'alarme, faire fermer les barrières. Les aristocrates sont venus ici, couverts des haillons de la misère, pour égorger une partie de la Convention. C'est grâce au conseil général de la Commune, c'est grâce au

commandant général de la force armée, Santerre, que tous ces projets ont été déjoués. Je propose qu'on déclare qu'ils ont bien mérité de la patrie.

— Et moi, ajoute Isnard , je demaude que le tribunal révolutionnaire commence ses fonctions par rechercher et poursuivre les auteurs et instigateurs du complot du 9 mars. »

Marat, en entendant la proposition d' Isnard, réclame de nouveau la parole. Vami du peuple avait depuis longtemps habitué l'Assemblée à ses continuelles palinodies, mais cette fois il se surpasse. Une minute auparavant il avait demandé le décret d'accusation contre Fournier et ses complices pour avoir voulu violer la représentation nationale, et maintenant il apporte à la tribune un acte d'accusation en bonne forme contre les hommes d'État, tout en promettant de les couvrir de son corps, si on osait attenter à leurs jours.

« Le foyer des conspirations, est, dit-il, dans le sein delà Convention. Il est dans le parti Roland, dans les

hommes d'Etat. Au moment où ils ont vu que l'opinion publique se tournait contre eux , ils ont proposé une réconciliation qui n'est qu'une pantalonnade; vous avez fait décréter un tribunal révolutionnaire, ils ont voulu l'écarter.

— Oui, s'écrie Billaud-Varennes, Lesage a dit au Comité de législation qu'il était malheureux d'entre l'organedu Comité en cette circonstance; Buzot a ajouté que, puisque des assassins le forçaient à coofjérer à cette loi de sang, il aimerait autant qu'on supprimât tous les jurés.

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