LIVRE XXIX
s'élance à la tribune; janoais le monstre n*a été plus gonflé de haine et d'orgueil. « Je ne me présente pas^ dit-il, avec des discours fleuris, avec des phrases parasites pour mendier des applaudissements. Je me présente avec quelques idées lumineuses faites pour dissiper tout le vain batelage que vous venez d'entendre. Personne plus que moi n'est affligé de voir ici deux partis, dont l'un ne veut pas sauver la patrie et dont l'autre ne sait pas la ^uver »
De vifs applaudissements éclatent sur les bancs de l'extrême gauche et dans les tribunes; le reste de l'Assemblée y répond par de violents murmures.
« Oui, reprend l'audacieux tribun, il est prouvé que les hommes qui ont voté l'appel au peuple voulaient la guerre civile, et que ceux qui ont voté pour la conservation du tyran voulaient la conservation de la tyrannie. Je m'oppose à l'impression d'un discours qui porterait dans les départements le tableau de nos alarmes et de nos divisions. »
Malgré l'opposition des Montagnards, l'impression du discours de Yergniaud est décrétée. La gauche alors demande que l'on imprime également la réponse de l'ami- du peuple.
Dans son impartialité, la Convention y consent; mais Yergniaud, méprisant un honneur qui serait partagé par Marat, déclare que son discours a été improvisé et demande lui-même le rapport du décret qui en ordonne l'impression.
La discussion s'ouvre sur la proposition de mettre en arrestation les membres du Comité dit d'insurrection.
d'apposer les scellés sur leurs papiers particuliers et sur les registres du Comité.
Quelques voix à gauche demandent que Ton passe à l'ordre du jour sur toutes ces propositions; mais Fonfrède, indigné, s'écrie : <( Eh quoi ! citoyens collègues, le souvenir des dangers que la liberté, que le peuple, que vous-mêmes vous avez courus, est-il donc si promptement effacé de vos esprits? Cette Assemblée si énergique hier retombera-t-elle si promptement aujourd'hui dans cette apathie mortelle qui l'a conduite en aveugle au bord du précipice ? Hier, personne ne contestait ici qu'une vaste conjuration n'eût été ourdie par les contre-révolutionnaires, contre vous et contre la République. Hier, personne ne contestait que les autorités constituées de la ville où vous siégez n'eussent par leur prudence et leur fermeté sauvé la représentation nationale ; vous l'avez déclaré à la France entière, et j'aime à le répéter après vous: oui, la commune de Paris a bien mérité de la patrie.
« Maintenant hésilerez-vous à frapper ceux qui ont conspiré la perte de la liberté? les laisserez-vous échapper à la vengeance nationale?
— Non ! non ! » s'écrie la grande majorité de l'Assemblée se levant comme un seul homme.
La Montagne reste immobile. Le véhément orateur, se tournant vers le banc où siège Danton, continue ainsi : « Je vous adjure, Danton, au nom de la République, de déclarer si vous ne* venez pas de me dire qu'en effet vous croyez que dimanche un complot contre-révolutionnaire aurait été tenté. Je vous adjure.
LIVRi: XXIX. «47
Danton, au nom du salut dii pays de déclarer si vous ne venez pas de me dire qu'il ftillait que la Convention prtt une grande mesure et que vous alliez la lui présenter vous même.
Danton : « Oui; je l'ai dit, c'est vrai.
Fonfrède : « Vous voyez, citoyens, Danton, ce fervent révolutionnaire, pense comme moi Ah! mes
collègues, rappelez-vous toujours que votre seule force sera dans votre courage et qu'une plus longue faiblesse perdra la République, le peuple et vous
« J'appuie la proposition de faire arrêter sur-lechamp les membres du Comité d'insurrection. »
Cette motion est immédiatement adoptée.
Mais, hélas! à quoi seiwit ce témoignage d'énergie (lue l'Assemblée, galvanisée par l'éloquence de Vergoiaud et de Fonfrède, donna dans sa séance du 13 mars? A bien peu de chose. La salle du Manège retentit pendant quelques jours encore des échos que toute grande agitation populaire laisse après elle. De nombreuses députations vinrent protester à la barre contre les projets des conspirateurs du 9 mars. Les sections les plus compromises rétractèrent les adhésions qu'elles avaient données à l'arrêté du club des Cordeliers. Plusieurs même des chefs du mouvement, Fournier, Lazowski, payant d'audace, se présentèrent devant la Convention et obtinrent, par leur soumission apparente, une espèce de bill d'indemnité. Enfin, le ministre Garât, dans un long et filandreux rapport \ annonça qu'il avait vaine-