‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 3)Chapitre 174 sur 249 · LIVRE XXXI · texte numérisé non relu

LIVRE XXXI

il fait jeter plusieurs ponts sur la Scarpe. 11 fixe son quariier général dans la petite ville de Saint-Aoïand, et s'installe de sa personne à rétablissement des bains, situé à quelques kilomètres, dans les bois, entre Saint- Amand et Condé.

Comme il espère dissimuler jusqu*au dernier moment au ministre de la guerre et à la Convention l'accord tacite qui existe entre les Autrichiens et lui, il s'attache, dans toute sa correspondance, à grossir les difficultés que l'indiscipline des troupes, le défaut d'approvisionnement, le mauvais état des places, lui ont opposées; à faire valoir l'avantage des capitulations obtenues par les garnisons d'Anvers, de Bréda, de Gertruydemberg, « qui n'auraient pu être secourues et auraient été plus tard prisonnières de guerre ». Tantôt, pour inspirer le désir de faire la paix, il présente l'ennemi comme prêt à envahir le territoire français et à lancer jusqu'aux environs de la capitale des partis de cavalerie qui mettront tout à feu et à sang. Tantôt, au contraire, pour inspirer une fausse sécurité et expliquer l'inaction de l'armée autrichienne, il la présente comme manquant de vivres et de fourrages et comme ayant besoin d'une dizaine de jours au moins pour se refaire et attaquer. Mais , s'il dissimule son accord avec les Autrichiens, il laisse percer dans chacune de ses lettres sa haine contre la Convention et sa résolution formelle de résister à ses ordres, si elle l'appelle à la barre*.

4 . Voici quelques fragments des lettres adressées par Dumouriez à Beurnonville pendant les derniers jours de mars 4793 :

Bien que son attitude, comme sa correspondance, soit pleine de menaces, Dumouriez désire laisser à ses adversaires l'initiative de Tattaque; il veut pouvoir proclamer bien haut que la Convention, au moment où les armées coalisées s'apprêtaient à envahir le territoire français, n'a pas craint d'enlever à l'armée son chef, à la patrie son sauveur. Il ne fera dès lors que repousser la force par la force et obéir à la loi de défense personnelle.

« Je saurai, avec quelques braves gens, m*ensevelir sous les ruines de ma patrie, mais il m'est impossible d'empêcher Tennemi de pénétrer dans telle partie de notre frontière qu'il voudra, de prendre sans résistance telle place qu'il jugera à propos et d'arriver à Paris...

« Pensez bien môme que, sans s'arrêter à prendre nos places, il a S0,000 hommes de cavalerie, avec lesquels il peut mettre à feu et à sang toute la partie du royaume qui avoisine Paris; que je n'ai pas la même ressource que j'avais en Champagne pour l'arrêter; qu'alors l'énergie du républicanisme était dans toute sa force; qu'alors la Convention nationale avait de l'ensemble et de l'autorité; qu'alors le royaume n'était pas déchiré par la guerre civile ; qu'alors enfin il y avait des ressources pécuniaires qui n'existent plus »

a II faut arrêter les criminelles exagérations de ceux qui tyrannisent l'Assemblée par lés tribunes. On a bientôt dit que la nation se lève : ce n'est pas tout d'être debout, il faut agir. Ce n'est ni avec des clameurs, ni avec des poignards, ni même avec des piques, ce n'est qu'avec de bonnes armes, de la sagesse et de la discipline que nous sauverons la France ; c'est surtout avec un plan sage, et ce plan nous indique de chercher à faire la paix. Pensez bien à négocier puisque vous n'avez pas la faculté de vous battre et croyez que les hommes qui, comme vous et moi, ont soutenu le poids de la guerre ne se laisseront pas écraser par de vils assassins »

« J'ai déjà, mon cher Beurnonville, joué plus d'une fois le rôle de Décius en me jetant dans les bataillons ennemis^ mais je ne jouerai pas celui de Curtius en me jetant dans un gouffre.

9 Les commissaires de la Convention viennent de me sommer d'aller

Page 1