LIVRE XXXI
ville, cherche à convertir celui qui a été son élève, son ami, son Ajax. « Demeurez avec nous! lui dit-il, prenez le commandement de Tavant-garde. Ici du moins vous trouverez sécurité et liberté, vous serez à l'abri deSf accusations de Marat. Rappelez-vous ce que vous avez, eu à souffrir depuis deux mois de la part des anarchistes. Ils traduiront en crimes vos travaux et vos veilles et vous enverront à Téchafaud.
— Quelque événement qui arrive, dit Beurnonville, je mourrai à mon poste. Je me sacrifierai avec bonheur pour ma patrie, mais je ne la trahirai jamais. Ma situation est horrible. Je vois que vous êtes décidé, que vous allez prendre un parti désespéré. Ce que je vous demande en grâce, c'est de me faire subir le même sort qu'aux députés.
— N'en doutez pas, et en cela je crois vous rendre un service signalé. »
A ce moment, les commissaires rentrent dans la salle où se trouve réuni l'état-major. Ils font appeler Valence, auquel ils ont résolu de confier le commandement de l'armée. Dès que ce général est arrivé. Camus, à la tête de la députation, s'avance vers Dumouriez qui est adossé à la cheminée et attend, la tête haute, le sourire sur les lèvres, la sommation dont on l'a menacé. « Général, dit Camus, vous connaissez le décret de la Convention qui vous ordonne de vous rendre à la barre; voulez-vous l'exécuter?
— Non, pas dans ce moment.
— Vous désobéissez à la loi.
— Je suis nécessaire à mon armée.
— Par cette désobéissance, vous vous rendez coupable.
— Allons, ensuite !
— Aux termes du décret, nous allons mettre les scellés sur vos papiers. »
Jusque-là un silence absolu avait régné dans l'assistance; mais, à cette déclaration, de violents murmures se font entendre. Plusieurs officiers s'avancent vers les commissaires.
« Quels sont, reprend Camus avec autorité, ces militaires qui osent menacer les représentants du peuple ?
— Ils se nommeront eux-mêmes, » dit Dumouriez. Et aussitôt les plus rapprochés de s'écrier : <c Je
m'appelle Devaux, je m'appelle Denize, etc. » Dumouriez présente ironi(iuement à son interrogateur les demoiselles Fœrnig, les jeunes et gracieuses volontaires qui ne l'ont pas quitté de toute la campagne.
« Assez, dit le représentant de la Convention. Ce serait trop long ; qu'ils me donnent tous leurs portefeuilles ; nous mettrons les scellés sur leurs papiers. Et quant à vous, général, vu votre désobéissance à la loi, nous vous déclarons que vous êtes suspendu de vos fonctions. »
Les assistants s'écrient : « Suspendus ! nous le sommes tous ! On veut nous enlever Dumouriez, Dumouriez notre père, Dumouriez qui nous mène à la victoire!... »
Mais, d'un geste, le général arrête ces cris tumultueux.