‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 3)Chapitre 185 sur 249 · LIVRE XXXII · texte numérisé non relu

LIVRE XXXII

LA FUITE DE DUMOURlËZ.

Suivant la célèbre expression de Catherine de Médicis, au moment oii son fils venait de se débarrasser des Guises, Dumouriez avait bien coupé. 11 avait fait arrêter les commissaires de la Convention chargés de le traduire à la barre; il avait trouvé dans les officiers et dans les troupes qui l'entouraient des instruments dociles et dévoués; par la gravité de l'acte qu'il leur avait fait accomplir, il les avait engagés à fond dans sa querelle et avait fait de sa cause celle de tous. Maintenant, il fallait recoudre^ c'est-à-dire réunir dans une même pensée, dans une même volonté, dans un même élan, tous les corps d'armée disséminés sur un front de soixante lieues, depuis Dunkerque jusqu'à Maubeuge.

Dumouriez avait sous la main les camps de Maulde

et de Bruille. Placés derrière l'Escaut, ils présentaient

une ligne de défense respectable vis-à-vis de l'ennemi,

mais n'étaient pas en état de résister à la moindre agres- VI ta

sion venant de Tin teneur. Le général insurgé derait donc nécessairement s'assurer de deux ou trois places fortes, qui seraient pour lui un point d*appui formidable en cas de revers, et qu'au besoin il remettrait momentanément entre les mains des Autrichiens, comme garantie de sa bonne foi. Ces places ne pouvaient être que Lille, Yalenciennes et Condé.

Il avait confié le commandement de Lille au général Duval, celui de Yalenciennes au général Ferrand, deux vieux colonels qui lui étaient redevables de leur avancement, et sur l'obéissance passive desquels il se croyait en droit de compter. Mais, surpris à l' improviste par l'arrivée de Camus et de ses collègues, il n'avait pas eu le temps de mettre ces deux ofiîciers dans la confidence de ses desseins et de s'assurer de leur concours.

En s' établissant, le 31 mars, aux bains de Saint- Amand, il pensait avoir encore quelques jours devant lui sans avoir besoin de se déclarer ouvertement ; il comptait mettre à profit ces instants si précieux pour asseoir ses cantonnements, connaître exactement la position et la force de chacune de ses brigades et de ses divisions, préparer peu à peu l'esprit de ses troupes, leur faire accepter avec joie et enthousiasme les ordres qu'il se préparait à leur donner *.

Habitués que nous sommes aujourd'hui au succès

4 . Dumouriez avait employé la journée du 34 mars : 4'> à faire expédier à tous les généraux et commandants de place l'ordre de dresser l'état des troupes placées sous leur commandement; 2» à rédiger un ordre du jour annonçant l'armistice qu'il avait conclu avec les Âutri* chiens. Dans cet ordre du jour il faisait connaître à Tarmée rarrosta-

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