‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 3)Chapitre 214 sur 249 · LIVRE XXXir · texte numérisé non relu

LIVRE XXXir

contre-signer les éloges que Dumouriez se prodigue à lui-même et les flatteries qu'il adresse à la nation française. Mais le colonel Mack était depuis quelques jours sous le charme de Dumouriez; il lui avait promis, en le quittant, d'arracher le consentement du généralissime; aussi eniploie-t-il toute son éloquence et toute son habileté à faire valoir les raisons qui semblent devoir faire accepter la demande dont il est porteur*.

« Dumouriez, dit-il au prince, croit être certain de réussir dans son entreprise s'il obtient cette lettre ; il désespère de la partie s'il ne l'obtient pas. S'il réussit, les deux armées n'en forment qu'une ; la nôtre s'assurera

1. Il n'existe pas, on le comprend facilement, un procès-verbal de la conversation qui eut lieu dans la nuit du 4 au 5 entre Mack et Cobourg. Mais nous avons trouvé trois mémoires adressés, quelque temps après les événements, à l'Empereur par Cobourg et très-vraisemblablement rédigés par Mack. Dans ces mémoires sont exposées les raisons qui leur firent apposer leurs signatures à la proclamation préparée par Dumouriez. Ces raisons sont celles que nous mettons ici dans la bouche de Mack. Il est certain que celui-ci se servit, auprès de Cobourg, des méfeies arguments qu'ils firent ensuite valoir tous les deux auprès de TËmpereur.

Du reste, en écrivant ce chapitre et le chapitre précédent, nous avons consulté avec le plus grand soin les correspondances échangées entre les généraux, les ministres et l'empereur d'Autriche, correspondances dont nous avons parlé déjà page 297, et dont nous donnons de nombreux extraits dans la note XIV à la fin de ce volume.

Nous avons eu également à noire disposition plusieurs rapports faits par des officiers appartenant aux camps de Maulde ou de Bruillc, rapports qui se trouvent aux archives du dépôt de la guerre, à Paris.

Nous avons donc pu contrôler, les uns par les autres, les documents français et les documents autrichiens; nous croyons être ainsi arrivé aussi près que possible de la vérité.

des places qu'on nous remettra ; la sienne marchera sur Paris et délivrera la famille royale, nous attaquerons la République et l'anarchie dans leur foyer; Tarmée se dissoudra ou se joindra à nous ; la marche des événements deviendra rapide et sûre, nous ferons la loi en France. S'il ne réussit qu'à demi et même pas du tout, nous aurons toujours gagné de propager en France la fermentation et le désordre, de diviser et d'exaspérer, plus encore qu'ils ne le sont, les partis qui s'y disputent en ce moment le pouvoir, nous aurons privé l'armée française d'un chef qui a opéré avec elle de grandes choses, de généraux dans lesquels elle a le plus de conhance. En échange de ce papier, au bas duquel il vous répugne d'apposer votre signature, Dumouriez nous promet une et peut-être plusieurs places de sûreté; nous les obtenons immédiatement sans coup férir, landis qu'il nous est impossible en ce moment de les prendre de vive force. Nous n'avons pas avec nous une seule pièce de siège et nous ne disposons que d'un nombre insuffisant de troupes ; il nous faudra attendre six semaines au moins pour rassembler le matériel et pour recevoir les renforts nécessaires au siège de Condé et de Valenciennes. Vous reconnaissez, il est vrai, dans la proclamation que les places que Dumouriez vous livrera resteront entre vos mains comme un dépôt sacré; mais cette promesse vous la lui avez faite |>ar mon organe il y a déjà près de dix jours, car il m'a dit à notre première entrevue cl il m'a toujours répété depuis qu'il ne consentirait jamais au démembrement de sa patrie. Supposez que la cour de Vienne, que vous

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