‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 3)Chapitre 217 sur 249 · LIVRE XXXll · texte numérisé non relu

LIVRE XXXll

D'abord elle est murmurée h voix basse et par quelques audacieux ; bienlôt elle sera répétée par la masse des troupes, et anéantira le souvenir de tous les services rendus, de tous les périls bravés.

Cependant Dumourieî: arrive aux avant-posles de Morlagne, occupés par une demi-brigade formée d'un bataillon du 71'°'^ de I^ne'(ci-devant Vivarais) et de deux bataillons de volontaires parisiens. Il est escorté d'un escadron de dragons impériaux de La Tour et accompagné d'un général autrichien. « Mes enfants, dit-il aux soldats, j'ai toujours été votre père, j'espère que je le serai encore. Votre régiment. s'est toujours bien montré dans toutes les affaires où il s'est trouvé. Vous apprendrez avec indignation l'assassinat dont j'ai failli être victime hier de la part de trois bataillons de volontaires. Us m'ont tiré plus de six cents coups de fusil, tué un domestique et plusieurs chevaux ; j'ai été obligé de m'enfuir et de prendre ma retraite chez l'ennemi; on m'y a très-bien reçu ; on v.\'\ a fait beaucoup d'accueil. J'espère que vous ferez de même envers lui , car il n'est plus votre ennemi, mais bien votre ami. Ce n'est point à vous qu'il en veut, c'est à ces coupeurs de têtes, à ces prétendus patriotes, à ces danseurs de carmagnole. Nous irons à Paris, mes enfants ; nous n'avons rien à craindre de l'ennemi ; nous mettrons un roi sur le trône, et nous réclamerons la Constitution de 91. Si nous ne sommes pas assez forts, le prince Cobourg nousofîi'e cinquante mille hommes qui marcheront avec nous sur Paris. Je ne vous laisserai mancpierde rien ; j'espère que vous ne Qu'abandonnerez pas. »

La plus grande partie de la troupe accueille cette harangue par les cris de « Vive monsieur Dumouriez! vive le roi ! »

Le général autrichien quitte sa cocarde noire et prend celle d'un soldat, en criant : « Vive le roi et la première Constitution de France ! »

Ordre est donné de charger fusils et canons, de marcher mèche allumée et de tourner le dos à la frontière. Bientôt on rencontre le ci-devant régiment royal suédois. Harangué par Dumouriez, il répond par de nouveaux cris de « Vive le roi, vive monsieur Dumouriez! »

Après avoir défilé en portant les armes devant les dragons de La Tour, les deux régiments s'avancent vers Mortagne. Là, plusieurs bataillons sont rangés en bataille. Pendant que le général leur parle, ils gardent le silence, et, le discours fini, donnent quelques signes de désapprobation.

« Les républicains sont libres de partir, dit Dumouriez ; qu'ils s'en aillent ! Que les royalistes seuls restent avec moi; rien ne leur manquera, quoique Ton ait fait courir le bruit que les vivres étaient arrêtés. J'ai de l'argent ; rien ne vous sera refusé. »

Personne ne répond. Pour bien marquer qu'il a complètement rompu avec la République, Dumouriez fait reconnaître, en tête d'un régiment, un nouveau lieutenant-colonel au nom du roi.

Au camp de Maulde, comme à Mortagne, les troupes sont mises sous les armes au moment où se présente le général en chef; on fait former un cercle tr^-

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