LIVRE XXXII
raoindre connivence, plutôt que de renier les principes qui ont dicté sa conduite antérieure.
Dumouriez pactise avec l'étranger; il lui abandonne ses conquêtes pour obtenir une neutralité suspecte; nonseulement il lui remet, sans coup férir, les places fortes qu'il détient en Belgique et en Hollande, mais il lui promet les clefs de Lille, de Valenciennes et de Condé, trois des principaux boulevards de la France. Violant les principes les plus élémentaires du droit des gens, il livre aux Autrichiens ceux-là mêmes, qui sont venus vers lui revêtus du caractère sacré d'ambassadeurs. Il entraîne dans sa défection toutes les troupes qu'il peut séduire. Pour prix de sa trahison, il accepte des récompenses et des pensions; il se fait le conseiller des ennemis de sa patrie. Pendant dix ans, il remplit de ses intrigues les cours de l'Europe, colportant partout ses plans de campagne et partout écarté comme un aventurier qui a épuisé sa chance \
Lorsqu'au sortir des cachots d'Olmûtz La Fayette rentre dans sa patrie, pour laquelle il ne lui a pas été donné de combattre, il y est accueilli par les hommages des amis de la liberté et l'estime de ses enneqîs. Malgré les faiblesses et les fautes que l'on peut signaler dans sa longue carrière, tous les partis honorent en lui la loyauté des convictions et l'honnêteté politique.
\ . Dans une note (|ue l'on trouvera à la fln du volume, nous racontons aussi succinctement que possible les intrigues, les sollicitations et les péréizrinations sans nombre que Dumouriez tenta successivement jusqu'à ce qu'il se fut résigné à son malheureux sort.
Dumouriez, au contraire, qui, plus heureux, a eu rinsigne honneur de sauver son pays de Tinvasion, languit trente années dans Texii et y meurt oublié de tous.
Devant le contraste de ces deux destinées, qui oserait nier la salutaire et implacable moralité de Thistoire?