AVEC DUMOURIEZ
(Voir page 414.)
ifc. .
Les historiens varient sur Teffectif des troupes qui suivirent la fortune de Dumouriez.
Au premier moment la rumeur publique, même en France, porta cet effectif à des chiffres considérables. Un document *'^ d'apparence officielle contribua à entretenir ces exagérations. Le Moniteur donna (n° 111), sans commentaire et ainsi qu'il suit, la nomenclature des bataillons et régiments passés avec Dumouriez aux Autrichiens :
« Berchiny (hussards) : Colonel général (hussards), Bourbon (dragons), les chasseurs des Cévennes, un bataillon de volontaires, le 25" régiment d'infanterie, les chasseurs braconniers, la compagnie des tireurs d'Égra, de Givet et un escadron des chasseurs volontaires de Santerre. »
Cette liste avait été, paralt-il, envoyée aux journaux par un ofQcier belge au service de France, nommé Ransonnet; mais, dès qu'il en eut connaissance, le général en chef, Dampierre, déclara que le citoyen Ransonnet, « d'un civisme et d'un courage connus, avait été trompé, » et que les troupes émigrées ne s'élevaient pas à plus de six ou sept cents hommes ^
1. Voir la lettre de Dampierre au Moniteur, n« 114; le citoyen Ransonnet devint Tun des meilleurs généraux de division de TEmpire; il fut tué à Essling, le 21 mai 1800.
Dumouriez, dans ses mémoires, porte à huit cents cavaliers et à huit cents hommes d'infanterie l'effectif des troupes qui suivirent sa fortune. 11 n'exagère que de moitié.
Ce sont les pièces de la comptabilité autrichienne qui vont nous apprendre la vérité et nous donner des détails intéressants sur l'organisation provisoire qu'avaient reçue les corps français.
A Monsieur le commissaire supérieur des guerres de Eberen,
«Je me serais certainement appliqué à devancer l'ordre que m'a transmis votre lettre du 6, si la chose avait été heureusement possible.
« En ce qui touche le corps de troupes disséminas dans leurs cantonnements et peu habituées à l'ordre, tout ce que j'ai pu obtenir en fait de renseignements à partir du 4 de ce mois, se résume comme suit :
« Le 8, j'ai appris la formation de l'infanterie ; W;» « Le 10, celle du régiment de Bourbon, composé de dragons et de chasseurs à cheval ;
« Hier, c'est-à-dire le 11, j'ai pu vérifier l'effectif du régiment de cavalerie, composé de cuirassiers et hussards.
« Je vous transmets le tableau de revue de ces trois formations sur lesquelles
L'infanterie compte ^58 hommes
Les dragons de Bourbon. . . . 215
L'autre régiment de cavalerie 209 »
« A cette occasion, j'ai pu constater enfin que, sur le premier régiment de hussards passés parmi nous, cent cinquante hommes ont déserté ou ont été débauchés vers la fin du mois dernier, avec les selles et l'équipement.
« Le tiers de l'infanterie n'a ni fusils, ni gibernes, ni cartouches par conséquent. Les hommes prétendent qu'ils ont été désarmés par nos avant-postes.
a L'infanterie et la cavalerie (celle-ci, les dragons et les cuirassiers, est fort bien montée, à l'exception de l'escadron de chasseurs) ne pourront pas, d'ici à quelque temps, faire un
service utile, attendu qu'ils manquent généralement d'objets
d'habillement et d'équipement.
« Le maréchal de camp Thouvenot, qui se trouve en ce
moment au quartier général, s'appliquera vraisemblablement
à faire un rapport oral sur les conditions de son corps de
troupes.
« Pfeffer.
<( Leuze, le 12 mai 1793. »
Au comte de WalUs, président du Conseil aulique supérieur
de ta giierre, à Vienne.
« A la suite des conférences tenues avec le général français Dumouriez, passé chez nous, on lui a donné aussi l'assurance que les officiers d'état-major et régiments qui le suivraient seraient, autant que le permettront les circonstances, entretenus par nous jusqu'à ce que l'occasion se présente, en avançant dans l'intérieur de la France, de les entretenir sur leur propre territoire*. En effet, tout l'état-major général français et ^^ une partie d'infanterie, de chasseurs, de cuirassiers, dragons et hussards ont passé chez nous et ont requis leur entretien.
c( Afin de commencer cette affaire avec tout l'ordre voulu, j'ai, dès le 6 avril, délégué le commissaire des guerres Pfeffer auprès du général Dumouriez, et lui ai remis les 10,000 il. nécessaires pour l'entretien des officiers et des troupes.
u Dumouriez, quant à sa personne, n'a point reçu d'argent comptant, mais il a vendu son équipage et s'entretient sur sou argent à lui appartenant. Le commissaire des guerres Pfeffer a reçu l'ordre de se rendre à Leuze où il se trouve encore, d'y régler la question des troupes, de les payer sur leur pied usuel, puis de m'envoyer ici les états d'effectif et de solde à payer afm qu'ils soient soumis à la sanction supérieure. Malgré tout l'empressement et toute l'activité déployée par ce commissaire pour débrouiller l'effectif et les soldes attribuées à chacun des hommes de cette nation, arrivés à un extrême degré de désordre, et professant des principes très-versatiles, il n'a pu réussir qu'hier seulement à finir son travail et à me l'envoyer.
« •.. Comme tous ces hommes-là, et surtout les officiers de l'état-major général, ne peuvent être simplement abandonnés à leur sort sans préjudice pour nous, qu'il faut évidemment les entretenir, et que les circonstances peuvent changer un jour, je prélèverai les sommes nécessaires sur les fonds de l'Empire et je ferai entretenir les hommes sur le pied établi pour l'armée impériale. Quant aux simples soldats, comme quelques-uns de ces hommes sont en haillons, je leur ferai donner des uniformes français pris dans ceux que nous avons conquis, et qu'on ne peut d'ailleurs pas employer pro xrario.
« En ce qui touche leur habillement déGnitîf, j'enverrai ultérieurement un projet dans ce sens.
a Je suis, etc.,
« COBOURC.
« Au quartier général de Quiévrain, 10 mai 1793. »
Les pièces présentées par le colonel Pfeffer à l'appui de sa comptabititè nous fournissent, avec toute l'exactitude possible, le nombre et la composition des débris de régiments émigrés avec Dumouriez et réunis au camp de Leuze sous les ordres du général de Ruault.
Les dragons de Bourbon — 215 hommes — avaient un colonel (le baron de Martha), deux lieutenants-colonels, un lieutenant-colonel surnuméraire et 21 officiers;
Les hussards de Berchiny — 209 hommes — avaient un colonel (Nordmann), deux lieutenants-colonels et 30 officiers;
L'infanterie — 459 hommes — avait pour colonel un maréchal de camp (Second), deux lieutenants-colonels et 55 officiers.
En dehors de cet effectif, il y avait au camp, à titre de supplémentaires, cinq maréchaux de camp, Vouillers, Thouvenot» de Neuilly, de Bannes, Dumas; quatorze officiers supérieurs; deux commissaires supérieurs des guerres, Soliva et Beauvalon, et un médecin en chef, Menuret.