ÉVÉNEMENTS DE LILLE
Du VAL avait trente-cinq ans de service en 1793 ; il fut nommé le 23 mars 1792 colonel du 6« dragons; le 7 septembre 1792, maréchal de camp; le 3 janvier 1793, lieutenant général. Suspect à raison de ses anciennes liaisons avec Dumouriez, il fut suspendu de ses fonctions par Bouchotte en septembre 1793, et ne reprit plus de service. 11 mourut en Fan XI à Montreuil.
Saint-Georges, né à la Guadeloupe le 25 décembre 1745, avait organisé à ses frais, mais avec subvention du gouvernement, en vertu de la loi du 7 septembre 1792, la Légion franche des Américains du Midi, qui devint bientôt le 13« chasseurs. 11 s'en fit naturellement nommer colonel. Durant la Terreur, il fut arrêté et ne fut mis en liberté que le 9 thermidor. Il rentra dans la vie privée et mourut à Tâge de cinquantequatre ans, le 12 juin 1799.
Dumas (Thomas -Alexandre) était dragon de la reine en 1786. Saint-Georges le prit pour son lieutenant-colonel lorsqu'il organisa la Légion des Américains du Midi. Le 30 juillet 1793, Dumas fut nommé général de brigade, et le 3 septembre de la même année, général de division. 11 fut un instant général en chef de l'armée des Pyrénées-Occidentales, puis des Côtes de Brest. Lors de l'expédition d'Egypte, il fut fait prisonnier par des corsaires barbaresques, rentra en France en l'an X et y mourut en 1806, à Villers-Cotterets.
Macdonald (Alexandre). Nous nous dispenserons de faire la biographie de cet homme célèbre. Nous nous bornerons à indiquer les grades qu'il occupa pendant les années 1792 et 1793.
17 juin 1792, aide de camp de Beurnonville ;
12 novembre 1792, aide de camp de Dumouriez;
l**" mars 1793, colonel du 2« régiment d'infanterie ;
26 août 1793, général de brigade.
Nous avons retrouvé les deux pièces suivantes, toutes deux relatives à la part que prit Macdonald à l'affaire de la Madelaine :
« Nous, représentant de la nation, député par la Con-
57/i HISTOIRE DE LA TERREUR.
venlion nationale aux armées du Nord et des Ardennes, sur la demande qui nous a été faite par le général La Morlière du citoyen Macdonald actuellement colonel du 2* régiment d'infanterie pour adjudant général de son armée, et d'après le compte avantageux qu'il nous a rendu des services et des talents dudit citoyen, qui s'est porté le premier à un acte de vrai civisme après la trahison de Dumouriez en arrêtant luimôme son complice Devaux, nous autorisons le général La Morlière à prendre pour adjudant général le citoyen Macdonald, le chargeons de le faire remplacer sur le champ dans son emploi de colonel dudit 2« régiment par le citoyen Bournet, lieutenant-colonel dudit régiment, nommé provisoirement adjudant général par le général Dampierre, et de faire exécuter de suite le remplacement à ce corps conformément
aux lois militaires.
« Gasparin.
«Lille, 13 avril 1793.»
ARMÉE DE LA RÉPUBUQUE UNlf AGX ULLOIS.
Macdonald, chef de demi-brigade, au citoyen Félix, adjoint au ministre de la guerre pour la 6^ division.
« Quartier géoéral du faubourg de la Madelaine, le 15 avril 1793.
(( J'ignore, mon cher Félix, les raisons qui engagent les commissaires de la Convention nationale à me faire adjudant général et à donner le 2* régiment à Bournet; celui-ci se plaint qu'on lui fait un passe-droit. Je ne quitterai cependant pas le régiment à moins de passer dans un autre. Mais, pour être adjudant général, je refuse net. Ils n'ont rien à me reprocher, ils ont pris des informations sur ma conduite qu'ils ont trouvée CONFORME (sic). Avaut que le traître ne se démasquât, j'avais énoncé mon opinion sur la singulière- démarche que Ton nous avait fait faire d'Orchies à Lille ; j'ai arrêté moi-même le complice Devaux, quoique mon ami; c'est moi qui ai organisé et formé le camp de la Madelaine.
(( En voilà trop long, vous verrez la conduite que j'ai tenue ; tout est à l'impression,
« Macdonald. »
o ÉVÉNEMENTS DE VALENCIENNES ET DE CONDK.
FERnAXD était un vieux militaire qui avait été fait général de brigade le 8 mars 1703. Il fut nommé général de division, au moment môme où, après la défection de Dumouriez, les Autrichiens investissaient Valenciennes. 11 défendit vigoureusement cette place. Ce ne fut qu'après un siège de trois mois et un bombardement de quarante-trois jours, qu'il se rendit prisonnier de guerre avec toute sa garnison. Traduit au tribunal révolutionnaire, il fut acquitté, mais ne recouvra sa liberté qu'après le 9 thermidor. Sous le consulat, il fut, pendant dixhuit mois, préfet de la Meuse-Inférieure.
Davout. Nous n'avons pas l'intention de refaire une biographie qui vient d'être si bien faite par M. de Chénier, neveu d'André Chénier : Histoire de la Vie militaire, politique et administrative du maréchal Davout, duc d'Auerstxdt, prince d^Eckmuhl. Nous préferons donner quatre pièces authentiques qui montrent quel cas on faisait, en 1793, des services du jeune officier bourguignon, et quelles difficultés éprouvaient les officiers les plus distingués par leur courage et leur civisme, s'ils avaient le malheur d'appartenir à ce qu'on appelait alors la caste nobiliaire.
Les représentants du peuple près l'armée des côtes de la Rochelle réunis en Conwiission centrale d'Angers.
« Sur l'observation faite par un membre de la Commission, que le ministre de la guerre, ayant tardé trop longtemps à employer dans cette armée, ainsi qu'il en avait été requis par le Comité de Salut public de la Convention nationale, le citoyen Louis Davout, lieutenant-colonel du troisième bataillon de l'Yonne et chef de brigade dans l'armée du Nord ; de concert avec le citoyen Ronsin , adjoint du ministre, il lui avait écrit de se rendre sans délai auprès de la Commission pour être, par elle et par le citoyen Ronsin, employé en qualité d'adjudant général, dans le cas où le ministre ne lui en aurait point encore donné l'ordre; qu'il vient d'arriver à l'instant et qu'il demande à être mis promptement en activité.
« Considérant que le citoyen Davout (Louis) a donné, en plus d'une occasion, des preuves non équivoques de patriotisme et de courage, et notamment en poursuivant avec vigueur dans sa fuite le traître Duraouriez, ce que la Convention nationale a reconnu en décrétant que le bataillon (ju'il commandait avait bien mérité de la patrie; considérant aussi que ses talents militaires lui ont valu plusieurs succès Tannée dernière en attaquant différents postes autrichiens, que dans une armée nouvellement organisée, telle que celle des côtes de la Rochelle, il est essentiel d'avoir des agents militaires qui aient déjà beaucoup d'expérience dans le métier des armes, arrêtent que le citoyen Louis Davout sera employé provisoirement en qualité d'adjudant général chef de brigade dans l'armée des côtes de la Rochelle et que le général en chef Biron est invité à Jui faire connaître promptement à quelle brigade il peut être
attaché.
« BoORBOTTE, Richard, président, L. Torreau,
A. GoupiLLEAU, Tallien, P. Choudieu.
M A Angers, le 8 juillet 1703. »
Louis Davout à Boucholte, ministre de la guerre.
(( Le conseil exécutif provisoire, par un arrêté pris dans le courant de juillet de cette année, m'ayant nommé général de division auprès de l'armée du Nord, je déclare que je ne puis accepter cetee place, parce que j'ai été noble. Je donne, par la même raison, ma démission de ma place d'adjudant général chef de brigade, à laquelle j'avais été promu par les représentants du peuple près de Tarmée des côtes de la Rochelle, étant chef du troisième bataillon de l'Yonne qui était à l'armée du Nord.
(( Je vous prierai, citoyen, de me donner un reçu du contenu (le la présente lettre,
(( Louis Davout.
« Paris, le 29 août 1793, l'an II de la république une et indivisible. •
Le ministre de la guérite à Louis Davout, « J'ai reçu, citoyen, votre lettre du 29, par laquelle vous
déclarez que vous ne pouvez accepter le grade de général de division, auquel le conseil exécutif provisoire vous avait nommé, parce que vous avez été noble ; vous donnez par la même raison votre démission de la place d'adjudant général chef de brigade à l'armée des côtes de la Rochelle, à laquelle vous avez été promu par les représentants du peuple près l'armée du Nord^ étant chef de bataillon au troisième de l'Yonne. La manière distinguée dont vous vous êtes conduit dans ce bataillon, le républicanisme et l'énergie que vous y avez développés contre le traître Dumouriez qui n'a échappé que par hasard au feu que vous avez fait faire sur lui, tout nous faisait espérer que vous pouviez rendre de bons services à la patrie dans ce moment. Mais vous avez pensé que l'opinion générale et le vœu des sociétés populaires, fortement prononcées pour l'exclusion des ci-devant nobles des premières fonctions militaires, ne vous permettaient pas, quant à présent, d'inspirer dans l'armée le degré de confiance nécessaire pour y être aussi utile que vous le désireriez. Je me rends avec beaucoup de regrets à la résolution que vous avez prise de vous retirer chez vous, en applaudissant à votre projet de vous y livrer à l'étude militaire et à la pratique des vertus civiques, jusqu'à ce que le souvenir de votre origine ne soit plus un obstacle à la confiance publique, qui vous est duc personnellement. Vous pouvez vous présenter au bureau des fonds, première division de la guerre, à M. Gustetibre, à qui j'ai donné ordre pour vous rembourser de votre transport de l'armée du Nord à celle des côtes de la Rochelle et retour.
« Nota, Le ministre a accordé 1,000 fr. » • Tiireau, représentant du peuple près les armées des Alpes et
d'Italie, au citoyen Pille , commissaire du mouvement des
armées de terre.
« L*an II de la République, le 20 reDdémiaire.
« Tu te rappelles sans doute, citoyen, qu'avant mon départ pour l'armée d'Italie je t'ai entretenu du citoyen Davout, ancien lieutenant-colonel du troisième bataillon de l'ïonne, et ton camarade de guerre à l'armée du Nord. Garnot, à qui j'ai remis VI 37
les notes \es plus avantageuses sur son compte, m'a dit qu*il était au nombre des citoyens mis en réquisition, et que son intention était de l'employer à l'armée des côtes de Cherbourg; ne perds pas un instant à rappeler à Carnot cette aflaire qu'il m'a assuré être terminée. Sous tous les rapports, Davout, que tu connais, a des droits acquis à Tbonneur de la réquisition; ces droits sont révolutionnaires, et tant qu'il y aura un ci-devant noble dans les armées, celui-ci, qui n'a eu que le mal-< heur de la naissance sans avoir jamais exercé les droits iniques qu'elle assurait, qui en était au contraire la victime, ne doit pas être condamné à une inactivité nuisible à la chose publique qu'il peut défendre, et injuste pour lui. Si Carnot n'a point encore assuré sa destination, dis-lui que la seule crainte de Davout serait d'être employé dans une armée où il n'aurait pas une grande activité.
a Je crois avoir oublié dans les notes recueillies sur son compte, son adresse; la voici : — Davout, à Raviëres, par Ancy-Ie-Franc, département de l'Yonne.
(( Je n'ai pas besoin d'exciter d'avance ta sollicitude sur cette affaire, qui, je le répète, tient beaucoup plus à l'intérêt de la République qu'à celui de l'individu.
« Vois Carnot, vois Delmas; ce dernier connaît particulièrement Davout; communique-leur ma lettre et fais avec eux disparaître toutes les longueurs qui pourraient exister.
(( Je t'embrasse et te salue fraternellement.