‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 3)Chapitre 242 sur 249 · CAMP DB MAULDE · texte numérisé non relu

CAMP DB MAULDE

Leveneur était né en 1746, et avait déjà trente ans de service en 1793. Il avait été nommé général de division en juin 1792. A la suitedes événements d'avril 1793, il fut suspendu de ses fonctions et gémit longtemps dans les prisons de la Terreur.

Nous donnons ici deux pièces qui nous paraissent intéressantes autant par les événements qu'elles précisent que par le nom de Hoche qui s'y trouve mêlé.

o Paris, le 2 mai 1793, an 2* de la République.

« Citoyen ministre,

({ Une proclamation, émanée de vous, ordonne le dupari instantané de Paris à tous les ofliciers venus des armées. Je vous prie dans cette circonstance de me donner ou un congé d'un mois dont j'ai besoin pour rétablir ma santé, ce que j'ai déjà nombre de fois demandé, ou un ordre pour rester à Paris jusqu'à ce que le Conseil exécutif, auquel je suis renvoyé par un arrêté du Comité de salut public, ait prononcé à mon sujet. EnGn, de quelque manière que ce soit, il est nécessaire que j.sois mis à l'abri d'être arrêté, comme je ne manquerais pas de l'être en vertu de votre proclamation de ce jour.

(( J'ai avec moi ici mon aide de camp Hoche, lieutenant au 58« régiment. Sa personne m'est absolument nécessaire; je demande également pour lui que vous vouliez bien lui donner l'ordre ou la permission de rester avec moi jusqu'à la terminaison de mon affaire.

(( Le général de division, Leveneur. i>

Pétition présentée le 6 germinal an III.

« Le citoyen Alexis Leveneur, général de division des arniées de la République, suspendu par un ordre injuste et arbitraire de Tex-ministre de la guerre, Bouchotte, demande à votre justice la levée de sa suspension et sa réintégration dans son grade. Celui qui, depuis le commencement de la Révolution, n'a cessé de la servir et de dévouer sa personne et sa fortune pour elle; qui, depuis le commencenjent delà guerre en 1792 jusqu'au 26 juillet 1793, époque de sa suspension, a toujours combattu pour elle à la tête des divisions et armées de la République; qui a pris d'assaut, lui soixantième, les forts de Namur; qui a combattu avec gloire à Nerwinde en commandant la droite de l'armée qui fut victorieuse, puis le 22 mars 1793 protégea la retraite de l'armée française en combattant depuis quatre heures du matin jusqu'à sept heures du soir, vérité incontestable malgré les calomnies de Dumouriez; qui a été arrêté par ce traître pour être conduit à Cambrai pour l'avoir, dès le 3 avril, dénoncé à la Convention à laquelle il dépécha Hoche, son aide de camp; qui a couru les plus grands dangers pour se sauver des mains de ce scélérat et rester fidèle à la République, ainsi qu'il a été reconnu par un décret du Comité de salut public du 24 avril 1793 dont il est porteur; il n'est pas juste, dis-je, que le général, que toute l'armée des • Ardennes honore de sa conûance, reste plus longtemps dans les liens d'une flétrissure imméritée, qui a été suivie de quatorze mois d'arrestation injuste. Le citoyen Leveneur, jaloux de l'estime de ses concitoyens, demande avec empressement que cette justice lui soit rendue. — Et vous ferez justice.

<( Alexis Leveneur, ci-devant général de division. »

Stetenoffen était né à Vienne en 1739; il comptait trente ans de service en 1793 et était marérchal de camp depuis le 12 octobre 1792. Ce fut lui qui détermina la retraite de Dumouriez au camp autrichien par une dernière démonstration faite le ^

5 avril au soir sur Rumegies et racontée dans la lettre suivante : j^

iê

if*-

Aux citoyens commissaires de la Convention nationaU

à Valenciennes.

« Rumegies, il heures da soir, 5 lyril 1793.

« Citoyens,

(( Le général Dumouriez ayant aujourd'hui abandonné sooarmée et tous les régiments de ligne s'étant successivement mis en marche pour Valenciennes, j*ai assemblé les différents chefs de corps qui se trouvent sous mes ordres pour voir le parti que nous avions à prendre. Au moment que nous délibérions, il est arrivé une lettre du général Tbouvenot au colonel du 67* qui l'engageait à mener le trésor de l'armée à Tournay. Nous avons clairement aperçu alors que nous étions vendus, et de suite je me suis déterminé à faire ma retraite sur Gondé, craignant ne pouvoir TefTectuer assez vite sur Valenciennes par l^ngorgement prodigieux qui se trouvait sur cette route.

c( Le 3« régiment de dragons qui, d'après les ordres du général, avait ramené à l'armée le trésor que les grenadiers de ce régiment avaient amené sans ordre, continueront à l'escorter, et je me flatte qu'ils le rendront en France intact. Prenez des mesures pour qu'on vienne à sa rencontre à midi.

(( Stetenoffen. ))

Malgré sa conduite dans cette circonstance mémorable, Stetenoffen fut suspendu de ses fonctions par le Conseil exécutif en juin 1793 ; il fallut toute l'influence de Carnot pour le faire maintenir dans ses fonctions au camp de Cassel. Voici le certificat que Carnot lui délivra :

« Nous, représentant du peuple près l'armée du Nord, certifions que le général Stetenhon*en nous a toujours paru animé des sentiments du plus pur civisme, qu'il a maintenu de toutes ses forces la discipline et le bon ordre parmi les troupes qu'il a commandées; qu'il jouit de l'estime des citoyens en général et de la confiance du soldat et que, dans l'attaque de Fumes, seule occasion où nous avons eu lieu d'observer sa conduite

dans l'action, il a d^Ioyé toute la bravoure qu'on peut attendre d'un bon militaire et toute la prudence que doit avoir un bon général.

« Bergues, le 18 juin 1793.

(c L. Cabnot. ))

Réintégré dans son commandement, Stetenoffen fut nommé général de division le 15 frimaire an II ; peu de temps après il fut mis à la retraite et mourut en 1809.

SoNGB (Çharles-Louis-Didier) était, en 1793, lîeutenantcdonel d'artillerie; il sauva le matériel de siège lors de la retraite devant MaëstrichI, il le sauva encore dans la jouriîée du 5 avril. Sa belle conduite fut récompensée par la délivrance dû brevet dont la teneur suit :

« Au nom de la République française^

« Nous, Henri Dampierre, général en chef de Tarméeda Nord, en vertu des pouvoirs qui nous ont été donnés par le Pouvoir exécutif de la République, avons nommé et établi le citoyen Charles-Louis-Didier Songis, lieutenant-colonel d'artillerie, sous-directeur du parc de l'armée du Nord, au grade decolonel d'artillerie, directeur du parc de l'armée des Ardennes.

(( Ordonnons qu'il soit reconnu en ladite qualité et qu'il jouisse des honneurs et émoluments attachés à ladite place ^

jusqu'à ce que son brevet lui ait été expédié par le Pouvoir

exécutif.

« Au quartier général de Bouchain, le 11 avril 179 J.

« Le général en chef de l'armée du Nord,

« Dampierre. »

« Nous, commissaires de la Convention nationale aux places- ^ frontières de Nord, attestons que le citoyen Didier Songis a beaucoup contribué à ramener le parc d'artillerie, qui était à Saint-Amand et sous les ordres de l'infâme Dumouriez, à Valenciennes.

« Bouchain , ce 1 1 avril , an 2* de la République.

« Bellegarde, Charles Cochon, Lequinio. »

L'artillerie a (X>mpté dans ses rangs 4eux frères qui oot illustré le nom de Songis. L'aîné (Charles-Louis-Didiér) était né.4tti 1752. Le.second (Nicolas-Marie) étlit né en 1761/€duici eut une carrière moins longue mais plus brillante. GénériJ de brigade en floréll an VII, général de division le 16 nivôse an VIII, il fut fait par l'Empereur premier inspecteur général d'ap* tillerie et comte de l'Empire. 11 mourut en 1810. L'aïné était général de division depuis le 2 fructidor an II. Il fut wisk à '^ retraite ee Tan IX et mourut seulement en 1836. Cje Ait lui qui se trouvait au camp de Maulde en avril 1799*. Le seoood étall alors employé à l'armée des ÂlAps.

Dampierre. Nous n'avons pas àntracer la brillante carrière de ce général dont le nom couronne cette notice. Elle m trouve dans toutes les biographies. Nous nous contenterons de citer les dates de ses promotions. Né le 20 août 1756, entré au service en 1772, il était lieutenant-colonel le 25 juillet 1791; ^ lÉ^échal de camp le 7 septembre 1792; lieutenant général le; B mars 1793. Nommé commandant en chef de l'armée du Nord le 10 avril 1793, il fut tué le 8 mai suivant aux avantpostes.

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