LIVRE XXVII
mencée. Aussi les rputes de Flandre, d'Alsace et de Lorraine étaient-elles couvertes de gardes nationaux qui abandonnaient leurs bataillons avec armes et bagages. Comment en aurait-il été autrement ? Ils savaient qu'on ne (K)uvait leur appliquer les peines sévères qui en tout temps ont puni la désertion; ils étaient fort peu impressionnés par les proclamations que leur adressait la Convention, par les promesses qu'elle leur prodiguait, par les peines dérisoires qu'elle édictait contre eux *.
Les hommes restant sous les drapeaux croyaient, pour prix du sacriQce qu'ils s'imposaient, avoir le droit de s'affranchir des règles qui en tout temps et en tout pa>s ont été jugées indispensables au maintien de la discipline. Pour être fidèle à la déclaration des Droits de l'homme, le législateur n'avait-il pas lui-même prêté la main au désordre et à l'insubordination? n'avait-on pas d'abord laissé tomber en désuétude et ensuite abrogé * les ordonnances qui empêchaient les soldats de se marier? n'avait-on pas déclaré ces règlements, et bien d'autres encore, contraires à la liberté des citoyens, indignes par conséquent de figurer dans le code des armées républicaines ?
On conçoit facilement jusqu'où, en pareille matière,
1. Un décret du 13 décembre portait que tout volontaire national qui abandonnerait son poste serait noté par la municipalité du lieu de son domicile sur ui^ tableau d'inscription civique, comme ayant refusé à la patrie le secours qu'elle lui demandait. Par contre, le môme décret promettait une pension de rplraile, convertissable en acquisition de biens nationaux, à tous les citoyens qui auraient servi sans inlerruption jusqu'à la fin de la guerre.
i. Décret du 8 mars 4793.
les abus pouvaient aller. Les cajDps étaient remplis de femmes que des liens plus ou moins légitimes unissaient aux soldats. Aussitôt que Tarmée était appelée à faire un mouvement, ses marches se trouvaient embarrassées, ses chariots envahis, ses transports les plus indispensables négligés \
Uélection des officiers avait pu produire de bons résultats au moment où les bataillons s'organisaient pour quitter leurs foyers; Tintrigue n'avait eu qu'une très-faible part dans les nominations, les choix s'étaient généralement arrêtés sur les plus dignes'. Mais, depuis l'entrée en campagne, ce mode de nomination avait fini par devenir un dissolvant très-actif. Souvent ce n'élait pas aux plus capables et aux plus braves que les grades étaient décernés, mais à ceux qui prêchaient l'indiscipline et promettaient l'impunité*. On avait vu des brevets de capitaine mis aux enchères; la tolérance de la maraude, plus que la conduite au feu, avait été parfois un titre au suffrage des bataillons. Toutes les habitudes des sociétés populaires s'étaient introduites dans les rangs de l'armée. On faisait des motions dans les chambrées et dans les corps de garde, comme au club de la rue Saint-Honoré. Chaque bataillon se cantonnait dans son individualité égoïste, ne s'occupait que de ses besoins, vrais ou factices, sans s'inquiéter de
1. Voir la lettre de Lacroix du 22 mars. Journal des débals et décrets, n° 189, p. 344.