LIVRE XXVn
essuicni une série de tempêtes qui endommagent fort une certaine quantité de leurs navires et dispersent les bâtiments de transport. Truguet paraît enûn, le 23 janvier, devant Cagliari et s'empresse d'envoyer au vice-roi (le Sardaigne des parlementaires. Le canot qui porte les négociateurs est reçu à coups de canon ; faute de trouj)es, l'amiral français ne peut venger immédiatement l'outrage fait au drapeau de la République*. Vers les premiers jours de février, la plus grande partie de la flotte se trouve réunie et l'on peut songer k descendre à terre la petite armée *.
1. Ce canot portait le major général de la marine, Villeneuve, le commissaire du pouvoir exécutif, Peraldi, et un Florentin, âgé de vingt-deux ans, Buonarolti, destiné à devenir célèbre comme conspirateur. Les récits officiels donnent à ce dernier le titre d'apôtre do la liberté. C'était un emploi qui avait été créé, paraîtrait-il, auprès de toutes les armées de la République; Buonarotti en était revêtu à l'armée des Alpes comme Gonchon à l'armée de Belgique ; il consi^tait à établir des clubs partout oij pénétraient les Français, à catéchiser les peuples conquis et à les convertir à la foi nouvelle. Le trésor public faisait naturellement les frais de ces missions d'un nouveau genre. Danton et Lacroix, dans le compte officiel qu'ils fournirent de leurs dépenses en Belgique, portent une somme de 1,200 francs comme ayant été donnée par eux à différents apôtres de la liberté, envoyés dans les communes pour disposer les esprits (voir le Mémoire sur la vie privée de Dantorij par M. le docteur Robinet, p. 297.)
2. L'escadre était déjà partie depuis près dun mois du port d'Ajaccio, lorsque le conseil exécutif se ravisa tout à coup et conlromanda rex[)édition par la lettre suivante :
Le ministre des affaires ëlrangères au citoyen Aréna, ex-député h V Assemblée législative^ à Ajaccio en Corse,
« Paris, 12 février, l'an II de la République.
a Le retard, citoyen, a[)porté à l'expédition de la Sardaigne, r.c
4(tt HISTOIRE DE LA TERREUR.
Survient un nouvel ouragan qui met en un inextricable désordre tous les bâtiments de l'expédition et jette à la côte plusieurs navires, notamment le Léopard. La tempête apaisée, on fait le recensement des troupes et dès vivres; on n'a sous la main que quatorze cents hommes de ligne ^ et la moitié de la phalange marseil- 1 aise ; la flotte ne possède pas pour plus de dix à douze jours de biscuit. Néanmoins on se résout à continuer l'entreprise, parce qu'on espère voir d'un moment à Tautre arriver d'Hilaire-Chanvert, avec le complément de la phalange et les transports chargés du ravitaillement de l'armée expéditionnaire.
permettant plus d'en tirer le parti que l'on en attendait, il serait à désirer que l'on y renonçât, si les choses n'étaient pas trop avancées; c'est du moins mon opinion, et il n^ paru qu'elle était partagée par les membres du Conseil executif. En eiïet, dans les circonstances présentes, cette expédition attirerait nécessairement dans la Méditerranée une escadre anglaise qui, fermant le passage du détroit de Gibraltar, serait extrêmement préjudiciable à notre commerce. L'on assure même que déjà dix vaisseaux de ligne sont destinés à s'y rendre. Il est vraisemblable que la destination de cette escadre serait changée si la descente projetée en Sardaigne ne s'effectuait pas.
a Quoi qu'il en soit, je vous prie, citoyen, de ne pas négliger de me faire part de toutes les notions que vous pourrez recueillir concernant nos intérêts dans la Méditerranée et de m'informer exactement de tout ce que vous apprendrez des dispositions des différentes cours de l'Italie à l'égard de la République.
a Le ministre des affaires étrangères^
a Lebrun. »
Il était trop tard. Aréna ne reçut la missive confidentielle de Lebrun qu'à son retour de la désastreuse expédition.
i. Ces 4,400 hommes appartenaient, à peu près par égales portions, aux trois anciens régiments Limousin, Bresse et La Fère.