LIVRE XXVIII
faut pas que ses enfants se le partagent avec Tépée. Je ne connais qu'un moyen de résister à l'Europe : c*est de lui opposer le génie de la liberté.- On prétend que les élections militaires doivent affaiblir et diviser l'armée, que l'instabilité de l'avancement peut dégoûter les chefs, porter les soldats à la licence, énerver la discipline et compromettre l'esprit de subordination. Toutes ces difficultés sont vaines, il faut vaincre l'armée si vous voulez que l'armée vainque à son tour. La patrie est-elle donc esclave de ses gens de guerre? Si vous laissez les nominations de tant de places entre les mains des généraux ou du pouvoir exécutif, vous les rendez puissants contre vous-mêmes et vous rétablissez la monarchie. Règle générale : il y a bientôt monarchie là où la puissance executive dispose de l'honneur et de l'avancement. 11 faut que l'antichambre des ministres cesse d'être un comptoir des emplois publics ; il faut qu'il n'y ait plus rien de grand parmi nous que la patrie. On ne peut faire une république qu'à force de frugalité et de vertu;f;ôu'y a-t-il de commun entre la gloire et la fortune? Sélection des chefs particuliers de chaque corps est le droit de cité du soldat. Ce droit ne doit être exercé que dans l'intérieur des corps. Ainsi restreint, il ne peut être dangereux pour la République. Mais une armée ne peut ni s'assembler, ni délibérer; c'est aux représentants du peuple qu'appartient le choi\ de ceux auxquels est confié le salut du peuple. Il faut que les généraux soient élus par la Convention. » i
Garrau. — « Les Lameth à l'Assemblée constituante, les Dumas et les Vaublanc à l'Assemblée législative.
m HISTOIRE DE LA TERREUR.
pariaient sans cesse d'indiscipline. Eh bien ! rappelezvous ce que vos volontaires ont Fait dans les plaines de la Champagne, ce qu**ils ont fait à Jemmapes ; ils étaient indisciplinés comme vous l'entendez, cependant ils ont vaincu. Eh bien, ils vaincront encore, et c'est ainsi qu'ils répondront aux calomniateurs. »
Garnier (de Saintes) . — « Le système du Comité de défense générale consacre de grands principes; il établit l'unité de force, l'unité de régime, l'unité de récompense ; il rapproche tous les défenseurs de la patrie par le lien de l'égalité; mais est-ce bien le moment aujourd'hui de transformer nos régiments en corps électoraux ? Le tem{S des élections est un temps d'agitation et de cabales; l'intrigue va parcourir tous les rangs de l'armée, depuis le soldat jusqu'au capitaine, chaque individu briguera les suffrages et dirigera ses pensées et ses sollicitudes vers un grade, lorsque son ambition tout entière devrait se porter vers la victoire. »
Serres (des Hautes-Alpes). — « Le droit d'élire semble comporter avec lui le droit de destituer. Quel danger ne résulterait-il pas pour la chose publique si le soldat était livré à toutes les inspirations de la malveillance, si rofficier était exposé à tous les caprices et k toutes les intrigues de ses subordonnés? Bien plus« Dubois-Crancé vous propose de faire voter à haute voix; ne sait-il donc pas que, dans certains bataillons, on a vu les grades mis aux enchères ? veut-il donc voir se renouveler de pareils scandales? »
Isnard. — a Ne placez pas éternellement les officiers entre leurs intérêts et leurs devoirs : ils préféreront leurs
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intérêts. De là la bassesse des moyens pour acquérir la bienveillance des soldats; de \h le relâchement des mœurs militaires, c'est-à-dire la dissolution de la chaîne électrique qui, tant de fois, conduisit l'armée française à la victoire. Mais, dites-vous, vous voulez enlever aux gardes nationales leurs droits... Leurs droits!... Quand la patrie requiert un de ses enfants pour sa défense, soit comme général, soit comme soldat, il n'a plus de droits, il n'a que des devoirs. »
Buzot. — « Conservons l'avancement par ancienneté de service. C'est le système qui a pour lui l'expérience de tous les temps et de toutes les nations; c'est le mode le plus expéditif en temps de guerre, c'eM le seul praticable, lorsque les bataillons sont dispersés par détachements. Craignons d'affaiblir la sévérité de la discipline; ne changeons pas les ressorts d'une machine au moment où elle est en action ; battons-nous comme se sont battus les vainqueurs de Jemmapes. A la paix, nous aurons le loisir d'entendre les gens à syrtèl|p« >'
Aubry. — « J'obéis à ma raison et à mon expérience en vous disant : si vous avez des cadres pour huit cent mille hommes, réduisez-les; mais avant tout conservez sous les drapeaux des capitaines et des lieutenants de ligne, qui ont trente ans et quarante ans de service \
1. Aubry- fut fidèle, en novembre 4794, au principe qu'il émetlait CM) février 1793. Entré au Comité de salut public quelques mois après le 9 thermidor, il mit en disponibilité un grand nombre d'officiers, notamment Bonaparte, depuis peu promu au grade de général de brigade; ce qui lui attira de la part du jeune vainqueur de Toulon la fameuse réponse : a On vieillit vite au feu! » Tous deux avaient
liO HISTOIRE DK LA TKRREUR.
L'obéissance passive, sans laquelle il n'y a pas de succès à la guerre, est impossible entre le citoyen qui élit et le citoyen qui est élu. L'égalité des droits ne donne pas l'égalité de l'intelligence et de la bravoure. «
Malgré toutes les critiques de détail, le système présenté par le Comité de défense générale triompha sur presque tous les points et fut consacré par les lois des 24 et 26 février, que nous allons analyser brièvement.
Toute distinction ou différence de régime et de solde
entre les régiments de ligne et les bataillons de volontaires est abolie. Les armées de la République recevront, par Tamalgame d'un bataillon de ligne avec deux bataillons de volontaires, une organisation uniforme. L'exécution de cette organisation est renvoyée à la fin de la campagne de 1793. Mais tout est d'avance disposé de manière qu'elle puisse s'effectuer d'un seul coup au moment voulu. La constitution des états-majors est changée et les dénominations des hauts crades modifiées selon le nouveau système. Les lieutenants-colonels deviennent chefs de bataillon et d'escadron, les colonels chefs de brigade, les maréchaux de camp généraux de brigade, les lieutenants-généraux généraux de
raison :l'un, de doferulrc en principe» les vieux serviteurs de la patrie; l'autre, les brillantes? exceptions.
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division, les généraux d'armée généraux, en chef. I^ dignité de maréchal de France est supprimée.
Dans tous les grades, hormis ceux de chef de brigade et de caporal, Tavancement doit avoir lieu : le tiers par ancienneté, les deux tiers au choix, mais dans l'intérieur du bataillon où la place viendra à vaquer. Les chefs de brigade seront toujours pris à l'ancienneté parmi les trois chefs de bataillon de la deiâi-brigade. Les caporaux seront nommés par les volontaires de la compagnie. La partie des places réservées au choix sera donnée au moyen de Télection à deux degrés; tous les soldats, sous-officiers et officiers de la compagnie présentant trois candidats aux^ officiera du grade à donner, et ceux-ci étant tenus de choisir le plus méritant des trois. Les chefs de corps seront chargés, à l'instant de la vacance, de remplir les emplois réservés à l'ancienneté. Les fonctions de général de brigade seront données aux chefs de brigade, un tiers à l'ancienneté, deux tiers au choix du ministre de la guerre rendant compte au Corps législatif; il en sera de même pour les généraux de division. Les généraux en chef n'auront plus que des commissions temporaires ; le pouvoir exécutif les choisira parmi les généraux de division, sous la ratification expresse de l'Assemblée nationale S
4. La disposition do la loi qui accordait à l'ancienneté les deux tiers des places vacantes de généraux de brigade et de généraux de division ne fut jamais observée; ce fut très-heureux pour l'armée, car ce mode de nomination aurait eu les conséquences les plus déplorables. En fait, le Conseil exécutif, ensuite le Comité de salul public, et plus tard le ministre de la guerre, firent toutes les nominations de généraux.
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Les Iroopes de ligne ont leur solde augmentée et mise au niveau de celle des velontaires, auparavant plus ravorisë0. Mais les hommes qui les composent, étant engagés, sont tenus de rester sous les drapeaux jusqu'à la paix^ pour avoir droit aux pensions et gratifications. Les volontaires ne sont liés que pour une campagne ; ceux d'entre eux qui continueront le service pendant ItHite la guerre recevront une haute paye.
Tout militaire réformé à la paix, et ayant servi dix jtos, les campagnes étant comptées doubles, doit avoir une pension qui s'augmente par les années de service au-dessus de dix années.
Ceux qui n'auront pas dix ans de service seront gratifiés de 60 livres pour une campagne, de 150 pour deux, de 300 pour trois, de 500 pour quatre, etc.
Les défenseurs de la patrie (volontaires et soldats de ligne) pourront échanger leurs brevets de pension contre un bien national, qu'ils pourront acquérir au taux de dix pour cent, 300 livres de pension équivalant à un bien de 3,000 livres.
Une valeur de 400 millions de biens d'émigrés est affectée à ces acquisitions faites en échange de pensions mililaires.
Tous les citoyens français, de dix-huit à quarante ans, non mariés ou veufs sans enfants, sont en état de réquisition permanente, jusqu'à ce qu'on ait atteint le chiffre de trois cent mille hommes pour porter l'armée française au complet.
Le contingent de chaque département est déterminé en proportion de sa population et du nombre de volon-
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