‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 3)Chapitre 9 sur 249 · la lettre de Kersaint était ainsi conçue · texte numérisé non relu

la lettre de Kersaint était ainsi conçue

ff Citoyen président, ma santé depuis longtemps aiTàiblie me rend l'habitude de la vie d'une Assemblée aussi orageuse que la Convention, impossible. Mais ce qui m*est plus impossible encore, c'est de supporter la honte de m'asseoir dans son enceinte avec des hommes de sang, alors que leur avis, précédé de la terreur, l'emporte sur celui des gens de bien, alors que Marat remporte sur Pétion. Si Tamour de mon pays m'a fait endurer le malheur d'être le collègue des panégyristes et des promoteurs des assassinats du 2 septembre, je veux au moins défendre ma mémoire du reproche d'avoir été leur complice et je n'ai pour cela qu'un moment ; demain, il ne sera plus temps.

a Je rentre dans le sein du peuple; je me dépouille de rinviolabilité dont il m'avait revêtu, prêt à lui rendre compte de toutes mes actions, et, sans crainte et sans reproche, je donne ma démission de député à la Convention nationale.

« A. Guy Kersaint. »

braver ainsi les colères de la démagogie fût mandé à la barre. Kersaint se présente trois fois dans la journée du î2J ; il ne peut être reçu; enfin, il est admis au commencement de la séance du 22. Il ne cherche pas à se mettre à couvert derrière la loi qui défertd d'incriminer les représentants à raison de leurs opinions. Il ne veut rien rétracter de ce qu'il a écrit : « Oui, je l'avoue, dit-il, le plus grand sacrifice que j'aie pu faire à ma patrie a été de m'asseoir sur les mêmes bancs que Marat, cet homme qui a osé imprimer qu'il fallait égorger deux cent cinquante mille citoyens, et qui, ^ la tribune, n'a pas désavoué cette horrible pensée. Vous avez respecté en lui la liberté des opinions ; respectezla également en moi. »

La droite réclame pour Kersaint les honneurs de la séance, et même quelques députés demandent qu'il soit invité à reprendre ses fonctions. Mais la gauche rappelle que la loi répute infâmes et traîtres à la patrie les fonctionnaires qui abandonnent leur poste, et, pour montrer le cas qu'elle fait de la leçon que le démissionnaire semble avoir voulu lui adresser, elle exige que l'ordre du jour soit immédiatement mis aux voix. Kersaint se retire applaudi par quelques amis, hué par la Montagne et les tribunes *.

Une heure après éclate un autre coup de théâtre préparé par la Gironde et dont elle espérait le plus grand

I. Kersaint paya de sa tète sa courageuse démarche. Le 3 octobre 4793 il fut arrêté par les ordres du Comité de salut public dans le département do TEure, traduit le 5 déc^embre suivant devant le tribunal révolutionnaire, condamné et exécuté le mi^nie jour.

Page 1