‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 3)Chapitre 92 sur 249 · LIVRE XXVIII · texte numérisé non relu

LIVRE XXVIII

La contre-partie de ces scènes se passa dans un grand nombre de villages et même de petites villes, oii l'autorité militaire n'avait pas pu envoyer de troupes. Les délégués des commissaires français n'y eurent aucun succès et furent obligés de s'enfuir au plus vite. A Enghien, près Bruxelles, le fameux Charles^wns- Chemise fut accablé de coups et laissé pour mort sur la place.

Dans la seule ville de Liège, où l'on savait que la majorité était d'avance favorable à la réunion, les choses se passèrent avec plus de régularité et de décence. Mais, par cela même qu'il eut lieu en pleine liberté, le vote fut accompagné de certaines restrictions importantes. La municipalité elle-même les formula. Bien que composée des adversaires les plus déclarés du gouvernement de l'ancien évêque, elle mit pour conditions à la réunion : l"" qu'en même temps qu'il serait accordé des indemnités aux Liégeois qui avaient autrefois souffert pour la cause de la liberté, il en serait alloué aux membres du clergé, dont les emplois seraient supprimés; 2° que l'on ne donnerait pas au cours forcé un effet rétroactif, c'està-dire que, pour le remboursement des dettes contractées entre Liégeois et pour le rachat des rentes constituées avant la réunion, on ne pourrait pas astreindre les parprésence du général a ramené le calme. » Il est plus que vraisemblable que les coups de plat der sabre furent les arguments persuasifs dont se servirent les amis de la France pour manifester leur indignation. La manière dont on traita les opposants de Mons fut une leçon pour ceux des autres villes qui ne parurent pas au scrutin. Les documents officiels eux-mêmes laissent assez facilement comprendre que presque partout le nombre des abstentions fut trèsconsidérable.

ticuliers à recevoir au pair cette monnaie de papier déjà si fort dépréciée * .

Aussitôt que les réserves de la ville de Liège, furent connues des commissaires de la Convention, ils fulminèrent un arrêté déclarant que ce vote devait être considéré comme nul et non avenu, parce qu'il contenait des conditions injurieuses et inadmissibles.

La question des assignats tenait naturellement fort à cœur aux promoteurs des déxîrets du 15 décembre et du 31 janvier; ils comptaient sur la Belgique et le pays de Liège pour en absorber une quantité considérable dès que le cours forcé y aurait été légalement établi. Dans une circonstance récente, Cambon n'avait-il pas comparé les biens domaniaux et le papier monnaie qui en était la représentation à « la manne du désert qu'il fallait faire manger au peuple belge pour lui donner le goût de la liberté*? »

C'était justement cette question du cours forcé, mêlée à celle du séquestre des propriétés ecclésiastiques, qui avait complètement nioditié les dispositions des

I . Voir V Histoire de la Révolution liégeoise de 4789 à 4795, par Borgnet, cbap. zzn et xxiii. Cet ouvrage, très-consciencieux, entre, à l'occasion de la réunion du pays de Liège à (a France, dans des détails très-curieux.

t. Moniteur, n° 40; Journal des débats et décrets, n» 443, p. 444.

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