‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 3)Chapitre 97 sur 249 · LIVRE XXVm · texte numérisé non relu

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le fail, ils abandonnent les Liégeois à leur malheureux sort ; seulement, avant de partir, ils ordonnent à leurs agents d'exécuter le décret du 15 décembre et se font précéder par des charrettes chargées de l'argenterie et des objets les plus précieux appartenant aux églises de ia ville et des environs.

Les commissaires se divisent les rôles. Lacroix court à Paris instruire la Convention de nos désastres ; Merlin et Gossuin se dirigent vers Bruxelles pour se rapprocher de Dumouriez et de l'armée de Hollande.

Dans la nuit du k au 5 mars une immense émigration encombre les rues de Liège et se presse aux portes qui conduisent en Belgique. Tous ceux qui se sont compromis pour la cause française, tous ceux qui, de près ou de loin, ont à craindre les vengeances impériales, se hâtent de fuir. Il ne reste bientôt plus dans la ville aucun individu ayant été revêtu de quelque fonction publique durant les quatre mois qui viennent de s'écouler. Les anciens magistrats n'osent pas se montrer encore par crainted'un retour offensif de Valence ou de Miranda. Pendant vingt-quatre heures une anarchie complète règne dans la malheureuse cité. La populace profite de cet interrègne des lois pour forcer les prisons et égorger une quinzaine de malheureux prêtres qui y sont détenus.

A peine arrivés en lieu de sûreté, les commissaires de la Convention songent à généraliser dans toutes les villes de Belgique les mesures de précaution qu'ils ont prescrites avant leur départ de Liège. En conséquence, par un arrêté en date du 5 mars, ils ordonnent aux commissaires du pouvoir exécutif d'envoyer à Lille les

objets mobiliers qui, en vertu du décret du 15 déœmbre, ont été mis sous le séquestre.

Le séquestre n'avait jusque-là porté que sur l'argenterie provenant des couvents et des maisons d'émigrés. On avait laissé à peu près intact le trésor des paroisses ; mais les agents du pouvoir exécutif tiennent à honneur de réparer le temps perdu. Quoique l'armée impériale soit encore bien loin, puisqu'elle vient à peine de franchir la Meuse, ils agissent comme si elle était aux portes de chaque ville.

Dans la Belgique entière le même jour, à la même heure, les agents préposés aux séquestres courent aux principales églises , ordonnent de crocheter les portes des sacristies, et font main basse sur tout ce qui est à leur convenance. L'arrêté des commissaires de la Convention ne mentionnait que l'argenterie, mais, de leur autorité privée, les agents en étendent l'application au linge; aux dentelles, aux livres et missels qu'ils trouvent; ils font mettre au pilon des pièces d'orfèvrerie du travail le plus précieux. Le pillage s'exécute sans qu'on ait la pensée d'appeler les autorités locales ou de dresser des inventaires réguliers; beaucoup d'objets, d'un petit volume, sont soustraits dans la bagarre, et peu après vendus à vil prix. Les plus ignobles indécences, les plus déplorables profanations sont commises sous les yeux des populations indignées. Ce qui a échappé aux vols individuels est erttassé sur des chariots et dirigé vers Lille.

Une grande partie de ces immenses spoliations ne profita même pas à la République au nom de laquelle

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elles avaient été commises. A peine si le quart ou le tiers du produit de ces vols entra réellement dans les caisses de l'Etat. Beaucoup de voitures furent arrêtées sur les routes de Belgique par des paysans ameutés ; parmi les chariots mêmes qui atteignirent la frontière française, plusieurs furent détournés de leur destination apparente et devinrent la proie de certains dilapidateurs attitrés, que leur omnipotence mit à Tabri des recherches.

Dumouriez était sur les bords du Mœrdyck en attendant le moment favorable pour traverser ce bras de mer.

Il reçoit coup sur coup les nouvelles du désastre de ses lieutenants; mais, comme un joueur désespéré qui ne veut quitter la partie qu'après avoir épuisé toutes les chances, il se roidit contre l'infortune, il refuse de ^ rendre au désir de son armée qui le redemande à cor et à cri et ne voit son salut que dans la présence de son général. En vain les commissaires de la Convention lui font-ils les réquisitions les plus explicites, en vain ses confidents les plus intimes lui adressent-ils les prières les plus pressantes ; il perd plusieurs jours précieux et ne se résout à revenir sur ses pas que lorsqu'il s'aperçoit que les communications entre l'armée de Hollande et celle de Belgique risquent d'être coupées. Il donne l'ordre aux généraux Tilly et de Fiers de mettre dans

Bréda et Gertruydemberg des garnisons suffisantes et de ramener le reste des troupes à Anvers.

Dans cette ville il trouve les esprits consternés et par les violences sacrilèges dont la Belgique vient d*étre ie théâtre et par les arrestations que, la veille, le commissaire du pouvoir exécutif, le fameux Publicola Chaus* sard, a ordonnées.

Dumouriez déclare nuls et non avenus les actes des commissaires et donne à Ghaussard l'ordre de quitter Anvers à Tinslant même. Celui-ci vient avec fracas se plaindre d'être ainsi traité, lui, le représentant du pouvoir exécutif, lui, le délégué des commissaires de la Convention. Il reproche au général d'agir en vizir. Mais il est congédié avec cette réponse ironique : « Allez, monsieur Chaussard, je ne suis pas plus vizir que vous n'êtes Publicola. » Après avoir rassuré les autorités anversoises, Dumouriez court à Bruxelles, où de plus grandes violences exigeaient des réparations plus efficaces.

Le commissaire Chepy avait fait arrêter plusieurs personnages notables, notamment le duc d'Aremberg, et les avait envoyés à Paris à titre d'otages. La première mesure que prend Dumouriez est de faire saisir Chepy et de l'expédier en France sous la garde de la maréchaussée, en demandant pour lui une punition exemplaire ^; la seconde est de casser et de dissoudre la légion

1. Deux jours après, Chepy était relaxé en vertu d'un arrêté signé Camus, Gossuin, Merlin et Treilhard. (Voir le rapport des commissaires de la Convention, p. 140.) Ce républicain farouche sur-

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