‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 4)Chapitre 154 sur 262 · LITRE XIII · texte numérisé non relu

LITRE XIII

quelques centaines de forcenés qui, depuis deux jours, régnent en maîtres dans Reims, ont opéré une vive et proronde réaction. Des bataillons de volontaires se déclarent tout entiers prêts à 6*unir à la garde nationale pour réprimer l'anarchie. Les égorgeurs s'effraient des conséquences des crimes qu'ils ont commis; leurs chefs, pour faire croire que les meurtres de la veille et de l'avant-veille sont uniquement l'effet d'une sorte de fièvre chaude populaire , tournent la fureur de leurs complices sur un des individus qui ont montré le plus d'acharnement dans les scènes des jours précédents, le nommé Laurent, dit Château. Le procureur de la commune, Beaucourt, s'était servi de ce misérablecommed'un agent provocateur; mais il tient h étouffer les révélations dangereuses que celui-ci pourrait faire un jour. Sous main, il le désigne aux égorgeurs comme le bouc-émissaire, qu'il est de leur intérêt à tous de sacrifier. Château est arrêté et traduit devant le directeur du jury d'accusation. Le lendemain, au moment où il va comparaître devant ce magistrat, il est saisi, entraîné sur la place et immolé à l'endroit où le malheureux curé de Rilly a été égorgé deux jours auparavant. On veut faire subir le même sort à la femme de Château, car elle est peut-être dépositaire d'une partie de ses secrets; mais le maire arrive à temps pour la sauver du bûcher, dans lequel on allait la précipiter et où se consumaient les restes de son mari. Cette dernière scène rend enfin à la garde nationale toute son énergie. Aidée par un bataillon de volontaires bretons, de passage à Reims, elle charge à la baïonnette les assassins qui, trop lâches pour résister un

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Dans le même moment, des scènes sanglantes se passaient iJans «jeux autres TilIes de France, à Charleville et a ilaen. Là. cVtaient des fonctionnaires publics qui devenaient victimes de la populace ameutée.

Le % septembre, quatre voitures sortaient de la maniifacture d'armes de Qarieville et se dirigeaient vers h pDFte de Flandre. lorsque des volontaires de la Nièvre» de garde à cette porte, arrêtent le conToi et exigent k présentation des papiers d'expédition. Les armes étaient à destination d'Huningue; aussitôt on s^écrie que les voituriers tournent le dos k la route qu'ils doivent suivre, qu'il y a dans tout cela une trahison manifeste. Juchereau. lieulenant-oMonel d^artillerie. qui cumulait provi- Niirement les fonctions de directeur de la manufactore et de commanilanl de la place, sur\ient et veut expliqua que le mauvais étal des allées qui réunissent Charleville à Mczion^s l'a contraint de faire contourner la ville par les voilures. On ne veut rien entendre, la foule s'amasse,

I. N'Vre nvit »le< nnssiïrre> ile Reims o>l basé : 1* sur le procèsverbal otTicit'I et tns-«iolai!!o «|ui fut dressé à Toccasion de ces événfr nienls; il est date du S st^piembre 1792 el sijîné de tous les membres »iu conH»il izeneral do la commune: 2" sur le compte-rendu du jugement des si^plembrisours remois, dont deux furent condamnés à mort le 26 ihermuior an m et exécutes le 1" fructidor suivant. (Voir^lafin du volume la note con^ac^ee à la punition des massacreurs de septembre.

déjà lance des pierres et s'apprête à dételer les voitures. Avertis en toute hâte, deux officiers municipaux accourent et croient n'avoir rien de mieux à faire que de conduire à la mairie les voitures et l'officier expéditeur; mais la foule les suit en proférant les plus effroyables menaces ; dans la salle où siège le conseil général pénètrent avec eux une vingtaine de fédérés d'un bataillon de Seine-et- Oise, arrivé depuis deux jours seulement à Charleville.

c( Juchereau est un traître, crient-ils; il voulait faire passer des armes à l'étranger; à la lanterne, le complice de Brunswick! » Le maire, Mena, supplie la foule d'écouter au moins les explications du lieutenant-colonel. Un officier municipal lit les pièces que vient de déposer Faccusé ; c'étaient : 1*" un ordre du ministre de la guerre, en date du 20 juillet, commandant à la manufacture d'armes de Charleville de fournir 1,530 canons de fusils et 2,000 tire-bourres pour la place d'Huningue; 2** une réquisition des trois commissaires de l'Assemblée nationale, Kersaint, Antonelle et Péraldi, ordonnant de ne mettre aucun obstacle à la sortie de ce matériel ; S"" une lettre du directeur de l'artillerie d'Huningue, réclamant ces mêmes armes avec instance.

Juchereau réitère devant la municipalité les explications qu'il a déjà données : le mauvais état des allées l'a seul obligé de modifier, pour la sortie de la ville, l'itinéraire du convoi. Les cris « à la lanterne le traître ! » l'interrompent à chaque instant.

Le commandant du bataillon de la Nièvre, Baille- Beauregard, essaie de prendre aussi la parole, mais on le traite de royaliste, on le contraint à se retirer. Les

salles et jusqu'aux escaliers sont envahis par une popolace en délire; du haut des fenêtres, les volontaires de Seine-et-Oise, qui sont entrés les premiers, crient è lean aSidés : « Soyez tranquilles, nous le gardons, nous répondons de lui ; il ne sortira que pour être pendu; vous n'avez qu'à préparer la corde ! »

L'officier municipal Routa, qui vient de lire les (Hèoes justifiant pleinement Juchereau, est jeté violeouneot à bas du siège , sur lequel il était monté pour mieux se faire entendre; le procureur de la commune est saisi ao collet; Juchereau est foulé aux pieds, frappé à coups de crosse de fusil ; le commandant en second des fédérés de Seine-et-Oise, Pechiné^, anime lui-même ses hommes en montrant avec ostentation un sabre qu'il dit avoir été saisi dans l'une des voitures. Juchereau est entnalné hois de la salle du conseil ; sous les fenêtres mêmes de la maison commune , on lui porte plusieurs coups de baioanelte, on lui tranche la tête, on la met au bout d'une pique, pour la promener dans les rues de Charleville et de Mézières ; eniin on la jette dans la Meuse, entre cette dernière ville et le faubourg du Pont-d' Arches.

Le crime commis, les voitures d'armes sont pillées. La mairie et la cité entière sont le théâtre de violents désordres jusqu'au moment où, grâce à l'énergique attitude du commandant du bataillon de la Nièvre, Baille- Beauregard, et des magistrats municipaux, les rasseoH blements peuvent enfin être dissipés ^.

i. Pechiné, moins de trois ans après, fut lui-même massacré par les chouans à Segré. (3 thermidor an m.) 2. Pour le récit des événements de Charleville nous nous soDioefi

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