EXTRAIT DU REGISTRE DES DÉLIBÉRATIONS DE LA COMMUNE DE GISORS
« Du mardi quatrième jour de septembre 1792, l'an iv de la liberté et le i«' de l'égalité. Le conseil général permanent, ouï le procureur général, a arrêté que, outre l'étape accordée aux quatre gendarmes nationaux de Gournay, compris le lieutenant, il sera accordé l'étape pour un jour aux six gendarmes arrivés de Paris, compris le maréchal des logis , et qu'ils seront logés chez le sieur Louis Asseline *.
« Par le procureur do la commune a été dit quele sieur de La Rochefoucault, ayant été arrêté à Forges-les-Eaùx, est actuellement, quatre heures après midi , logé en l'auberge de l'Écu de France et qu'il est instant de le faire partir à Dangu, et de là à Vernon, à l'aide de la gendarmerie tant de cette ville que de Paris et d'un détachement de la garde nationale de cette dite ville, accompagné du sieur Jean-Baptiste Bouffart, auquel il a été remis par les mains des sieurs Parain et Corchand, commissaires nommés par le pouvoir exécutif à l'effet de faire auprès des municipalités, districts et départements, telles réquisitions qu'ils jugeront nécessaires pour le salut public et exécution des lois, suivant les commissions qui leur ont été délivrées et dont ils sont porteurs, scellées du sceau de l'État. Ledit sieur Bouffart muni d'un ordre du comité de surveillance, signé, Merlin, Bazîre etLecointre, qui autorise le sieur Bouffart à faire arrêter M. de La Rochefoucauld partout où il se trouvera , ledit ordre, scellé du sceau du comité de surveillance, à l'instant remis audit sieur Bouffart.
« L'Assemblée, ouï de nouveau le procureur de la commune, a arrêté que ledit sieur Bouffart fera partir, heure présente, ledit sieur La Rochefoucauld, à l'aide des douze gendarmes nationaux tant de Gournay que de Paris, et du détachement de gardes nationaux de cette ville, étant de présent en activité, composé d'environ cent hommes, commandé par M. Pantin et accompagné du conseil général de la commune, qui ne cessera sa con-
1-. C'étaient les six gendarmes dont nous avons retrouvé le payement dans les comptes du trésorier de la ville de Paris (voir pajge 330 dé ce volume).
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daite qu'aux dernières maisons de cette ville pour veiller à la sûreté de la personne dudit sieur de La Rochefoucauld, et au môme instant le conseil général s*est transporté à Tauberge de l'Écu de France, où était détenu ledit sieur La Rocheroucauld, et a donné Tordre d'apprêter la voiture qui devait le conduire, ainsi que sa femme, sa mère et M"»" d'Astorg, et à la gendarmerie et à la garde nationale de protéger ces voyageurs.
« Le conseil général et le corps municipal environnaient le sieur La Rochefoucauld à pied et les autres personnes étaient montées dans un carrosse à six chevaux. Nous, ofTiciers municipaux et notables soussignés, ainsi que la troupe, étions suivis et entourés de plus de trois cents volontaires, tant du déparlement de l'Orne que de la Sarlhe, qui étaient logés en cette ville. Nous les avons entendus faire de violentes menaces contre la vie du sieur de La Rochefoucauld en disant : a Nous allons avoir sa tête , et rien ne sera capable de nous en empêcher. » Les uns étaient armées de sabres, pistolets, bâtons, et d'autres, de massues et de pierres. Dans le cours de sa conduite, malgré là jprotection qu'on désirait procurer à la personne de La Rochefoucauld, et les représentations qui ont été faites auxdits volontaires, il a été atteint d'un coup de pierre à la tempe qui l'a fait presque tomber, lorsque le sieur Bouffart le tenait dans ses bras, et, au môme instant, il en a été arraché par plusieurs volontaires qui lui ont porté plusieurs coups de bâtons et de sabres, qui l'ont mis à mort; ils lui ont en outre, après qu'il a été ainsi sacrifié, donné beaucoup d'autres coups de sabres, bâtons et pierres, que Ton n'a pu empêcher, malgré que le sieur Bouffart, accompagné du corps municipal, formassent un rempart qu'ils croyaient propre à le défendre, et que la troupe ait fait tous ses efforts pour le sauver du danger; et comme le meurtre a été commis vis à vis la chaussée de Cautiers et qu'il était impossible de donner aucun soulagement audit sieur La Rochefoucauld, puisqu'il n'avait en conséquence aucun signe dévie, le corps municipal a fait sauver la voiture qui renfermait les femmes, et le sieur Bouffart a donné ordre aux gendarmes de Paris de les escorter jusqu'à Dangu , en leur observant qu'ils répondaient d'elles personnellement jusqu'à ce qu'il les ait rejoints. Ensuite le corps a été enlevé, assisté du sieur
Bouiïartetde deux officiers municipaux, et déposé en Tauberge de rÉcu, dans une chambre sur le derrière, où, en présence da peuple, la municipalité entière a fait perquisition dans les poches du sieur La Rochefoucauld; il a été trouvé deux montres à boite d'or avec une chaîne d^acier, à répétition et Tautre marquant les cantièmes, garnies d'un cordon de cuir; une bourse en maroquin rouge, dans laquelle était un louis en or de 24 livres, huit pièces de 15 sols, pour sept livres douze sols de pièces de deux sols, cinq livres deux sols en pièces de six liards, plus un paquet contenant un assignat de 100 livres, quatre de 50 livres, 19 assignats de 5 livres, quatre billets patriotiques de 50 sols et un de vingt sois; plus une tabatière d'écaillé à cercle d'or; un canif à manche d'ivoire; un couteau à deux lames dont une d*or, le manche en écaille garni en or; un cachet remis audit sieor Bouffart ; une petite boite d'argent et un cordon de soie. Il a été remis, par un citoyen, la canne , dont le défunt était saisi, à deux poignards; deux mouchoirs blancs; lesquels effets sont restés entre les mains du procureur de la commune, chargé d'en faire le dépôt au greffe. La redingote et veste, ainsi que la culotte et bottes, bas, chemises, chapeau, laissés à la disposition des nommés Lherbier et Lebel, gardes nationaux qui gardent le corps ; dont et du tout ce que dessus le présent procès-verbal a été fait et rédig»» on l'hôtel commun, en présence des officiers municipaux, notables et autres sousssignés, lesdits jour et au.
« Signe : Boiffart; Ribas; Peron, lieutenant; Laniesse; Vingt, maire; Lefèvre, le jeune; Henri Petit; Mecmer; Denainville; Blondel, capitaine; Paktw, commandant. »
<( Collationnc conforme au registre administratif des délibérations de la municipalité de Gisors |X)ur l'absence du secrétaîrc-grelTier, et il a été apposé le cachet de cette municipalité.
(( Denainville. »