LETTRE DU PROCUREUR-SYNDIC DE LA COMMUNE DE LA R0CHE-6UT0N
AU MINISTRE DE l'iNTÉRIEUR.
« 18 septembre 1702, an iv de U liberté.
« Monsieur,
a Retenu au lit, malade depuis plusieurs jours, je viens d'apprendre avec bien du chagrin et de la surprise que la municipalité de La Roche-Guyon dont je suis procureur de la commune avait indiscrètement donné trop de confiance et de consistance à deux soi-disant commissaires de la commune de Paris, lesquels venaient, disaient- ils, pour visiter le château de M"* d'Anville. Cette visite ayant déjà été faite par le sieur Rouffart , commissaire qui avait arrêté M. La Rochefoucauld à Forges, et des commissaires de commune ne pouvant exercer aucun pouvoir hors de leur commune, leurs projets à cet égard ont échoué. Mais ils se sont retournés d*un autre côté et, après avoir travaillé Tesprit du peuple, ils se sont offerts d'aller chez les laboureurs pour les forcer à apporter du grain au marché, lis ont même mandiè et obtenu de la municipalité une lettre et une espèce de réquisition pour les faire revêtir de quelque pouvoir à ce sujet; un d'eux est parti à Paris, muni de ces
papiers. Ils ont môme reçu une dénonciation de là municipalité contre le sieur Bouffart, commissaire du pouvoir exécutif, pour avoir enlevé des effets précieux à M"* d'Anville et à H. de La Rochefoucauld, lesquels effets n*ont pas été déposés, etc., etc. Je vous dénonce, moi, monsieur, ces deux commissaires pour avoir osé taxer le grain sous la halle et pour avoir fait battre la caisse en plein marché pour annoncer un second marché chaque ^maine. Ils ont osé dire publiquement qu'ils avaient le droit de porter Técharpe et envoyer chercher la mienne pour s'en servir dans le marché. Le peuple crédule et ignorant, dont ils ont gagné la confiance en lui promettant beaucoup de choses, peut se porter à des excès, dirigé par ces prétendus commissaires; il n'écoute'plus la voix de ses magistrats, contre lesquels il pourrait user die violence quand ils ne diraient pas comme lui. Je serais très-exposé, si on savait que j'écris ceci. Je vous supplie de ne me pas compromettre et de nous débarrasser de ces deux commissaires qui peuvent avoir des vues coupables.
« J'ai Thonneur d'être avec le respect et la conûance qui sont dus à un ministre patriote et vertueux comme vous ,
« Monsieur, « Votre frère et concitoyen»
(( Michel, procureur de la commune de La Roche-Guyon. »
« J'ai l'honneur de vous envoyer ci-jointe une lettre que m'avait adressée ce Bouffart qui avait, dit-on, le projet de m'élargir, parce que je m'étais opposé à l'enlèvement des chevaux de M"® d'Anville dont il n'était point chargé par les pouvoirs. On dit qu'il vient d'enlever l'argenterie de l'abbaye du Trésor. Cet homme est mal famé ici et passe pour mauvaise tête. Je serais sacrifié si j'étais connu pour dévoiler les brigandages de ces gens-là, qui ont répandu la terreur dans le pays.
« Monsieur,
« Ne cessez pas de veiller à l'intérêt public; surveillez les chevaux saisis par le procès-verbal, car la municipalité en répondrait; sous peu vous serez débarrassé de la responsabilité par l'enlèvement. Si vous avez lé temps de vous transporter
demaio à Vernon , nous conférerions ensemble sur des objets qui vous intéressent.
« Je suis votre concitoyen,
« BouFFART, commissaire du pouvoir exécutif dans tons les départements composant la ci-devant province de Normandie. »