LIVRE IX
rains, les généraux, de la coalition les qualifièrent ainsi , tout en ne les traitant pas comme tels. On ne relâche pas des prisonniers de guerre sans échange et sans condition. Or, 18 sur 21 des compagnons de La Fayette furent mis en liberté soit tout de suite, soit au bout de deux mois. On rend aux officiers pris sur l'ennemi la captivité aussi douce que possible. La Fayette et ses trois amis furent, durant cinq années, traités par leurs geôliers prussiens et autrichiens avec une excessive dureté. On les laissa sans livres, sans plumes ni papier, sans communication avec le dehors, sans nouvelles de leurs familles. C'est qu'en réalité ils étaient prisonniers d'État. Les despotes européens les tenaient pour coupables du plus grand des crimes, celui d'avoir voulu établir dans leur patrie une liberté sage et modérée, et de n'avoir renié aucune de leurs convictions. Cela est si vrai que le duc d§ Saxe- Teschen fit faire au général La Fayette, dès les premiers jours de sa captivité, la communication suivante :
« Puisque le chef de l'insurrection française, forcé de s'expatrier par ce même peuple, auquel il avait appris à se révolter, est tombé dans les mains des puissances alliées, on le gardera prisonnier jusqu'à ce que son souverain, dans sa clémence ou dans sa justice, ait décidé de son sort. »
Ainsi le roi de Prusse et l'empereur d'Autriche, de leur autorité privée et contrairement au droit des gens, s'établissaient les vengeurs des querelles particulières du roi de France. Croyant servir les rancunes qu'à une autre époque la reine Marie-Antoinette avait pu manifester conti-e La Fayette et certains membres del'Assem-
blée constituante, ils s instituaient les geôliers, on peut dire les bourreaux de ceux qui venaient de sacriâer leurs grades, leur fortune , leurs familles, leur présent et leur avenir à la défense du trône de Louis XVI et des droits de son fils ^. Il faut le proclamer hautement, la captrvité de La Favette et de ses amis, dans les cachots de la Prusse et de TAutriche, fut une des plus grandes infamies de celte époque oii l'Europe se croyait tout permis contre la Révolution française. Leur délivrance, stipulée par le victorieux négociateur de Campo-Formio, est un des actes qui lui font le plus d'honneur; il atteste chez le général Bonaparte une généreuse préoccupation du droit qui manqua trop souvent à l'empereur Napoléon.
La nouvelle du départ de La Fayette arriva à l'Assemblée législative dans la soirée du 21. Elle délivra de leurs dernières inquiétudes ceux qui venaient de détruire la constitution. Lasource qui, quelques jours avant le
I. On ne conçoit pas, même dans Tordre d'idées où se plaçait le duc de Saxe-Teschen , beau-frère de Ma ri e-An toi nette, les rigunurs dont on usa envers Latour-Maubourg , qui, lors du voyage de Vnrennes, avait spécialement montré un tendre respect pour la famille ro\-ale, et aussi envers Alexandre de Lameth, qui, pendant qu'on larrètait à Nivelles comme rebelle à son roi, était décrété d'accusation pour avoir été Tun des conseillers intimes de Louis XVI. Lame*h, il est vrai, fût relâché après deux années seulement de captivité, peu avant que ses compagnons d'infortune ne fussent transférés à OlmUtz.