‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. cinquièmeChapitre 12 sur 272 · LIVRE XIX · texte numérisé non relu

LIVRE XIX

faible et de faire sentir à l'homme injuste dans l'opulence, que les hommes, nés égaux en droit, ne doivent pas porter le joug de l'homme riche. »

Ces excitations, destinées à armer les Allemands les uns contre les autres, n'eurent qu'un très-médiocre succès. Custine harangua lui-même la populace du faubourg de Saxen-Hausen, et ne put obtenir d'elle la plantation d'un arbre de la liberté. Mayence, bien que très-fortement travaillée par les clubistes, De se prononça pas pour l'adoption des institutions françaises. La principale communauté de cette ville, le corps des marchands, osa même, l'armée française étant présente, émettre le vœu de conserver l'union avec l'empire et le gouvernement électoral mitigé par une intervention plus influente des états.

Custine, nous l'avoDS déjà fait remarquer, avait complètement mis de côté le plan que le ministre de la guerre lui avait tracé en séparant son armée de celle de Biron. Par suite de l'inexécution de ce plan, le roi de Prusse et le landgrave de Hesse avaient pu, une fois sortis du territoire français, regagner Coblentz sans être inquiétés. La faute était grave; Custine, afin qu'elle ne lui fût point reprochée, se hâta d'en rejeter la responsabilité sur Kellermann, qui n'avait pu agir seul, ayant trop peu de troupes à sa disposition. Le 30 octobre, il expédia, de son quartier général de Mayence, une longue lettre qui commençait ainsi :

a Citoyen président, « Dans une république, la vertu, les talents doivent avoir seuls des droits à la confiance; til est du devoir

de tout ciloyen de manifester la vérité, de faire connaître l'incapacité de l'homme chargé de fonctions publiques et plus encore, de la conduite des armées, et, si le hasard ou la valeur des troupes ont donné quelques succès à un général, ils ne doivent point servir de voile à son impéritte ou sa lâcheté. C'est dans ces principes que je dénonce Kellermann indigne du nom de général , plus indigne encore de diriger les forces de la République. »

Quand la dénonciation de Custine fut lue à la Convention, le d novembre, Jean Debry demanda que la correspondance entre les deux généraux ne fût point publiée, « car cette publicité intempestive pourrait nuire singulièrement aux succès des opérations ultérieures. » Cette proposition fut appuyée par Kersaînt et Carra, et toutes les pièces de l'affaire furent renvoyées à l'examen des comités de sûreté générale et de la guerre réunis. Mais le pouvoir exécutif, qui croyait n'avoir rien à refuser au général de l'armée de Mayence, n'hésita pas à prononcer le jour même le rappel de Kellermann *.

Celui-ci, au moment où cet ordre lui était expédié, mandait au président de la Convention nationale que

\. Voici le teste même de l'arrêté du Conseil exécutif, séance du 4 novembre 479$.

« Le Conseil exécutif considérant le peu de disposition qu'a mona montré le général Kellermann pour marcher avec les troupes qu'il « commande suivant les ordres qu'il en a reçus, ainsi que l'opposi- « Uôn qui se trouve entre lui et le général Custine, arrête que le « général Kellermann sera invité à venir à Paris s'expliquer sur tout « ce qui s'est passé.

« Roland, Monge, LEunifN, Clavière, Paciie, * Gaiiat, Grouvelle, secrétaire. »

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